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29/05/2015

Oser la honte avec l’Ecal - The Embarrassment Show

 

Embarrassement.jpg

 

The Embarrassment Show, exposition conçue par Erik Kessels, avec des étudiants du Bachelor Photographie, du 28 mai au 4 juin, ECAL,  Renens

 

 

 

«Avoir honte, c’est important » rappelle le  directeur artistique de « KesseksKramer » d’Amsterdam et responsable  du worshop bachelor photograhie 2015 de l’Ecal. Le maître du jeu a demandé aux étudiants d’oser se mettre et se photographier dans des situations inconfortables. « Passer pour idiot » comme le demande Kassels ou « pratiquer des exercices d’imbécillité » tel que le revendique Valère Novarina permettent de transgresser des lignes et oser des situations risquées. Certaines propositions demeurent en retrait : la jeunesse induit des gênes compréhensibles. D’autres outrepassent la plaisanterie potache : les artistes en herbe s’y engagent complètement.  La photographie-titre (d’Elsa Guillet) le prouve : le flux de nausée rappelle que ce qui sort de la bouche n’a pas toujours un goût de miel. Elle accouche, dégorge de mal de vivre en une photographie qui brise autant les logos pseudo-explicatifs que les non-dits.

 

Embarassement 2.jpgL’exercice a pour but de révéler un sujet souverainement expressif. Un sujet d'une histoire encore sans histoire (reconnue) et sans langue (idem) étant donné sa jeunesse. Celui-ci trouve le moyen d’élaborer une problématique (sociale avec Tanya Kottler, identitaire avec Clément Lambelet, etc.) qui contrarie le fameux « comment dire » : ce dernier cache en effet - la psychanalyse nous l'a appris - un comment ne pas dire. Fruit d'une élaboration viscérale ces œuvres parfois naïves mais souvent signifiantes font sortir de chaque artiste et du fond de leurs photographies "une masse d'esprit enfouie quelque part » (Artaud). S’y ressent une volonté d’agir sans renoncer à l’esthétique mais en refusant de la confiner à l’ornemental.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/05/2015

Sylvain Croci-Torti : géographie du non localisable

 

 

Croci.jpgSylvain Croci-Tort, « Hand. Cannot. Erase »  29 mai au 12 juillet 2015, Flon Art, Lausanne

 

 

La Poétique de l'Imaginaire  ne crée pas forcément de doux secrets et des fêtes du cœur, ni un gibet à trois branches où de féroces oiseaux se disputeraient un pendu déjà mûr. Elle devient avec Sylvain Croci-Torti force et liberté : elle n’est en rien objet d’un pèlerinage en ses étranges tropismes. Dans l’œuvre il reste jouissif de s'abandonner à la perte de repères afin de redécouvrir une origo et de troquer l'histoire pour l'Utopie fût-elle de courte durée.

 

 

 

Croci 2.jpgSylvain Croci-Torti  n'est pas dupe de son illusion mais il s’y tient.  Formes et volumes s’y  promènent, s’y abandonnent  en couleurs limoneuses d’une mise en scène aux moires particuliers et ce loin de procédés rhétoriques et de l'obsession fétichiste. Le créateur refuse de  " pétrarquiser " en spiritualisant l' " objet " ou en  célébrant  de manière plus crue les voluptés.  Il  oublie les regards myopes que trop d’artistes portent sur l’image qu’ils limitent à une narration. L’œuvre permet par effet retour d'engager une vision fantasmatique dans une belle confusion des registres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:19 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

22/05/2015

Claude Luezior : Pavlina et les Enceintes d’Amour

 

 

Pavlina bon.jpgClaude Luezior, «  Pavlina - Espaces et transparences », Editions du Tricorne, Genève 132 pages.

 

 

 

Franchir la frontière entre le charnel et le mystique, changer de corps touchent au plaisir, à la jouissance comme aux possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par cette traversée. Pavlina ne cesse de la rappeler. Quant au poète Luezior il ponctue en orpailleur les fontaines de jouvence de l’artiste. Pour ses personnages, à l'« aveuglement » de l'amour, répond une attente exaspérée, désespérée. La Vaudoise les montre en instance de purification comme au prise avec le miel charnel. Luezior  rappelle que la voyageuse de l'amour ne fait qu’emmener avec elle ses propres bagages, son propre inconscient : si bien que chaque toile devient un lieu de réclusion qui fascine néanmoins le poète charmé par les « femmes-lumières ».    Son texte en fragments invite  à franchir « à rebours » le seuil de l’œuvre où la femme reste sainte et pécheresse. A son évasion impossible répond la pénétration du regard en un lieu qui n’est plus à l’extérieur d’une frontière mais dedans.

 

 

 

Pavlina bon 2.jpgPavlina  y accomplit une avancée vers quelque chose qui n’a plus rien à voir avec un charme de la nudité mais avec un dépouillement. A l’étrangeté  éruptive, à l’attrait volcanique  de l’amour humain répond un retournement mystique. Ce bond permet à l’inconscient qui habituellement ne connaît pas la traversée des frontières d’être mis en connexion avec ce qui le dérange.  L’âcreté de l’inassouvissement se mêle à des moments de jouissance plus ou moins solitaire.  Une telle expérience ne peut laisser indemne puisque le saut  et l'éclat des œuvres de Pavlina, comme le souligne Luezior, crée un transfert. Il  désaxe des assises, des sécurités voire du sens même de désir. Dès lors celles qui restent les  Enceintes de  l'Amour et n’arrivent pas à venir à bout du cerclage parviennent néanmoins à franchir  la frontière interne de l’être. Chaque toile permet de « survivre aux entrailles » en devenant  « le témoin de la terre » (Nicole Hardouin) où l’être tel Roland  à Roncevaux joue à saute-mouton au bord des gouffres, espérant une brèche, là où il est en quête d’un corps qui doit se quitter et du cor qui lui permet de s’ouvrir à l’altérité suprême, l’extrême transparence de la source première.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret