gruyeresuisse

03/03/2015

Judith Deschamps ou le jeu du virtuel & du réel

 

 

 

 Deschamps 2.jpg« To-day was Judith Deschamps », du 8 mars au 4 avril 2015, Collectif Rats, Mouettes, Place de l’Ancien-Port 1, Vevey, Suisse.

 

 

 

De la photographie et la performance à la réalisation de films, Judith Deschamps démonte les codes de la culture et des images jusqu’à ce que le regardeur doute non seulement de ce qu’il voit mais de lui-même. Vivant autant à  Strasbourg qu’à Paris, à Santa Monica qu’à New-York, l’artiste mélange le virtuel et le réel. Si bien qu’il est difficile dans ses œuvres de savoir qui est qui, qui est quoi. Le réel et l’identité sont donc interrogés à travers divers médiums et médias où l’artiste met en scène son existence dans la suite de Warhol ou Sophie Calle mais selon ses propres principes.  Images et discours se font et se défont au profit de narrations intempestives drôles et graves.  

 

 

 

Deschamps.jpgLa critique proposée est moins sur l’art que les médias. Un univers hybride apparaît presque insidieusement. Tout semble rester à l'état de chimère mais c’est un moyen de recréer le monde et lui faire du bien.  Il ne cesse  d'entrer dans le regard afin de biffer le béant, le béat, le néant.   De pures fantasmagories, surgissent un miroir et notre psyché.  Toute l’œuvre reste une sorte de dérive. On se laisse aller à l’ivresse de sa pente et à son émoi particulier au moyen de « masques » qui conduisent derrière le réel. Judith Deschamps y rassemble des éléments hétérogènes.  Il est soudain légitime d’espérer voir  "comme dans un rêve" là où l'artiste entrouvre l’eau du monde pour ramener ce qui est enfermé dans ses profondeurs. L'œuvre est donc bien un miroir. Toutefois il ne renvoie pas notre visage mais le fond de notre inconscient.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:09 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

02/03/2015

Christian Jelk et le présent gnomique

 

 

 

 

Jelk portrait.jpgChristian Jelk, Le vingtième et unième sera spirituel ou ne sera pas, galerie d’(A), Lausanne

 

 

 


Au visage christique de Christian Jelk répond sa recherche.  Architecte et donc maître du dessin il en fait un outil de la pensée. Mais la  gravure la pousse encore plus loin en portant les traits vers une autre qualité de transparence. Celle-là demande plus d’attention que le dessin qui ne fait que tracer. Or mais la gravure « incise », elle ne peut être reprise ou corrigée.  Toutefois Jelk s’en sert aussi et paradoxalement pour donner plus d’instinct à son savoir-faire de dessinateur. A travers elle il intervient sur  les photographies de femmes des magazines de mode. Il les métamorphose  au moyen de scotchs colorés qui les lardent jusqu’à construire leur quasi disparition. De l’épreuve tirée après passage au noir d’imprimerie ou de suie surgit  une empreinte fantomâle. De la sexualisation standard des images émerge une spiritualisation de la représentation. L’œuvre ne témoigne donc pas d’un simple plaisir de montrer. Surgit le  “ présent gnomique ” d’une contemplation spéculative. Elle suspend et surprend la vision, permet d’entrer en ce qui touche à l’instable contre l’évidence factice des apparences. L’artiste les exorcise.

 

 

 

Jelk 3 bon.jpgExcoriée l’image ne laisse plus le regardeur en état de passivité.  Le Vaudois atteint le réel autrement qu’à travers la chair en maniant la douceur comme l’énergie spatiale capable d’agir sur l’être et son regard. L’illusion réaliste n’est plus possible. Les corps  montrent leur pâleur intérieure dans un environnement quasi abstrait. Plus qu’à un échange sexualisé le voyeur assiste de facto à la réalisation physique de figures de langage : « Ne pas avoir la tête sur ses épaules »,  « avoir la tête ailleurs », « avoir les bras et les jambes coupés ». Toutes ces expressions peuvent être prises au pied de la lettre. Jelk ramène au « pur » langage en une procédure d’effacement, d’oblitération. Il s'approche de quelque chose d'essentiel en déliant les purs effets de réel  en  portant de la sensualité à la spiritualité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:41 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

01/03/2015

Slip, Slip, Slip, Hourra ! (Géographie de l’Eros)

 

Slip 3.jpg"La Fête du Slip" -  HumuS, du 6 au 21 mars 2015, Lausanne

 


Une fois de plus Lausanne prouve sa liberté et rappelle qu’il existe en art des opérations souterraines capable d’instruire une autre poésie des corps.  Viviane et Stéphane Morey préparent la troisième session de la « Fête du slip » dont ils sont les fondateurs. Qu’on ne s’y trompe pas : l’évènement est plus libertaire que pornographique. Plusieurs associations sont invitées afin de donner un autre visage de ou plutôt des sexualités. L’évènement est un festival joyeux et pluridisciplinaire. Il se double d’une exposition. de l’historien de l’art Claude-Hubert Tatot. Son  Cabinet de Curiosa contient dessins, photographies, sculptures, œuvres d’art, images d’amateurs, objets de l’industrie pornographique, etc.. Les œuvres sont tirées de sa propre collection, de prêts d’artistes et d’œuvres appartenant à la fondation F.I.N.A.L.E. (Fondation Internationale d'Arts et Littératures Erotique) centre de documentation et de conservation des comportements érotiques et amoureux.

 

Slip 2.jpgArpenteur de cheminements convulsifs le conservateur montre ce que l’idéologie officielle cache. Face à elle le génie du lieu de la galerie HumuS accorde un prix supplémentaire à la conquête amoureuse et sexuelle. L'âme dite tendre voyage dans la chair afin d'assouvir ses pulsions.  Et la « Carte de Tendre » chère à Mlle. de  Scudéry trouve là de nouveaux territoires. Exit la casuistique et le « poliçage » des mœurs. Le tout selon un réseau de circuits parallèles  initiatiques voire éducatifs... « L'invitation au voyage " de Baudelaire y mêle l'attrait des mythes, le goût de l'histoire de Vénus-Aphrodite aux explorations de l’art « underground ». Cythère n’est plus - pour revenir à Baudelaire -  un  " Eldorado banal de tous les vieux garçons. / Regardez, après tout, c'est une pauvre terre ".  Les Fêtes galantes y prennent tours et détours ou des « mains oisives dans les toisons aux gros midis » (Jules Laforgue) vont bon train. Vénus y côtoie Sapho - et Don Juan Toto.  

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret