gruyeresuisse

07/01/2018

Tarik Hayward : construction / déconstruction

Hayward.jpgTarik Hayward , “Resolutions: zero. Hopes: zero”, Centre Culturel Suisse, Paris, du 13 janvier au 18 février 2018.

 

 

 

 

Hayward 2.jpgTarik Hayward vit dans la Vallée de Joux. Il aime jouer avec les limites, les habitudes, les hypothèses aussi concrètes que douteuses. Pour preuve « la pièce sur cour » au CCS : un mur composé d’une armature en bois et d’une façade en plaques d’imprimerie recyclées en matériaux de construction. Comme toujours l’artiste rassemble avec un sens du risque des éléments disparates à travers lesquels et métaphoriquement il remet en cause diverses pratiques culturelles, politiques et communicationnelles. Le tout avec un sens certain du jeu mais en le prenant au sérieux mais non sans humour. L’artiste pour autant n’est en rien un fanfaron : son travail possède un sens.

EHayward 3.jpgn une exigence plastique et poétique et sans effets de manches Hayward fait trébucher les bourreaux et les hommes de paille qui siègent aux affaires politiques et culturelles. Il ensauvage et bouscule le monde de l’art et cela fait plutôt du bien à sa morale et au moral. De tels mixages, jaillit un univers jouissif où se cache tout un travail de réflexion qui s’enclenche et s’enchaîne d’une œuvre à l’autre à travers une forme de fantasme historique sans l’astreinte au respect des signes de reconnaissance d’une époque précise. Tout est plus ou moins et volontairement dysfonctionnel et ne manque pas de piquant. Le drôle et le douteux produisent des ruines impertinentes.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:56 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

05/01/2018

Du sage au sacripant : fagots cités de Jérôme Meizoz

Meizoz.jpgJérôme Meizoz, « Haute trahison », La Baconnière, 10 CHF, 32 p., 2018.

Jérôme Meizoz prouve qu’un brillant professeur d’Université (celle de Lausanne en l’occurrence) peut être un excellent auteur dont l’humour est aussi corrosif que dévastateur. Il l’avait déjà prouvé en écrivant « Les Désemparés », « Père et passe », « Faire le garçon ». Ici en mêlant « dans un monologue fait pour être lu d’une traite » qui va être représenté à Lausanne en janvier, le héros tente de répondre aux injonctions de deux registres différents : une préface pour un livre sur les peintres de montagne et une conférence à propos d’un chant de la Divine Comédie de Dante (le Chant XXXIIII du Styx réservés aux « Traitres »). Plutôt que de résoudre la quadrature de ce cercle à géométrie variable - ce qui est parfaitement réalisable - le narrateur en profite, cortex dénoué, pour partir en sauts et gambades entre marmots, crétins des alpes et d’ailleurs et autre pauvres ou riches diables. Le tout en subissant des incidents de passage avant non le dénouement mais le suspens terminal - sorte de fin de non recevoir ponctué d’une clause de sauvegarde : « j’avais à fendre mon bois pour l’hiver »…

Meizoz 2.jpgUn tel bucheron affectionne les plaisanteries de derrière les fagots. Si bien que son livre est un cours de miracles. L’écoute de la discussion sur France Culture d’une écrivaine (qui ne l’est pas) ne le remet pas pour autant sur les rails. Meizoz poursuit sa farce déambulatoire. Et c’est un régal. Aux lecteurs chenus de la « Lectura Dantis », l’auteur préfère les plombiers zingueurs qui franchissent non les portes de l’Enfer mais d’un bistrot. Histoire de remettre à leur place les amateurs sages de paysages, ce qui ne l’empêche pas au passage - entre deux brèves de comptoir - de saluer le Florentin qui au milieu de son âge et sans traverser l’Achéron découvrit du Léthé et le Paradis et sa salle de transit.

Meizoz 3.jpgPreuve qu’être payé pour réfléchir n’empêche pas les billevesées et de pratiquer l’autodérision. Manière aussi de clouer le bec aux lecteurs francophones qui pensent encore que les vaudois manquent d’humour. Meizoz pour le prouver poursuit sa fanfare improbable. Par acupuncture cervicale le langage chatouille les lobes au moment où le narrateur a mieux à faire que de s’engager dans des présupposés plus ou moins humanistes de la peinture et de la littérature. Restent ici le plaisir d’avanies avec en plus une bonne bière dès le matin. Tout est bon afin que les équilibres instables créent de véritables danses du scalpel : le lecteur ne se fait pas pour autant un sang d’encre. La fantaisie verbale ouvre les plaies du monde : la béance devient jouvence de l’abbé sourire d’un clerc tout en « haute trahison ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/01/2018

John Armleder toujours

Armleder.jpgJohn Armlerder, « Hors sujet », Galerie Joy de Rouvre, du 18 janvier au 3 mars 2018.

John Armleder suit toujours son idée première (du moins telle qu’il aime la présenter) : ne pas fonctionner sur l’intelligence mais sur des commandes qui deviennent une impulsion créatrice. Mais ce n’est pas si simple. Ce que l’artiste choisit (objets par exemple) est la résultante de tout un travail de maturation. Certes Armleder prend soin de les décontextualiser comme il le fit naguère avec les « Furniture-Sculptures ». Libre au spectateur de « rebondir » dessus.

Armleder 2.pngL’artiste sait aussi que si en théorie « une œuvre d'art n'est pas forcément pensée pour un usage muséal », de fait elle est toujours considérée comme telle même pour usage et environnement personnel. Néanmoins l’artiste – le sachant – a toujours soif de créer des décalages. Fidèle un temps avec ses « dot paintings » à une sorte de « pointillisme », son « fluxisme » originel rejoint une forme de constructivisme qu’il poursuit en cultivant néanmoins et toujours divers types d’écarts dans et par la peinture.

Armleder 3.pngC’est pourquoi en dépit des étiquettes qui peuvent s’accoler à l’œuvre, Armleder s’en dégage sans forcément organiser un discours politique autour d'un style ou d'une méthode pas plus « de faire un carton d'invitation avec un tableau ». Ses "Wall paintings", les sculptures en plexiglas, peuvent donner l’impression qu’il passe vers le décoratif. Mais c’est là une vue de l’esprit. Il est vrai que celle-ci est déterminante Mais ce serait ne pas comprendre ce qu’une telle peinture prend en charge de la réalité. Ce qui paraît environnemental ne l’est jamais. Visiter l’exposition de Genève permet aisément de le comprendre.

Jean-Paul Gavard-Perret