gruyeresuisse

19/05/2016

Lavinia Raccanello : tous ceux qui tombent

 

Lavinia 4.jpgLavinia Raccanello, « À tous ceux qui sont tombés », coll. Varia, art&fiction, Laussane, 2016, CHF 9 / € 5.
Publication réalisée dans le cadre d’une résidence à Arc artist residency — une institution du Pour-cent culturel Migros (www.arc-artistresidency.ch)

.

 

Lavinia 2.jpgCe petit (mais grand) livret permet de rappeler l’importance du CIRA (Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, Lausanne). Il met en évidence des textes à propos de Sacco et Vanzetti tirés des archives du centre au moment où diverses polémiques ont tenté de mettre à mal l’image des deux révolutionnaires. Signe du temps ? le montage effectué par l’artiste italienne Lavinia Raccanello s’en amuse de facto en effaçant progressivement la gravure célèbre d’Alexandre Mairet de Sacco et Vanzetti sur la couverture d’un numéro du « Réveil Anarchiste » en 1928.


Lavinia.jpgL’artiste avait déjà été en résidence à l’ARC en 2015 : elle y est revenue en mars 2016 afin de continuer son travail sur les gravures sur bois de Mairet pour le journal de Luigi Bertoni. « A tous ceux qui sont tombés », par la figure tutélaire des deux italo-américains, rappelle les luttes contre le capitalisme, la religion, le chômage et la guerre. L’artiste y concentre son imagerie sur la relation entre les êtres, la justice sociale, sur le conflit entre l’Etat et l’autonomie.


Lavinia 3.jpgL’univers plastique témoigne de la part de l’artiste d’une absence autant d’égo que d’inhibition, de préjugés et demande à ceux qui regardent la même disponibilité. Lavinia Raccanello se met au service du propos en appuyant sur les contrastes texte et image. L’important n’est pas d’où viennent les textes mais ce qu’ils réveillent au sein d’inserts afin de réinventer cette page d’Histoire sans que nous sachions si nous restons encore dedans ou si nous sommes déjà au dehors…

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/05/2016

Quand Mylène Besson sauve les meubles des twin Sisters

 

 

Besson.png"Mylène Besson", Galerie Filambule, "Marie Morel", Galerie Humus, exposition duale du 27 mai - 26 juin 2016


Marie Morel a pensé longtemps que les plumes faisaient le plumage et la peinture matière leur collage. Mais peu à peu l'artiste a instrumentalisé son art dans une répétition roborative et lassante. Dans l'exposition en écho et duo au Filambule et chez Humus, Mylène Besson sauve la mise en proposant une dimension toujours plus pertinente selon des ouvertures atypiques et fécondes.

Besson 3.jpgL'orchestration duale permet donc un équilibre entre métissages et dissonances où les ricochets de Mylène sauvent les cadavres exquis de son alter-ego pour les transformer en des corps aux identités troubles et à l'ivresse fantomatique. L'assemblage entre les deux œuvres peut donc se faire à distance : il est avant tout mental. Mais là où Marie Morel est frileuse, Mylène Besson guide et détermine un sens plus ouvert et jouissif.

Besson 4.jpgDouce et provocante son œuvre nourrit des codes équivoques, des croisements interactifs, des effets d'optique et de cadence que Marie Morel semble avoir perdus. Elle devient en quelque sorte l'obligée de la première qui avec ses détournements audacieux jouent de sublimations mystiques et sexuelles. Dans ce jeu binaire l'une des twin-sisters cache l'autre. Reste néanmoins une gerbe commune aux effluves propre à rappeler que "tout le temps qui passe ne se rattrape guère... que tout le temps perdu ne se rattrape plus ”.
.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(portrait de Mylène Besson par Maxime Godard)

10:52 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/05/2016

Silvia Velazquez : l’abstraction vitale

 

velezquez4.jpgSilvia Velazquez, "Life" Art-Flon, Lausanne, 27-28 mai 2016.

 

 

 

 

« l’absence aussi difficile à nier qu’à affirmer » (Borgès)

Velazquez2.jpgSilvia Velazquez exclut toute intimité surfaite de ses œuvres. Elle la dérobe ou l’enrobe dans une visibilité géométrique qui rappelle parfois des mandalas. Mais elle les arrime néanmoins à une vision plus matérialiste, architecturale.  Tout ce qui est débridé rentre dans des systèmes de perfection graphique. Face au leurre de l’évidence l’artiste propose ses images mentales où la seule rébellion demeure le secret. Et c’est ce qui rend plus puissant de tels « murs » d’images dont l’émotion n’est pas absente.

Velazquez 3.jpgTout fonctionne sur le primat des régimes et des dispositifs de visibilités sur les façons de voir et de percevoir. Le secret demeure dans l'ombre nécessaire sous la lumière créée de toute pièce et qui n'apparaît qu'en fonction de l’assemblage des formes et des lignes. Le "quant à soi" demeure la nécessité ou condition vitale de l’œuvre, son langage obligé. Il reste le ferment réactif contre les images connues et reconnues et les idées reçues. Aux volutes des rêves fait place une nécessité d'affirmer dans une rhétorique qui n’a rien de spéculaire : elle met en exergue néanmoins une expérience vitale majeure.

Velasquez.jpgCe qui est caché dans le réel reçoit par l’abstraction une plus value car c’est le moyen de se dégager de choses, de les laisser sur le bas côté afin que surgisse une intensité, un partage, un appel à une complémentarité totale en actualisant un possible excessif. Le mystère demeure fascinant par son impeccabilité plastique. Celui-ci est bien sûr celui que le titre de l'exposition affiche : la "vie" - sans laquelle l'art n'est rien.


Jean-Paul Gavard-Perret