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19/02/2015

L’Année Gfeller : exil de l’exil

 Gfeller.pngCatherine Gfeller, Zentrum Paul Klee,  Berne, Février 2015 - Janvier 2016.

 

 

 

Le Zentrum Paul Klee à Bern invite Catherine Gfeller pendant toute l'année 2015. Elle réalisera une douzaine d'interventions en un dialogue avec l’art de Paul Klee - mais pas seulement - et dans des  endroits  plus ou moins invraisemblables. Elle passera de l'installation à la performance, de la photographie, la vidéo et la poésie. Se succèderont : « Ville de rêves » (photographie dans le cadre de « Klee à Berne », puis Ville en fugues » (vidéo), « Secret du sac à main » (autre vidéo mais ici dans l’antre de l’âme), « une filmeuse au ZPK » (installation dans des toilettes…), « Anfang eines gedichtes » (sets de table), « Make a movie with the artist », « le festival des post-it » (installation participative), « artiste en plein travail » (performance), « Voyage au pays de la meilleure connaissance ». Par la diversité de ses approches l’artiste va poursuivre  une œuvre unique qui reste aussi un projet de vie (un peu à la manière d’une Sophie Calle ou d’une Orlan, mais selon d’autres stratégies). L’artiste permet d’éprouver et de vivre tout lieu de manière intempestive. Elle les découpe en  "multipartitas" : l’œil du spectateur s’y égare plus qu’il ne s’en empare.

 

Gfeller 2.pngDans chaque projet une structure « architecturale » porte le réel à des résonances  imprévues. Fixité et univocité y sont  remises en cause. Catherine Gfeller donne au réel une beauté « hors cadres », « hors lieux » qui n’a jamais  rien de trivial. Elle accorde une âme aux êtres et aux lieux qui semblent l’avoir perdue et le tout avec une constante ironie. Pris en défaut de toute certitude, chaque projet explore le réel dans un écart vital et fragile, une présence complexe au sein de  montages qui le sont tout autant. La vie se réinvente en chaque lieu ou projet. La vie se « réimage » en histoires ou destins loin de tout lyrisme mais avec âpreté qui invite toutefois à la rêverie dans une grammaire topo-graphique où les échelles de mesure, les unités métriques sont distanciées dans divers « rapports de position » miniaturisés ou agrandis qui arrache à l’art toute puissance de langage totalitaire par sa fonction de relation. Exil de l’exil de telles œuvres apprennent que les os sont le squelette de l’air, les mots sa chair. Si bien que la question se pose : de quel air sommes-nous faits ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/02/2015

Carol Bailly : Légendes et présences

 

 

 

 

Bailly 2.jpgEn bonne fée la Lausannoise Carol Bailly propose le plaisir de songes agréables.  Ses princesses ont besoin de bruissements. Mais l’’horizon ne leur est plus nécessaire. A coups de graffiti, de croquis et de structures chers à l’artiste surgissent leurs trajets et  contre trajets, l’histoire de leurs histoires plus ou moins tordues. Existent l’immense et l’intime, le ferme et le fluctuant, le furtif et évident. Couleurs acidulées, fins tracés et faufilés de cousette, architecture de déliés, espaces interposées : tout devient frontière fragile. Se créent un maillage et un charivari où les personnages sont des sentinelles immobiles mais égarées. 

 

 

 

Bailly.jpgTout retient et grésille.  Un monde est réincarné de façon qu’on puisse le voir et l’aimer. S’y absorbe sa fugacité cyprine, dessus, dessous, sur les côtés soufflés d’une mouvance contagieuse.  Carol Bailly sonorise l’air et les éléments qu’elle déconstruit. Les femmes montent subrepticement selon une énergie légère. Restent entre d'étranges meurtrières (douces) bien des châteaux en Espagne - même lorsqu'ils sont valaisans. Personne d’autres que de tels personnages pour innocenter les songes. Minuit dépassé ils déroulent les draps de leurs Princesses, passent sur leur nuque, les emportent dans le chas et le tourbillon de leur rêve où chaque pensée est brûlure.  Et soudain au milieu de leurs propres songes elles dérivent sur le Léman. Une voix d’enfance se rappelle à elles tandis que sur leur table de chevet veille encore la lampe du soir.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:39 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

15/02/2015

S’en tenir là : Montel par Claire Nicole

 

 

 

 

 

Nicoole bon.pngJean-Claude Montel. « Obscuration lente »,  Bois gravé de Claire Nicole, Passage d’encres, Guern, 2013, 12 €.  Claire Nicole : www.clairenicole.ch

 

 

 

 

 

 

La Médée de Sénèque lançait : « Lorsque le monde sera plus vieux ; un moment viendra où l’Océan déliera les choses ». Pour chacun de nous ce moment existe. Notre océan est sans doute réduit à une flaque mais il n’empêche que la douleur existe. Montel rappelle cette descente aux enfers de la manière la plus pudique qui soit. Le poète n’a pas besoin d’inventer  des territoires fabuleux pour dire la chute et l’attente entre le silence et le cri. La Vaudoise Claire Nicole lui emboîte la pas.

 

 

 

Nicole c..jpgErre la phrase ( du moins ce qu’il en reste) , advient le texte :   « ménage à fond / Sol – mur – plafond / Verres – cendriers / Effacer – effacer / le moindre bruit ». Mais reste aussi le collage de Claire Nicole tel un « son » fondamental où tout se tait lorsque la pression du cri est si intense qu’il ne peut plus sortir et que de toute façon il serait trop vain.  Du cri que Montel porte en lui il ne peut même plus rien dire. Il « obéit » au presque silence, à l’abri des mots. Au moment où la docte ignorance du cœur rejoint le lot des choses et ce qui fait que les mortels sont communs, demeure l’image la plus simple qui les accompagne sans masques ni repères. Elle est comme déchirée par le murmure du poète.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.