gruyeresuisse

12/05/2015

Maya Rochat : navigations acrobatiques

 

 

 

Richa 2.jpgMaya Rochat,  « A plastic tool », du 16 mai au 14 juin 1015, Centre d’art contemporain, Genève.

 

 

 

Une nouvelle fois le travail de Maya Rochat sidère . “A Plastic Tool” est le titre de son  nouveau livre de photographies. Il n’a pas simplement une portée informative  ou illustrative. L’artiste y questionne le sens et la valeur des images dans une stratégie de détournement et de déconstruction fondée sur ses propres images et leur interaction avec les technologies actuelles d’impression. Cela lui permet de proposer des narrations multiples grâce à l’offset, le stencil l’impression sur soie afin de créer des surfaces qui réunissent photographie,  collage, peinture dans des ensembles analogiques, manuels et digitaux.

 

Rocha.jpgLe spectateur est plongé dans un univers organique. Se mêlent une invasion d’émotions mais une appréhension conceptuelle reste de mise par une expérience à la fois de publication d’avant-garde et d’exploration des limites de l’image. Questionnant les modes de représentation de notre société, l’artiste touche la sensibilité et l’intellect par  des oeuvres qui frôlent un chaos et l’apocalypse en créant un univers où le terme de beauté plastique conserve tout son sens. La « régression » déconstructiviste produit par delà  la pratique, expérimentale une poésie. L’artiste y révèle entre autres des zones d’aberration des procédés techniques que la mécanique de création intègre. Ce travail a aussi pour but d’explorer l’espace livresque comme le « langage ». En surgit une nouvelle « qualité » ; il n’est pas simple objet ou support. Chaque page donne lieu à des  sonates visuelles riches en couleurs : spectres, croisements, brouillages deviennent des pistes de réflexion là où la séduction plastique est de mise. L’artiste en démultiplie le potentiel par sa capacité de travail, d’analyse mais aussi d’émotion.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/05/2015

Jean-Luc Godard sur les grèves du Léman : du zéro à l’infini

 

 

 

Godard.jpg« Jean-Luc Godard l’entretien hirsute », revue Sofilm, n° 30, 2015.

 

Les lecteurs de ce blog connaissent le goût de son auteur  pour Jean-Luc Godard. Ce dernier reste non seulement celui qui a révolutionné le cinéma, a créé une avant-garde selon diverses phases - dont certaines ne sont pas encore assimilées -   mais il a transformé le « filmique » en domaine des enchanteurs par la beauté presque instinctive de ses images. Passant en revue toutes les formes d’art et de littérature du surréalisme au situationnisme, de l’abstraction ou pop-art  il a assimilé une pléthore d’influences pour créer un « art magique » en prise directe sur le réel jusqu’à ses dernières oeuvres tournées à Rolle où les journalistes de Sofilm sont venus l’interviewer.Ses réponses sont passionnantes : passant en revue les problème du moment (Charlie, les extrémismes radicaux de  divers obédiences, etc.)  le créateur fait preuve d’un pessimisme raisonné qui le met toujours en soif d’errer avec une indépendance par rapport à ce qui arrive. Il existe de manière sourde  toujours  une révolte créatrice du lumière là où comme il le dit « le zéro peut reprendre vie ».

 

Héritier autant de Debord, d’Arthur Cravan que de Lautréamont ou Artaud celui qui vit désormais en a-parte au bord du Léman demeure un homme touchant, singulier. Enfermé dans un certain silence il recèle en lui images et pensées et reste un homme libre dont on n’a pas shunté les œuvres majeures des deux dernières décennies. Sortir à son sujet les scènes mythiques du « Mépris » fait trop facilement oublier les audaces esthétiques qui ont suivi. L’oeuvre est marquée de continuelles prises de risques sans jamais chercher à provoquer ou « faire spectaculaire ». C’est elle-même qu’elle cherche. Au sein du théâtre du monde et sa mise en abîme. Dans une véritable passion pour la réalisation et l’écriture filmique. En taillant sa route à coup de haches pour ouvrir des portes inconnues sur le réel et le cinéma afin que jusque sur une grève déserte du Léman en hiver une « invisible folie imprime son pied dans le sable humide » (Benjamin Péret).

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

13:37 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

06/05/2015

Nicole Hassler du concept au vernis : les surfaces apaisantes

 

 

 

 

 

 

 

 

Hassler.jpgAlexander Schnell, « Nicole Hassler. Works », art&fiction publications, Lausanne  2015

 

 

 

 

 

 

 

En 2008, la Fondation Louis Moret présenta la première exposition de Nicole Hassler : Ocean Nail Polish. Tout jouait déjà autour de la couleur et la surface. Le cosmétique y avait un rôle important. Pour l’artiste son recouvrement n’est pas simplement esthétisant il fait sens en transformant l’espace de la vision et le mental du regardeur. Travaillée en monocolore (non sans rappeler le purisme de l'avant-garde russe du début du siècle dernier) la matière cosmétique propose la force de son chromatisme et de sa texture.

 

 

 

Fonds de teint, poudres, laques à ongles  sont utilisés  tels quels. Le geste disparaît au profit de la puissance de la couleur « pure ». Il crée une passe entre l’art et l’artifice.  Mais le cosmétique permet aussi à l’artiste une recherche sur l’identité féminine. Pour une de ses exposition elle a observé ses propres pratiques de soins, elle a classé  52 produits en usage dans sa salle de bain et composé une suite de mots latins (non original des produits), d'étiquetages : le produit est identifié non de manière à produire de rêve mais la réalité de la chimie tout en révélant une part de l’identité de la créatrice.

 

 

 

Le rêve pourtant fait retour avec le nom des couleurs : Out of the blue, Strawberry Margarita, Azur for sure sont incorporés tels quels dans des œuvres dont des armoires à pharmacie devenues des supports aux surfaces et donc objet d’art à part entière. Ailleurs avec les Eye Shadows (sur toile) se déploient la  gamme des couleurs :  la présence de la peinture est nue dans une sorte délocalisation de tout lieu puisque la surface est univoque et son format « abstrait ».  Restent le lisse et ce qui s'y cache : surface, rien que surface. Et son exaspération. On peut donc parler d'éclats, de textures. Sans la moindre présence humaine elles donnent de l’artiste un autoportrait sublimé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.