gruyeresuisse

15/03/2021

Nature et culture selon Hans Ruedi Giger

Giger.jpgH.R. Giger, modeste parmi les modestes, resta un Artiste en quelque sorte un artiste maudit peu reconnu de son vivant. Proche du symbolisme et du surréalisme, le Suisse reste un maître anticipateur de la science-fiction. Il sera appelé par Ridley Scott inspiré par ses dessins. Giger maître des noirceurs gothiques et des pentes vaginales inspire "Blade Runner" et ses Aliens. La force vive des créatures donne des tensions biomécaniques par leur mise en abîme.
 
Giger 2.jpgL'artiste perturbe le réel et rationnel par la force de ses images souvent sexuelles parfois morbides ou déviantes. Il reste ainsi face à la méthode scientifique, celui qui insère une puissance cosmique à la Lovecraft et que reprendra Cronenberg. Existe une plongée dans un tel domaine biomécanique qui explore des champs de l'imaginaire là où l’androïde est autant positif et négatif.
 
Giger 3.jpgCe mélange humain/machine, ce cyborg-univers provoque fascination dans le mixage voire la fusion de la chair et du métal. H.R. Giger prouve par ses monstres que lorsqu'on en soulève le capot ce n'est pas de la lumière qui se dégage mais plutôt du pus, du sang et de l’huile de moteur. Tout cela réveille divers types de pulsions en prouvant que la technologie fait partie de nous et de notre sado-masochisme chez le Suisse aussi lumineux que glauque, animal et divin.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

13/03/2021

Mirko Baselgia : réinsuffler son souffle à la matière

Baselgia.jpgMirko Baselgia, « Imagine a white with irregular black post" , Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, mars-avril 2021.
 
Mirko Baselgia tire le monde de son tissu  afin d'en relever des morceaux et pans pour en souligner les pliures d’ombre et des chemins tapissés de gris. Les coupes sombres ici se distordent selon de nouvelles normes.
 
Baselgia 3.jpgTout s’offre, s’étoffe, montre sa « jupe ». La raison vole en ce qui tient en fragments fixes mais tout autant de suites  moins ajourées qu'hirsutes car chevelues. Il faut bien sûr l'imagination (que l'artiste demande au regardeur) pour retrouver sous de tels "black spots" la surface blanche.
 
Baseilgia2.jpgSe succèdent des passages étranges. Au regard d’en franchir le seuil avec une frénésie nécessaire à de telles transgressions. Là où il n'existe jamais d'esbroufe mais une nécessité face à ce qui nous étouffe et dont le créateur fait sourdre des sortes de sous-entendus.
 

Jean-Paul Gavard-Perret.

12/03/2021

Les mots et leur matière : Gilles Furtwängler

Furtwangler.jpgGilles Furtwängler, "Mon parfum, c'est l'odeur du bois qui brûle", Skopia, Genève, du 21 mars au 1er mai 2021.
 
A Lausanne et à Johannesburg Gilles Furtwängler interpelle par ses oeuvres le regardeur. Il s'adresse à lui en l'invectivant (non sans humour)  Interpellations, questions, vérités ou contre-vérités, cynisme, absurdité, contradictions tout est bon pour les coups de semonce qui s'ensemencent sur la surface des supports.
 
Furtwangler 2.jpgTout est mis en forme pour une communication objective et abstraite, ironique et morale, avant tout poétique où les textes jouent par effets de lignes, de caractères, d'extension ou d'écrasement. Mais le créateur pratique aussi des prestations orales sur le même principe. La base des textes et des mots provient des écrits de l'auteur mais aussi de tout ce qu'il entend et parfois écoute.
Furtwangler 3.jpgLe tout dans un volontaire exercice de banalité bien choyé dans les conversations de comptoirs (lorsque les bars sont ouverts) et qui - écrit Fürtwangler - "nivellent les hiérarchies, rapprochent l’art et la chirurgie dentaire, l’art et le massage suédois, l’art et la dette mondiale et la plomberie". Bref l'artiste parle plus d'humour que d'amour ce qui n'empêche pas le second - en tant que pulsion bien naturelle - d'être un rien privilégié.
 

Jean-Paul Gavard-Perret