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11/07/2015

Thomas Schunke le coucou : du bon usage du Selfie

 

  

Schuncke.jpgThomas Schunke, « Me, my Selfies and I », Editions art&fiction, Lausanne, 32 pages,  CHF 20 / € 13.50.

 

 

 

 

 

Dans une période où le « moi » est en rien haïssable et s’élève en batterie   Thomas Schunke propose une digression à la pratique des réseaux sociaux : Face-book, Instagram et la maladie du selfie. A longueur de bras cette nouvelle mode ou méthode peut parfois être autre chose qu’un allongement de l’égo. Schunke en profite pour questionner l'autoportrait. Son texte qui accompagne ses prises permet d’affiner leurs propositions en transmettant des expériences vécues sur le web avec ceux qu’on nomme « amis » et qu’on ne connaît même pas.

 

 

 

Schuncke 2.jpgPlutôt que caresser son « moi »  l’artiste suisse multiplie les faces du « je » tout en le cachant derrière divers éléments : fourmi, singe, carpaccio de betteraves, du pissenlit, etc. Le selfie devient  une continuité du cabinet de curiosités. Il permet d’explorer et de comprendre le monde en partant d’une « prise » simple mais qui peut être utilisée à des fins métaphoriques. C’est comme si l’artiste cherchait à faire émerger des complicités entre lui et des choses qui deviennent des « calques » du je proposé au jeu de l’imaginaire propre à chacun

 

 

 

Car la notion de réseau est important. L’artiste met bien sûr du personnel dans ses selfies  mais ils sont assez ouverts pour que les autres puissent y voir autre chose que l’artiste lui-même. Schunke implicitement semble ne pouvoir dire  si ce sont ces fameux « amis » qui viennent à lui ou  lui qui vient à eux. Le but est même de parasiter son propre portrait par des contextes qui deviennent  des sortes de nids de coucou. Souvent c’est un objet qui déclenche une envie  mais ensuite  il s’agit d’en faire un casting pour que le coucou soit bien et trouve un moyen de montrer ce qui le touche.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

10/07/2015

Qu’en termes étranges ces « choses »-là sont montrées : Roger Weiss

 

 

Weiss.jpgRoger Weiss avec sa série « Human Dilatation » ne  cherche pas à exorbiter le corps par effet déformant pour faire jaillir « du » monstre. Il n’insiste pas non plus sur la prétendue  fragilité ou les éventuelles imperfections de ses modèles féminins. Les angles de distorsion permettent de casser les stéréotypes hypocrites que l’idéologie imageante mondialisante fait porter au féminin. La notion de beauté en est donc modifiée.

 

Weiss 2.jpgLe déséquilibre entre les parties du corps retranche les idées reçues, rompt le ceintrage admis. Le physique féminin apparaît en termes étrangers, il se détache des lignes « haricots verts » pour montrer le vide des illusions optiques que nous caressons. Insolent le photographe suisse donne au corps une insolvabilité. Elle permet de nous dénouer de nos percepts.  Chaque photographie devient une insurgée. Sans assise ou déboîté le corps à la fois rentre en lui et en sort de manière intempestive. Il est l’indice agaçant créateur d’ouverture par l’audace du photographe. L’image de la femme, de simple « support » confortable, devient un manifeste dadaïste de déconditionnement du conformisme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Roger Weiss, « Human dilatation »

11:06 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

08/07/2015

Christian Garcin : de Lausanne à Pékin

 

 

Garcin 2.jpgChristian Garcin, « Le Lausanne - Moscou - Pékin », La Baconnière, Genève, 2015, 120 page, 12 E.

 

En hommage à « La prose du Transsibérien » de Blaise Cendrars et pour le centenaire de sa publication, Christian Garcin  a refait suite à un projet de la Radio Suisse Romande le voyage mythique. En fin de parcours l’auteur fait astucieusement se rencontrer le poète suisse avec un « confrère » qu’il aurait pu croiser en Chine : Victor Segalen. Ce rapprochement permet à l’auteur d’expliquer que le « vrai » voyage n’est pas plus un déplacement du corps que la recherche de l’exotisme. C’est « une matière brute à pétrir par l’éclat de la langue ».

Garcin.jpg

Dès lors la notion d’«écrivains-voyageurs » - si elle peut habiller Nicolas Bouvier - ne convient pas pour les deux poètes. Et lorsque Cendrars perçoit dans

« le grincement perpétuel des roues

Les accents fous et les sanglots

D’une éternelle liturgie »

il s’agit - passant d’un monde à l’autre – de se heurter à soi afin, par la confrontation à l’altérité, de traverser les frontières de l’inconscient toujours plus difficiles à franchir que celles des pays. Voyager en effet ne revient pas à ramener du pareil et du même mais rameuter du fond de soi ce qu’on ne soupçonnait pas encore. A l’époque de Cendrars et comme le rappelle Garcin la possibilité de ce transit « intestinal » était plus libre qu’aujourd’hui. Pour passer d’un pays à l’autre « nul passeport était nécessaire, une enveloppe timbrée portant votre adresse et le tour était joué ». Raison de plus pour accompagner sans soucis l’auteur dans son périple et par procuration s’offrir une introspection.

 

Jean-Paul Gavard-Perret