gruyeresuisse

19/04/2015

Flynn Maria Bergmann : passage que passage

 

space station.gifFlynn Maria Bergmann, Space Station, Lausanne


space station 3.jpgLa gare CFF de Lausanne peut parfois  devenir un chemin d'en fer pavé de bonnes intentions. Il suffit que celle ou celui qui s'y aventure  - plus particulièrement au contour du passage sous voies qui conduit au métro M2 - est prêt à rater un train (il en passe un toutes les 5 minutes) pour regarder la  vitrine de Space-Station.

Chaque mois y est présenté une nouvelle exposition. Flynn Maria Bergmann y a exposé récemment textes et images qui mêlent  le ludique  et le sérieux. La photographie mettait un couvre-chef sur le fleuve du réel et le texte rejoignait les affluents du songe. Le monde, comme toujours à la Space Station, perd son visage pour mieux le retrouver. Surgit un miracle tout simple de poésie dans cet étrange bastringue. Se créent de merveilleux tropismes et des voyages suspendus dans des transits qui tentent de sauver le monde des naufrages.

space station 2.jpgFlynn Maria Bergmann l’a proposé avec économie, pour remplir l’espace. Tout y était en sobriété, humour, dépouillement . Mais le nu ici ne s’est pas déshabillé : il s’est coiffé  dans le temps et l’espace afin que la pensée circule dans le corps là où souvent il passe sans pensée sinon au métro ou au train qui risque d’être raté. Un tel lieu redonne une caresse à la vue, il accorde un instant de répit sur les dalles de béton pour rejoindre le rêve. Preuve que des lieux anodins lorsqu’ils sont placés de manière stratégique sont les plus importants.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/04/2015

Jean-Pierre Nadau : suspens et démesure

 

 

 

 

 

Nadau.jpgJean-Pierre Nadau, Galerie du Marché, Lausanne

 

L’œuvre de Jean-Pierre Nadau est exceptionnelle et non sans un grain  de folie. L’artiste dessine de manière compulsive sur des grands formats des sortes de plans de ville (Paris par exemple) ou de pictogrammes complexes et fascinant ou tout un monde s’anime nourri de réminiscences diverses. S’élabore et rayonne le réseau de récurrences progressives (films, lectures diverses) en un univers étrange où se croise par exemple Jean Gabin sur un improbable champ de courses comme des figures d'un S.F. encore ignorée. Moins que les restes d’un chaos demeure par fragments la structure d’un moi et d'un monde plus organisé que défait. Le dessin devient l’exacerbation travaillée avec une précision extrême. Il fait de l’artiste qui vit quasiment caché (pour être heureux ?) en Haute-Savoie un graphiste unique. Par le noir la vie grouille, scintille, animée d’une dynamique interne qui rapproche ce travail de l’Art Brut.

 

 

 

Nadeau 2.jpgJean-Pierre Nadau a traversé le miroir narcissique pour transposer l’expérience possiblement traumatique en création avènementielle rarissime. La mélancolie se mêle à une sorte de science-fiction si bien que l’être n’est pas clôturé  sur son propre chagrin. Le  modelage formel finit par avoir raison du passé et trouve une plénitude que certains pourront trouver paradoxale. Tout devient corporel et mystique et il faut des heures pour déchiffrer des œuvres afin d’en apprécier l’humour et la densité. « Sous » les anecdotes  se découvre une vision picaresque du monde : tel un Don Quichotte sans armure et armé de son stylo Nadeau parcourt  le champ (de course – voir plus haut)  de la vie : la tête chauffe, le corps brûle. Reste le battement de mesure de la seule démesure.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

15/04/2015

Isaac Conteras : Mécanique de l’art, art de la mécanique

Contreras.gifIsaac Contreras, « Double Couper Swivel », Collectif Rats, Vitrines des Mouettes, Place de l'Ancien-Port 1, Vevey

 

 

 

 

 

Isaac Contreras ne se fie pas à la nature éthérée de l’art même si d’une certaine manière il ramène à une forme d’ineffable. Tout pourtant au départ semble une histoire de mécanique avec pignons et cardans. A la base de ses travaux il y a en effet des outils industriels, des matériaux de constructions : dans ses photographies, sculptures, installations, animations l’artiste les met en mouvement avec un seul mot d’ordre : au commencement la répétition.

 

 

 

Contreras 2.gifAvec « Double Couper Swivel » et pour composer ses dessins « animés » l’artiste utilise les structures métalliques qui servent à ouvrir devantures et fenêtres. La fonction pratique est écartée : placés non à l’intérieur mais à l’extérieur d’une vitrine, ces mécanismes deviennent des structures poétiques. Elles fustigent l’obligation de résultats concrets pour devenir les folles du logis en un mouvement sans fin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:53 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)