gruyeresuisse

21/09/2018

Julian Charrière : les chimères contaminées

Charriere.pngJulian Charrière, « Second Suns », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 144 p., 50 E.

 

Julian Charrière prend la Terre comme terrain d'investigation. Qu'il rassemble du sable provenant des États reconnus par l'ONU ou des prélèvements issus des plus longs fleuves du monde, qu'il réalise des performances solitaires en Éthiopie ou en Islande, il joue avec la géologie, la science et l'architecture.

Charriere 3.jpgA la recherche d’un imaginaire collectif l’artiste suisse fonde ses recherches pour le futur sur le passé. Avec « Second Suns » son dernier livre et grâce à un procédé optique il explore les paysages post nucléaire de l’île de Bikini où eurent lieux les explosions expérimentales américaines comme ceux de Semy au Kazakhstan où se firent leurs équivalences soviétiques. Il s’agit pour l'artiste d’approfondir l’influence des hommes sur la terre. Ses œuvres rendent perceptible l'impact de tels « chocs » sur les objets. Le créateur infiltre des éléments perturbateurs dans des images. Elles sont ici éloignées de notre compréhension ordinaire. Nos sommes portés vers une nouvelle perception énigmatique.

Charriere 2.pngCharrière évoque par son travail quelque chose qui a commencé et qui ne s’arrêtera peut-être jamais et qui est l’histoire d’une mort annoncée même si elle trouve ici de merveilleuses images. L’image, en dépit de ses charmes, n’est plus le désir, la matrice, le temps du désir. Elle génère le tonnerre, la tempête et les illusions d’une « sagesse » qui met à mal  la primordiale. La Mère de l’immense terre cosmique se retrouve ainsi célébrée mais de manière contaminée et malade.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/09/2018

Yannick Bonvin-Rey : une histoire de soupirs

Yannick Bonvin-Rey, "Peinture et encre", Galerie Marianne Brand, Carouge, du 20 septembre au 18 octobre 2018.

Bonvin.pngYannick Bonvin-Rey, à travers ses différentes techniques, crée des images qui ne sont pas que surfaces ou peaux. L’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante. L’abstraction tend moins vers le ciel que la terre.

Bonvin 2.pngLa créatrice y souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Et si les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique, elles le sont aussi pour la rythmique qu’elles génèrent et les opérations qu’elles permettent.

 

 

Bonvin 3.pngSe méfiant des effets de décor dans lesquels ceux qui se prétendent des envoûteurs croupissent, Yannick Bonvin-Rey est à la fois plus humble et plus profonde. Elle tire des sépulcres  des formes en résurrection. Par souffles obscurs elles reviennent à la lumière en sortant des bouches d’ombres.


Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2018

Ben : le Giacometti du pauvre

Ben.pngBen est infatigable. Il est comme les vieilles 4L, rien ne l’arrête – même pas ses freins. Exposant à Montpellier allée Giacometti il va même jusqu’à présenter « un Giacometti du pauvre » en fidèle compatriote fédéral. Pour habiller le dos des cinq murs où il affichera son travail il a choisi le triptyque thématique et « matelatique » « Humour sexe vérité » sans doute aussi difficile à respecter que « liberté, égalité, fraternité ».

Ben 3.pngL’opaque helvète occitan tente ici de réaliser son rêve : être transparent. Sans pour autant prétendre que la vérité le soit ; « sinon on n’y verrait rien » a raison de préciser le patriarche. L’atrabilaire ajoute : « Il m’est difficile d’écrire et même d’aller à l’atelier ». Mais il n’a pas encore décidé s’il est gravement malade. Ou pas. Mais il se sent réconforté chaque soir avec son Annie et ses chats. Ses angoisses l’angoissent mais il continue son travail. Pour New-York il prépare dix questions sur l’art : « Is art a dead story ? », « Is art helpfull ? « Who am I ? (ah ego quand tu nous tiens), etc.

Ben 2.pngPreuve que Ben tient le cap. Et Annie n’y est pas pour rien. Elle, « croit à une justice qui viendra un jour pour les jeunes Thaïlandaises qui, pour survivre, doivent tailler des pipes à tous ces gros bourgeois qui se payent des vacances sexe ». Lui, n’est pas loin de penser le contraire. Mais il poursuit son travail rigolo et libre entre autres - et c’est paradoxal – de tout ego même s’il feint de dire le contraire. Mais le travail de l’artiste « bipolaire » le prouve. Et après Montpellier puis Blois et Paris nous le retrouverons à la foire de Bâle. Même si pour lui y être exposé ressemble à un enterrement. « Moi j’ai envie de rester vivant et libre et continuer à faire du n’importe quoi n’importe comment » dit-il mais gageons que nous l’y retrouverons avec dans sa besace des détournements notoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben, « Je suis transparent », Galerie A.D., Montpellier, 21 septembre – 21 octobre 2018.