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20/10/2017

Flux et ressacs d’Ariane Courvoisier

Courvoisier.jpgAriane Courvoisier, « Carnets », Coffret de 10 carnets, coll « Varia », art&fiction éditions, Lausanne, 2017, CHF 60 / € - Parution le 25 novembre 2017

 

Courvoisier 2.jpgCe coffret dans sa simplicité d’apparence saisit de vertige. Il est constitué de sept carnets de dessin en fac-similé d'Ariane Courvoisier et complété de trois autres. La premier contient un essai de Bruno Rudolf von Rohr sur la posture éthique d’une l'artiste dont le but est autant de créer que de transmettre. Il est complété de citations d'artistes et de critiques qu’elle a retenu de ses lectures. Le deuxième présente quatre témoignages: sur la question de la transmission de la dimension filiale. Le troisième est vierge. Comme une invitation au partage. L’ensemble devient livre-objet de Diego Bontognali réalisé par son atelier de graphisme «Bonbon».

Ce parcours « livresque » reste une fête étrange, un plaisir visuel particulier aussi brut que précieux. Chaque œuvre au lieu de s’emmurer d’avoir été « rapporté » s’ouvre à la dissémination spatiale à mi-chemin entre la méditation et la fascination. Des mouvements donnent sens et accordent implicitement à regardeur le sentiment (plus que la sensation) d’être présent au monde.

Courvoisier 3.pngLe pouvoir des rythmes qu’Ariane Courvoisier impose, crée un vertige. Comme elle l’écrit: « L’œil suit ce qui est tracé, se frotte à la matière, s’effraie de la noirceur du brou, fraternise avec le vert de Piero, sent le souffle froid des blancs du nord, jouit de la force du bleu, se heurte aux pleins, plonge dans les vides, et ralentit, - se fait regard ». Ariane Courvoisier renonce aux systèmes, aux grilles, aux codes qui subordonnent l’art. Tout est fait pour l’échange là où la peinture devient un journal intime, un carnet de bord. Y sont « consignées » des impulsions construites, déconstruites dans une forêt de lignes et de pans. L’art retrouve quelque chose de primitif et d’ailé.

Courvoisier 4.pngPar ce qu’elle nomme son « emportement » l’artiste cherche une vérité à transmettre et infuser par le tracé de gestes rapides, simples, radicaux, vifs. Se constituent des states et des vibrations en rapports colorés, afin qu’entre chaos et sérénité jaillissent un espace neuf et « sacré ». Chaque image devient le « vitrail d’une chapelle imaginaire. ». Elle est un pur objet de sensation mais aussi de méditation sur l’indicible qui habituellement échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/10/2017

Peter Soriano à Lausanne

Soriano bon.pngPeter Soriano, « Cresta », Circuit, Lausanne, du 18 septembre au 28 octobre 2017.

 

Peter Soriano - artiste abstrait franco-américain né aux Philippines - partage son temps entre New York et Penobscot (Maine). Son œuvre s'inspire des paysages qui l’entourent mais aussi ceux du XIXe siècle, des peintures rupestres préhistoriques et des études japonaises sur les œuvres sur papier d'Ukiyo-e. Ses peintures murales comme ses œuvres plus intimes sont gestuelles, géométriques, complétées de marques et de notations.

 

 

Soriano.jpg

 

Pour lui « Le dessin est un véhicule pour se situer dans divers espaces : physiques, métaphoriques et psychologiques ». Et d’ajouter: « J'utilise le papier pour montrer comment ces espaces se croisent, pour aider à les clarifier et à les comprendre. ».

 

Soriano bon 2.jpgL’artiste s’interroge sur les conditions d’existence de l’art, ses chances de survie mais aussi il le porte à un point de quasi rupture là où il renaît plus puissamment et plus dépouillé de ses éléments de « décor ». C’est donc dans une technique du retrait que le plasticien hypnotise en rendant propice l’inscription du signe humain. L’oeuvre aspire à en devenir le support tout en dépassant les langages admis.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:54 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/10/2017

Marie-Claude Gardel la discrète : entretien avec l’artiste

Gardel.jpgMarie-Claude Gardel embrasse le monde en des fragments qu’elle distribue dans ses gravures tirées à quatre épingles. Histoire une fois de plus que le temps empiète et s’imprègne du sourd « dessein » de celle qui se perd en route pour mieux se retrouver. Sans urgence et au besoin en lambinant en route - être trop pressé ne dit rien qui vaille - se créent divers types de mises en abyme et de trompes l’œil quitte à « trébucher dans l’inconnu » dit l’artiste de Forel.

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? l’affleurement de l’aube

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? ils sont encore si présents, si vifs, malgré moi !

A quoi avez-vous renoncé ? au théâtre, au jeu d’acteur

D’où venez-vous ? d’ici, de là, peut être de très loin…

Qu'avez-vous reçu en « héritage » ? la retenue et la folie polie, le tangage entre drame et humour, la posture du chercheur

Qu'avez vous dû abandonner pour votre travail artistique ? rien n’a été abandonné, il s’est fait attendre pour prendre toute la place lorsqu’elle était libre.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? souhaiter le bonjour aux animaux

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? ça alors…est ce que je sais ? peut être la patience, une certaine lenteur

Gardel 2.jpgComment définiriez vous votre approche de l’abstraction et de la matière? Par une disposition curieuse, interrogative, ouverte a priori. Le sujet est ample et répondre à la question mériterait un approfondissement de la philosophie et des sciences

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous interpella ? les mosaïques de Ravenne

Et votre première lecture ? "les voyages de Gulliver"

Quelles musiques écoutez-vous ? les sonates pour piano de Beethoven jouées par Peter Rössel et bien d’autres encore

Quel est le livre que vous aimez relire ? la correspondance de Gustave Roud et Philippe Jaccottet

Quel film vous fait pleurer ? "Crin Blanc"

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? ma mère

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? à moi-même

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Florence

Quels sont les écrivains et artistes dont vous vous sentez le plus proche ? je me sens proche de tous les créateurs dont le doute sous tend leur démarche artistique

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? le jour anniversaire est jour de remerciement à mes parents.

Gardel 4.jpgQue défendez-vous ? l’équité au-delà des règles en vigueur et la famille

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Oh ! quelle impasse! Je la trouve fort antipathique

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" cette phrase me renvoie à celle-ci, trop souvent entendue lors d’une visite d’atelier ou d’exposition « c’est intéressant… ». Diable, osons nous exprimer et surtout argumentons !

Quelle question ai-je oublié de vous poser? L’animal fétiche ? le loup

Entretien et présentation : Jean-Paul Gavard-Perret, le14 octobre 2017.