gruyeresuisse

22/11/2018

Gabrielle Le Bayon à Lausanne aussi garde ses ailes

Bayon 3.jpgPhotographe et vidéaste (entre autres) Gabrielle Le Bayon  fait gesticuler les images à travers de subtils mixages de genre et de temps. Tout est impeccable et ne manque pas d’humour. La plasticienne observe le monde et elle-même par un étrange trou de la serrure dans un courant d’énergie qui entraîne vers des découvertes.

Bayon 2.jpgGabrielle Le Bayon crée un lien ténu avec divers espaces et temps, qu’ils soient représentés, saisis, mémorisés ou réappropriés. L’artiste crée des images mentales et l’activité de la mémoire reste souvent la matière première de ses recherches afin de poser et/ou décaler un regard sur le paysage, l’urbain, l’espace public ou privé voire l’intime. Son opiniâtreté poétique crée bien des tourbillons d’espaces quasi psychiques.

Bayon.jpgPar de telles confrontations toute une gamme de sentiments s'expriment : il s'agit d'une sorte de galerie de « portraits » voire de manteaux de vision. L’artiste y invente ses propres codes et un univers qui suscitent une suite de ponts suspendus sur le monde, l’art et le temps. De tels « montages » permettent de  découvrir pourquoi nous aimons ce que nous aimons et nous propose de nouvelles images. Elles pourraient nous accompagner et nous pourrions leur demeurer fidèles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Le Bayon, « The Owls are not what they seeim », avec Elisabeth Llach  Inner Light , Sebastian Stadler, David Weishaar,  Galerie Heinzer Reszler, Lausanne du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019.

20/11/2018

André Kasper : farces et attrapes

Kasper.JPGAndré Kasper, « peinture fraîche », Galerie Humus, Lausanne, du 30 novembre 2018 au 18 février 2019

André Kasper ne renonce en rien à ses longues déambulations. Mais pour son exposition chez Humus il a créé de petits formats : « ça me change, et en fait il est très stimulant de mettre en place une scène en quelques coups de brosse, sans ces heures d'enduit » voire d’ennui. Bref l’artiste feint le quasi-dilettantisme.

 

 

 

Kasper 2.JPGQu’on ne s’y trompe pas toutefois : Kasper retient et détourne l’essence des narrations picturales. Plutôt que de redéfinir ou de faire le point sur l’état de la peinture il le réinvente en des sortes de voyages mémoriels mais où l’histoire de l’art possède bien des trous (que le peintre est prêt à combler). A l’aide d’œuvres anciennes et de « choses vues » il dresse une symbiose entre son langage et divers contextes.

Kasper 3.JPGL’humour est là. Mais c’est chaque fois pour un double effet pervers : montrer ce que la peinture feint de cacher sous feinte de chasteté. Pour autant Kasper n’en fait pas une doxa. Nulle prétention dans ses revues de détails qui remettent non « les » mais « la » chose à sa place centrale. Qu’on le veuille ou non, elle permet au discours et à la vie de la peinture de se poursuivre au sein de ce qui est pris pour un labyrinthe optique mais qui permet de s’inscrire en faux contre l’idée que « l’art d’aimer reste introuvable ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/11/2018

Les cartes du tendre de Viviane Rombaldi Seppey

Seppey.jpgViviane Rombaldi Seppey, « Horizon »,  Dubner Moderne, Lausanne, du 22 novembre au 21 décembre 2018.

 La Valaisanne Viviane Rombaldi Seppey est de retour chez Dubner Moderne pour son exposition « Horizon »  avec la participation de Finstoy Wealth Management. Une nouvelle fois la représentation des lieux est au centre des narrations de la créatrice. Captivée  par des objets illustrant des endroits spécifiques, elle est fascinée  par des supports tels que annuaires, cartes géographiques qui témoignent de représentations culturelles spécifiques.

 Seppey 2.jpgL’exposition rassemble deux séries distinctes d’œuvres sculpturales et de collage. L’artiste y est sensible à la précision des fabrications et impressions (feuilles cousues et sculptées des cartes pliées, lacis des diagrammes anatomiques qui assimile les artères à des routes sillonnant sur des paysages cartographiques. Les différents jeux d’échelles créent des variations qui permettent des périples autant dans les « paysages » que sur les notions d’appartenance, d'individualité qui sortent de notre horizon.

Seppey 3.jpgL'œuvre continue de fourbir des fables optiques. Elles proposent un émerveillement particulier et inattendu. L’artiste transforme autant les images que le réel dans une esthétique fondée sur la précisision et la perfection porteuses d’une ironie implicite par les décalages créés au sein d’un jeu autant de retrait que d'exhibition. Le monde perd sa pesanteur mais gagne en poésie dans une approche dynamique de l'art puisqu'il est en interaction étroite mais paradoxale avec la nature.

Jean-Paul Gavard-Perret