gruyeresuisse

14/02/2016

Cratères et affleurements d’Anaelle Clot

 

Clot 2.jpgAnaelle Clot, « Entre les fissures », galerie Kissthedesign, Lausanne. jusqu'au 24 mars.

 

Anaelle Clot réorganise le monde pour qu’en émerge des profondeurs au dessous de son écorce. Chaque ogive de la créatrice crée des songes au sein même de paysages, de personnages et animaux propres à fomenter une féerie d’un nouveau genre. La lumière jaillit par le jeu d’un dessin parfait. Tout se passe comme si l’artiste déchirait un rideau d’apparence afin  que jaillissent des courants, des mouvements, des grouillements en des narrations drôles, imprévues, poétiques, envoutantes.

 

Clot.jpgPar le quasi monochrome des abîmes s’allument, un bestiaire s’anime.  Des fables aussi. Restent des cratères d’éruption où germent des constellations. Le ver n’est plus forcément dans le fruit. Il est sur la tête et la rend bien pleine d’humour, de vie, de splendides et subtiles digressions ou transgressions. L’éternité d’histoires inédites se convulse ou se dépose doucement comme un oiseau afin que le dessin s’envole. Au passage il ronge le mystère, maraude une vie inconnue. C’est pourquoi les corbeaux se mêlent aux esprits célestes. Au besoin l’artiste les épingle sur diverses boîtes dont la crânienne. Mais on ne sort pas du monde : il se pénètre. C’est une réussite superbe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

La Suisse fantastique de Werner Bischof

 

Bischof.jpgWerner Bischof, "Hevetica", Coll. "Musée de l'Elysée, n°1", Musée de l'Elysée, Lausanne. Les éditions Noir sur Blanc, 2016, 158 p., 35 E..

 

 

"Helvetica" de Werner Bishof transforme la Suisse en un temple hybride au sein de temporalités revisitées. Les formes (objets, paysages, personnages) se gravent le plus souvent de manière solennelle et parfois hallucinée- ce qui n'exclut pas ça et là humour. La plénitude et la fragilité de même que la familiarité avec l’émoi demeurent présents à travers des espaces hétérogènes : abstraction, nus, travailleurs, eau, montagnes, enfants, PTT, CFF, chaussures, plantes, sports d'hiver, etc..

 

Bischof 3.jpgLes photographies captent l'esprit du pays loin des idées reçues. Surgissent l’envers, l’en-deçà, le mystère des lieux et des êtres. La lumière circule à travers leurs bordures mais aussi en dedans. L’ombre bouge selon différents filets ou rainures. Contre ce qui s’engloutit Werner Bischof impose ce qui bouge. Il éloigne le monde pour le ressaisir. Chaque photographie fascine. S’y goûte une soif autant de proximité que d’étrangeté.

 

Bischof 4.jpgLa photographie refuse l’affût de la soustraction : l’obscur devient clair. Les personnages comme les arbres ou les torrents semblent appeler le regard dans un monde sensible. Chaque image est un écart contre l’oubli. Des formes larvées, intestines apparaissent. Une inépuisable invasion se donne en partage entre sérénité et inquiétude. Bischof force le cachot des images. Et certains « paysages » nous gardent dans leurs plis d’eau. Le tellurique y aborde l’éther. La photographie devient une leçon du paysage comme de l'être Et s’il n’existe pas de délivrance il y a sa semence. Il faut que la vue et la vie sans cesse recommencent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

11:30 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

10/02/2016

Pornostalgie de Jean Moral

 

 

Moral BON.jpgJean Moral (1914-199) fut un précurseur. Il est un des premiers à intégrer la photo dite de charme dans la publicité. Mais au même moment il expérimente des techniques d'avant-garde photographique (double exposition, solarisations, photogrammes, angles imprévus). Le nu va faire de lui un photographe de premier plan. Les dunes et plages de Lacanau deviennent des écrins pour ses égéries. Dès 1932 il collabore au magazine « Vu », et expose la même année au « Premier Salon International de Nu Photographique ». Il est aussi photographe reporter, couvre la guerre d’Espagne pour Paris Match mais reste un des grands photographes de mode de l’entre deux guerres et après : il collabore avec Harper’s Bazaar jusqu’en 1954. L’année suivante marque le début de sa vie de peintre. Il s’installe en Suisse dans le canton de Vaud : Lausanne puis Montreux où il s’éteint.

 

Moral.jpgSes photos de nu prouvent que le genre est propre à bien des variations. Elles ne s’adressent pas seulement aux roués du souffre de la chair. Mais ce qu’on prenait encore à l’époque pour l’enfer n’est que le paradis qui a changé de nom. Dans le corps d’hamsters dames bien des maris dansent. Toutefois l’artiste rappelle que le striptease ne découvre pas uniquement ce que le voyeur attend. Moral 3.jpgMais le langage photographique tord le coup à la maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes. Les clichés montrent de bien belles filles du monde parce que chez Moral ils sont d’une technique parfaite. Présenter une photo qu’il jugeait ratée revenait pour le créateur à renoncer au plaisir de l’art. Le rencontrer c’est faire comme Judas : retrouver des amis irréprochables.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)