gruyeresuisse

26/03/2015

Christine Sefolosha : destins fuyants

 

 

 

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Décombres de monde : quelques êtres plus ou moins lointains ou proches. Platon parlait d’eux. L’artiste les extirpe des gravats. L’ombre fait surface entre un continent & un autre. Reste la brûlure du gouffre là où recule torpeur (pluie de pétales, linéaments bleus).  Dans la fente du présent germe la nuit, le jour, le jour, la nuit en une  syntaxe de métronome d’une œuvre de passion.  Silence du fouet, danger du franchissement, foudre menaçante. Une clé  montre le dessous rupestre de ténèbres de naissance. L’image se fait chair et sacrifie l’agneau.

 

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Christine Sefolosha décrypte le monde. Accrochée par les jambes au trapèze (tête à l’envers) elle ose tomber devant les spectateurs : seul un clown fou aurait envie de rire. L’artiste se relève et le salue : il est obligé d’applaudir celle qui reste la louve noire aux lallations orgasmiques de sultane. Ses matrices exultent (un revenant les redemande).  Chacune décompose par coup de pinceaux invisibles les syllabes de réel et crée des palpitations des sols en gradations d’ombres et intrusions de lumière. Elles bordent une marge inconnue, tutoyée, reconnue.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Etude, puanteur, altitude : « Dorade » revue

 

 

 

 

Dorade 3.jpgNaviguant entre une mer de sarcasmes et lac Léman, au milieu de carpes diem et groseilles à maquereau, Philippe Jarrigeon et Sylvain Menetrey ont fait de leur revue un outil critique et érotique. Les sirènes disent-ils y sentent mauvais mais comme les andouilles : plus elles puent plus elles se dégustent avec appétit. Ne soyons donc pas dupes des deux iconoclastes et suivons le sillon de leurs poissons. Gras ou maigres ils ne sont jamais de menus fretins.

 

 

 

Dorade 2.jpgDans leur méthode paranoïa critique les deux compères siffleurs créent un spectacle qu'on bisse mais qu’on aurait jadis classé X dans lequel l'humour remplace l'amour - ce qui évite toute bouillabaisse romantique. Allant à la pêche d'images inattendues, les revuistes les revisitent jusqu'à ce qu’elles deviennent les caricatures de ce qu'elles étaient sensées offrir.

 

 

 

dorade.pngJarrigeon et Menetrey savent franchir les limites et on leur en sait gré. Démoulant les images admises et après fouilles et exhumations, ils ont pour devise trois mots : étude,  puanteur, altitude. Quoi de mieux afin que les caresses sans parole des images râpent ? Eros n’est plus ce qu’il était. La revue soulève les dessous des femmes et des hommes pour  créer l’arête vive d’un ciel de lit et remonter le cordon qui permet de se pendre au rideau. La dépense chère à Bataille elle-même est remisée au rang des concepts anciens. Seule l’absence reste le meilleur des biens en touffe de mots parcimonieux tandis que les images aboient aux nuages.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

22/03/2015

L’érotisme transcendantal de Philippe Pache

 

 

Pache 2.jpgLe nu constitue en art un sujet majeur mais trop souvent  il est dévalué car ceux qui s’y penchent. Ils ne l’abordent pas comme émouvant, difficile et ferment la  fenêtre de l’âme qui l’agite. Philippe Pache à l’inverse porte l’éros dans un lieu plus sérieux, moins régressif.  Ses photographies offrent un ordre énigmatique à  la nudité.  La pulsation du corps ne penche pas vers le libidineux mais vers un rayonnement de l’être. La femme devient plus une « opératrice mystique » qu’un simple « objet » de désir. La peau devient la limite où porte le regard selon une pratique qui se veut une expérience plus transcendantale que libidinale.

 

Pache 3.jpgRejetant l’érotisme « délibéré »  le Vaudois  fait preuve de pudeur respectueuse envers ses modèles. La lumière du noir et blanc préserve leur énigme  plus qu’elle n’allume des fantasmes. Le corps est surpris dans l’impalpable étirement d’instants. Il devient presque immatériel. Le trouble est là sans doute mais tout est conçu dans le processus créatif afin que le regard contemple sans désir l’objet du désir. La sensualité est présente mais dépassée L’émotion esthétique est soumise à un filtre pour que surgisse moins le corps que la vie. La photographie se détache de toute confusion annexe afin de conserver le mystère consubstantiel à l’œuvre d’art. Elle tend à la lumière qui révèle sans épuiser, déploie sans disperser.  Le corps n’est plus « dévorable » : il agit sur le regardeur (moins que voyeur) plus métaphysiquement que de manière physique au sein de sa plénitude, de son aura particulière, de l’espérance d’une venue. Celle-ci n’est pas la promesse d’une consolation fantomatique. Le révélation est autre  :  le noir et blanc, ses volumes autorisent une transparence entre l’innocence et le sacré. Ils laissent affleurer une disponibilité autre qu’ « opportuniste » et plus intérieure que spectrale.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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