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30/07/2015

La vie, l'amour, la folie : entretien avec Samuel Mathis

 

Matthis 3.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ?L'idée du petit déjeuné, l'odeur du café qui parfois me fait mal au ventre !

 Que sont devenus vos rêves d’enfant ?Ils sont toujours là, pas trop loin, j'essaye de ne pas les oublier

A quoi avez-vous renoncé ?A l'utopie que toute mes utopies soient réalisables, j'y travaille encore.

D’où venez-vous ? De la planète terre, vers Genève, bien que parfois je me pose des questions?

Qu'avez-vous reçu en dot ? La vie, l'amour, la folie

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?Rien, c'est plutôt un "bonus"

Un petit plaisir - quotidien ou non ?Transpirer des hectolitres dans un sauna et se jeter dans le lac l'hiver

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?Mes chaussettes dépareillées

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpella ?Les cailloux petits et ronds par terre

Et votre première lecture ? Petzi, l'ours aventurier mangeur de crêpes

Pourquoi votre attirances vers une forme de "minimalisme" tant de matières que de formes  ?Une quête de l'absolu, un dénominateur commun.

Quelles musiques écoutez-vous ?J'aime beaucoup Oxygène de Jean Michel Jarre

Quel est le livre que vous aimez relire ?"Voir" de Carlos Castaneda

Quel film vous fait pleurer ? « Le grand bleu », je devrais le revoir pour voir

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?Ben moi ! 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?Pour l'instant à personne mais je n'ai pas écrit à grand monde.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?Les Grottes 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?Mes voisins d'atelier et mes collègues d'étude

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?Un quartz bipyramidé géant

Que défendez-vous ? La vie, la différence, la sincérité 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  J'aime les paradoxes, c'est tellement bizarre

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Oui

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?Pourquoi des chaussettes dépareillées? 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 30 juillet 2015.

 

28/07/2015

Samuel Mathis : presque rien, presque tout

 

 

Matthis.jpgSamuel Mathis, "Météroïdes", Space-Station, Lausanne, du 23 juillet - 23 août 2015.

Samuel Mathis cultive un art entre minimalisme et arte povera sans pour autant se rattacher à ces deux mouvances. L’artiste mobilise certaines références culturelles ayant trait à notre inconscient sans pour autant sombrer dans le baroque et le mauvais goût. Avec la plus grande économie l’artiste s’attaque aux représentations en les minant. Une sorte de désagrégation (liée à une forme de recomposition) suit son cours en faisant glisser les images vers l’effacement. Ne reste que ce qui en tombe au moment où une grande partie de la « réalité » échappe. Demeurent néanmoins non seulement  l'amorphie, l'inanité mais une attente de ce qui ne se rassemblera peut-être plus.

 

 

 

Matthis 2.jpgLe créateur propose donc une errance statique dans l'indéfini, l'indéfinissable, et l'expulsion de la dimension vitale.  Reste un petit bout d’œuvre, un petit morceau de presque rien loin de tout. Mais c’est là une manière d’insister sur les limites de tout type d’images.  Son lieu ou son non lieu est présent afin que "bée la langue s'engorgeant de tant de vide" (Beckett). Tout se désagrège lentement (par caviardage ou vidange) sans jugement. Néanmoins l’artiste donne paradoxalement à l’image une intensité rare.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

22/07/2015

De la campagne au Paléo : Le monde étrange et pénétrant d’Anne Golaz

 

 

 

 

 

GOLAZ Bon.jpg"Un autre regard sur Paléo, Musée de l'Elysée (Lausanne) et le Paléo Festival de Nyon, du 20 au 26 juillet 2015.

 

 

 

 

 

Peu à peu Anne Golaz laisse le hasard se mettre au service de ses photographies. Pour autant – tout en gagnant en liberté – l’artiste peaufine toujours ses prises. Le monde quoique proche de nous se révèle inquiétant. L’artiste piège le réel en le proposant dans une théâtralité particulière : le portrait d’un « roadie » du Paléo Festival de Nyon  au repos, un lapin dépecé et pendu à un croc de boucher interrogent et dérangent le regard selon une poésie rendue à l'état élémentaire. Ce fabuleux théâtre à ras de réel sublime ce dernier en s’attachant à un monde presque perdu ou oublié.

 

 

 

Golaz.jpgForte de son expérience terrienne, l’artiste exhausse la campagne, la forêt tout comme la fête mais vue "off scène". Chaque photographie devient un haut relief de figurations. Elles « vertèbrent » une vision distanciée  mais profonde. L’artiste n’ajoute rien aux choses ou personnages vus mais ne retranche pas plus dans l’espace saturé ou épuré. Anne Golaz conserve de l’apparence que ce qui en a coulé : ça transperce, ça ramasse, pénètre, glisse. L’imaginaire développe une épaisseur cachée là où la photographie ne crée pas un monde de façades mais son contraire. Le réel s’ouvre, se laisse écarter par l’œil reculé et animé par l’impulsion du dedans de la créatrice. Captant de l'inadvertance elle amène au point d’une rencontre insolente. Plus besoin de métaphores. Évitant  le récit, chaque prise propose une énigme. Portraits et paysages restent toujours l'en-face qui ne se laisse pas saisir. En isolant lieux ou choses l'artiste ramène à ce qui tient du semblable et du dissemblable en des foyers singuliers et inconscients qui nous hantent.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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