gruyeresuisse

06/04/2015

Les « interprétations » d’Alex Hanimann

 

 

 

 

 

_Jenisch_HANIMANN_Ecal--672x359.jpgAlex Hanimann, Printmaking, by Ecal, Musée Jenisch,Vevey, jusqu’au 31 mai. « Spigel Lügen », Edition VFO, 9-25 avril, Zurich,

 


Hanimann 3.jpgAlex Hanimann poursuit la voie qui depuis le début du siècle dernier marie et place l’art et les mots dans leur valeur proprement visuelle. En certains de ses dessins le texte survole tel un titre le sujet graphique ou vient s’inscrire dans une bulle de bande dessinée. Et lorsqu’il s’éloigne de l’image et travaille « purement » le langage, Alex Hanimann en exploite tous les ressorts : du signe typographique, du mot, de la phrase et de la phonétique au passage d’une langue à une autre.  À Saussure  pour qui « le signe graphique est une image ou une forme à considérer en soi », Alex Hanimann répond par la variété des usages qu’il accorde aux éléments graphiques. La textualité du livre comme  celle du mur acquiert des propriétés visuelles autant par leur forme dessinée ou dactylographiée que par leur disposition sur le mur de la page.

 

 

 

Hanimann 2.jpgMais par delà les purs dispositifs graphiques ce qui est un embrayeur de l’imaginaire du regardeur devient une acrobatie avec les mots soulignés ou barrés, lus dans un sens inversé ou encore transposés dans une autre langue. Dessins, textes-images, archive de photographies découpées en  journaux et magazines permettent à l’artiste d’inventer son propre corpus. Digne successeur d’un Warburg il classe pour créer. Chaque groupement (plantes, animaux, dessins abstraits, danse, personnages qui agissent ou se présentent, etc.) deviennent des enseignes lumineuses dans lesquelles la cohérence flotte volontairement. Au regardeur d’en faire ce qu’il « entend ».  Chaque œuvre offre une occasion d’avancer, de franchir des seuils, de s’écarter de quelques failles. Bref de sauver les meubles ou celui qui vit encore dedans.

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

12:09 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/03/2015

Poétique du regard : Pierre-Alain Tâche

 

 

Tâche.jpgPierre-Alain Tâche, « Une réponse sans fin tentée », L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 172 pages, 20 E..

 

 

 

Voir le réel échappe largement au champ de la maîtrise. Le filtre des médiums n’arrange rien. Il simplifie ou raidit la réalité en fonction de l’idéologie qui le fabrique. D’où l’importance des arts. Sans oublier la poésie. P-A Tache ne la néglige pas. Il lui doit sa renommée et fait mieux ici que l’illustrer. Elle devient le langage particulier qui force à repenser la création et le monde. P-A Tâche rappelle que tout plasticien comme tout poète intervient face à ce qu’il nomme « l’évidence obscure » de  l’ « entrevoir, le croire entrevoir, le croire » (Beckett). La croyance reste en effet le pire piège à qui veut comprendre l’être et le monde. Le créateur est donc forcément - sinon athée - du moins incroyant ou mécréant. Son travail induit la « décréation ». Et Tache de préciser : ce qu’un artiste re-présente  « gagne parfois le pouvoir de guérir la cécité et le silence : la taie disparaît et la bouche ose ». Rares sont les textes aussi  forts pour évoquer le dialogue que le regard engage avec l’image. L’auteur y remonte aux racines d’un mystère que la raison ne peut dissiper : celui où formes et couleurs créent le feu sourd qui écarte la nuit.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/03/2015

Fluctuat nec mergitur : Violetta Gejno

 

 

Violetta Gejno :  Aperti 2015, Lausanne.

 

 

gejno 3.jpgGejno.jpgL’œuvre de Violetta Gejno engage un dialogue mystérieux avec le regard. Difficile pour lui de s’y reposer comme de la comprendre. Il doit se laisser emporter, dériver.  Avec des processus virtuels ou manuels l’artiste propose une métamorphose poétique d’un monde qui devient un jardin de possibilités pas forcément rationnelles ou réalistes. Un tel univers semble nous regarder autant que nous le regardons puisqu’il échappe à la prise. Il s’agit de dissiper la raison et d’y renoncer. La confiance est remise à l’émotion par l’irruption de formes fugitives ou brisées, des couleurs fluides comme la sève ou denses comme celui d’un fleuve sourd.  L’œuvre répond à une pulsion dont l’origine resterait cachée. Néanmoins dans l’alliance subtile des formes et des effets de matière l’artiste oblige à un consentement vers l’inconnu.

 

 

 

gejno 2.pngLa sensation majeure de l’œuvre devient affaire de sentiments. Ils délient l’être du néant comme de l’apparence. Chaque paysage est une parcelle secrète d’un monde des limbes ou de l’errance.  Il appelle une démesure vitale en créant un pont entre ce qu’on voit et ce qui demeure enfoui au plus profond. Le travail de Violetta Gejno s’écarte à la fois de toutes « ostentiones » et de toutes « phantasiae ». Avec la Lausannoise le monde n’est plus  en un état statique. Il tourne autour du pot à la merci d’un peu de vent battu comme une vieille horloge.  Restent divers types de gradations et d’écoulements. Des lieux naissent ou se perdre tout autant au sein de textures étranges. Tout est en jeux : la couleur, le trait, le pan, leurs rythmes.  Une image boit l’océan une autre déplace les montagnes.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:48 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)