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15/12/2015

Les retours aux fondamentaux de Philippe Rahm

 

Rahml.jpgPhilippe Rahm , "Météorologie des sentiments", Collection Les Grands Soirs, Editeur Les Petits Matins, 104 pages, 2015

 

Tout a commencé pour Philippe Rahm (diplômé de l'École polytechnique fédérale de Lausanne et dont l’agence est devenue une des plus avancées dans son domaine) lorsqu’il a représenté la Suisse à la Biennale d’architecture de Venise en 2002 avec "L’Hormonorium". L’artiste travailla sur l’air et la lumière dans un espace au taux d’oxygène raréfié pour reproduire du climat de la haute montagne. Le seuil de lumière y était rendu très violent à l’égal de la réverbération de la clarté sur la neige : « C’était un peu comme la reproduction de la Suisse » précise le créateur. La pratique de l’architecture repose donc pour Rahm sur le climat et l’atmosphère contrairement à l’architecture-sculpture « convexe et solide ». Selon lui la conception des bâtiments est responsable de la moitié du réchauffement climatique. Chauffage, ventilation, isolation thermique, climatisation entrent désormais en résonance avec le développement durable, les économies d’énergie.

Rahm 2.jpgL’architecte ne cesse de travailler ces problématiques. Mais face à une démarche aussi neuve les freins sont nombreux. L’’agence doit « pactiser » sinon avec le diable du moins accepter des concessions : « En règle générale, nous proposons 30% de technologies anciennes, 30% de contemporaines, 30% d’innovations » précise Rahm. A l’aide du logiciel « Comsol » de modélisation climatique, de comportements physiques des mouvements d’air et de température celui qui est aussi professeur à Harvard et à Versailles représente la pointe des recherches et de la pratique de l’architecture. Il réintègre des questions d’énergie et de santé et crée des atmosphères énergétiques, chimiques, biologiques selon des "météorologies d’intérieur". Il s’agit donc moins de travailler sur des questions visuelles que sur les problèmes de qualité d’atmosphère. N’est-ce pas là revenir à l’essentiel et passer de l’architecture muséale à une architecture de vie ?

Jean-Paul Gavard-Perret

14/12/2015

Roberto Greco le fabuliste

 

Greco bon.jpgŒuvres de Roberto Greco, Forma, Lausanne.

 

Par la fascination de ses images et le magister qu’elles imposent Roberto Greco fait passer du paroxysme de l’idéal à un abîme animalier. Ancien élève de l’ECAL, Roberto Greco est un photographe faussement « naturaliste ». Il rappelle aux étourdis que rien ne sert de chasser la bête : elle revient au galop. L’artiste s’en empare : empaillée elle devient star puisque dans l’œuvre le règne animal garde le haut du pavé. Il ne manque ni de gravité, ni de légèreté. Car l’animal fait bien les choses. Et Greco devient un fabuliste photographe. Ses bêtes sont nos semblables, nos frères mais les choisir en lieu et place de nous atténue le traumatisme que les mises en scènes de l’artiste génère.

Greco.jpgCelles-ci possèdent ici une perfection formelle. Il y a de la vanité, de la nature morte dans l’air. Mais tous les genres sont revus et corrigés. L’animalité permet de montrer ce que le « sujet » anthropomorphe n’aurait pu révéler à la fois de la vie et de la mort. La fable visuelle se répand pour répondre aux chants désespérés de la condition humaine. Grâce à l’animal ils semblent plus beaux. Roberto Greco fabrique une perspective que nous voulons ignorer. Preuve que l''art non seulement peut mais se doit à l'animal. Il redessine le lieu de l'art comme celui du deuil, de la mélancolie et de la drôlerie. Photographier l'animal revient donc non à proposer une imagerie folklorique mais à saisir qui nous sommes à travers ceux qui nous affectent et nous grignotent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:52 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

05/12/2015

Joanna Ingarden : l’ombre offusquée

 

 

ingarden 2.jpgJoanna Ingarden, « Isocolies », La Menuiserie, Lutry, décembre 2015.

Enfant, l’ombre nous faisait peur. Parfois elle nous terrorise encore. Joanna Ingarden le sait : mais au lieu de l’attaquer de front elle utilise coulées et sfumatos pour que nous redevenions des êtres diurnes et plus vivants que morts. Au lieu de conclure un pacte avec les ténèbres l’artiste les métamorphoses. Un autre monde surgit dans un certain diaphane, un voile particulier fait non pour recouvrir mais pour enrober.

Un monde se libère : il est calme. Effaçant les contours ou altérant les masses l’artiste nous place entre le rêve et le réel. La dureté de se dernier s’estompe. Le monde se soustrait provisoirement à la loi du déclin, de l’usure. Joanna Ingarden l’enveloppe d’une fugace éternité ou d’un bain de jouvence. L’ombre n’est plus le noir. Il devient au besoin la couleur qui rêve le monde. Non seulement elle le colore, elle fait palpiter ses profondeurs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret