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10/05/2017

Formes, traces, signes : Mahmoud Hamadani

 Mahmoud.jpgMahmoud Hamadani, « Fugues, Dubner Moderne Lausanne. Du 9 mais au 1er juillet 2017.

Gris, noirs, blancs : les dessins à l’encre sur papier de Mahmoud Hamadani, dans leur minimalisme radical, créent des émergences impressionnistes de signes calligraphiques à forte puissance poétique. Ils ne sont en rien des traces mélancoliques, ils portent à la limite de l’art mais à l’intérieur de lui-même. Demeure une présence sourde où le dessin croit à ses formes jusqu’en ses effacements.

Mahmoud 2.jpgL’artiste souligne des gouffres de présences implicites. Le dessin devient un noyau à partir duquel se déploie une chorégraphie en plans fixes au sein d’une expérience abstractive d’un genre particulier. Elle devient la source d’une plasticité fragile et puissante vers un espace où tout se perd sur le support afin que subsiste l’ordre d’une pure émergence.

Mahmoud 3.jpgMahmoud Hamadani ne plonge jamais dans le tumulte des formes. Les traces restent comme une énigme sur le papier. Elles suggèrent une forme d'absence d'image mais en même temps de rapprochements vers le signe selon une extase plastique. L'aventure de l'art devient celle du langage. Le modelage formel finit par avoir raison de tout. N’est-ce pas ainsi que l'art trouve sa plénitude ?

Jean-Paul Gavard-Perret

18:58 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

08/05/2017

L’ « auto-célébration » de Fabian Boschung

Rats.jpgFabian Boschung , exposition au nouvel espace du collectif Rats, Vevey et publication de « Xamax- Tsar n°18 », 21 mai - 11 juin, 2017.

Né à Lausanne et installé à Neuchâtel, Fabian Boschung ne cesse de surprendre par ses constructions intempestives. Elles font de lui un artiste émergeant de la scène internationale grâce à une expérimentation transgressive, ironique de divers médiums (photographie, dessin, peinture, sculpture, vidéo). Légèrement provocateur, son travail porte une note auto-dérisoire et ironique. Elle s'affiche autant dans sa réflexion qu’au sein du processus de création et ses œuvres elles-mêmes.

Boschung.pngIl y fut question par exemple de trophées en coquilles de moule, d'huître ou d'escargot, mais aussi du chat de Schrödinger, d'un geste de peinture à la fois pétrifié et vivant et aussi d’un auto-dérisoire Manifeste de l'Excessivisme. Boschung cherche et trouve son identité par des systèmes d’appropriation de divers courants : Art minimal, Expressionnisme abstrait, Bad painting, Supports/surfaces, arts populaires et bricolages. Il se saisit à Vevey d’un archétype formel et idéologique : l’automobile décliné sous divers registres et qualités afin de tester ses limites et ses persistances avec un humour. Celui-ci renverse ce qui semble une « auto-célébration » à tous les sens du terme…

Boshung 2.jpgEfficacité visuelle et ironie se condensent dans l’œuvre. L'automobile engendre une culture et sa critique propre à la société de consommation. L'artiste propose une superposition d'effets et d’éclairages. Ils dissolvent les rapports spatiaux entre l’objet et ce qui l’envahit. Ces précis de décomposition sont poussés vers une sorte de géométrisme qui projette en un espace subjectif ou l’agencement des objets obéit aux caprices de la mémoire, du désir et de l'ironie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/05/2017

Bernard Voïta : dans l'épaisseur


Voïta.jpgBernard Voïta, « Hétérotopies », Galerie Laurence Bernard, Genève, du 18 mai au 17 juin 2017

Convaincu qu’il existe non seulement une face cachée des choses mais que cette face cachée est nécessaire à leur « choséité » (Beckett), Bernard Voïta photographie des constructions accumulatives qu’il réalise lui-même dans son studio. Pour cette exposition il matérialise la géométrie des formes à travers des « tableaux-sculptures ». L’artiste pose la question de la visibilité de l’épaisseur par delà les jeux de surface. Voïta invente un réalisme particulier en jouant des effets de strates et des impressions que celles-ci peuvent offrir

Voïta 2.jpgCe travail transforme la photographie par le marmoréen. « Densifier » la valeur de l’image en 2 D. revient à cerner de plusieurs côtés sa perte et laisser le champ libre à tout ce qui pourrait advenir. Créant un pont entre le réel et ce qui lui échappe, entre l’art et son image espérée ou attendue, l’artiste plonge en un univers où - si la figuration fait loi - nous sommes toujours proches d’une abstraction. Toute l’œuvre s’appuie sur cette ambiguïté et son décalage. Elle fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Dégageant des épaisseurs leur part d'ombre, l’auteur scrute les voies qui conduisent de l'obscur à l'illimité, explore les envers d'une réalité dont la face lumineuse ne contient pas tous les secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret