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09/07/2019

Radicalisme et impeccabilité : Thomas Liu Le Lann

Liu.jpgThomas Liu Le Lann, "Ziwen, you deserve all the flowers that still grow on earth", Galerie Xippas, Genève, du 5 juillet au 3 aout 2019.

 

Jouant des stéréotypes de diverses cultures, Thomas Liu Le Lann les considère comme objets d'oppression qu'il détourne non sans beauté et une certaine classe. Il multiplie aussi les approches parodiques avec théâtralité mais sans aller jusqu'aux exagérations toujours trop faciles.

Liu 2.jpgBref il se situe à la frontière de la forme et de ce qui n'en possède plus par diverses techniques (du dessin à l'installation et la pixellisation). Existe là une intelligence en actes dans les reprises qui mettent à mal les assertions sociales et politiques des rôles et représentations admises. C'est un moyen de revisiter ce qu'on entend par identification et appartenance.

 

Liu 3.pngCe qui est généralement caché ou sous-représenté trouve là des agencements féconds et habiles afin que soient ouvertes les questions qui désormais traversent les visions centrées sur l'individu et ses rôles. Il s'agit de montrer moins ce qu'il est sensé être mais ce qu'il devient. Existe donc là un système d'agencements afin de rendre visible les faux processus d'identification en renversant les données immédiates des discours, des rôles et des situations.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/07/2019

Sketchpad : extension du domaine des images

Sketchap bon.png"SKETCHPAD - Quand nos enfants seront adultes". Topographie de l'art", Paris, du 4 au 27 juillet 2019.

Sketchpad est à l'origine un programme informatique écrit en 1963 pour ouvrir les images. A travers ce titre Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia, exposent des artistes choisis à dessein, après avoir présenté certains d’entre eux à Analix Forever (Genève) . Elles et ils créent des essais et des suites de romans visuels bergsoniens du futur. La mémoire volontaire ou non du futur s'y fomente. Il s'agit en fait d'études aussi critiques que visuelles en de "moving images" porteuses d’émotion. Mais quand nos enfants seront adultes, l’évolution des technologies sera telle que le champ de créativité reste un abîme. Ce qui n'empêche pas aux artistes invités de le "combler", et ce,  de la technique la plus simple (le dessin) aux plus sophistiquées.

Sketchap 3.jpgAndreas Angelikadis propose ses cités utopiques et Yves Netzhammer y poursuit aussi ses figurations tandis que Julien Serve se moque de nos complaisances envers ces miroirs magiques que sont devenus nos selfies. Miltos Matenas lui emboîte le pas mais en proposant des fils rouges à l'Internet. Charalambos Margaratis se "replie" sur le fusain pour créer de nouvelles donnes aux masses volumiques tandis que Mounir Fatmi tend ses mandalas hors fixations. Ils deviennent des cordons ombilicaux d'un nouveau genre tandis qu'Eva Magyarosi et Ayce Kartal ramènent à un sortilège de la présence et à un retour à l'enfance (de l'art et de l'existence).

Sketchap.pngCe kaléidoscope crée une architecture des images qui - du fameux "Théâtre Optique" d’Emile Reynaud (1892) à la joie de "faire illusion" du Robot Drafstman - propose des prospectives et des extensions au domaine de l'image. Preuve que tout Sketchpad et quelle qu'en soit la nature, en son essence même, ne se limite pas aux êtres et objets relevant typiquement de la signification commune du quotidien. S'instaure une mythologie où se recensent par avance des situations insolites et des centres de gravités inconnus.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/07/2019

Herbes folles et roses trémières

Analix.jpgCéline Cadaureille, Mounir Fatmi, Nikias Imhoof, Guillaume de Sardes, Laure Tixier, Guillaume Varone, "L'herbe dans les pavés (et les roses dans le phallus)", Analix Forever, Genève, été 2019.

 

Analix 2.jpgL'herbe pousse entre les pavés mais en échappe. Insignifiante elle est essentielle. Elle reste le vivant face à la violence. Bref elle demeure symbole d'existence et qu'importe qu'elle soit "mauvaise" ou non. Quant aux roses dans le phallus Celine Cadaureille rappelle combien elles appartiennent au cycle féminin de toutes renaissances.

 

Analix 3.pngPar leurs photos, broderies, etc, les divers artistes proposent des images où la capacité à devenir humain existe toujours à travers des poussières de lumière, des haleines de charbons ardents qui s'inscrivent en faux contre les espaces d'ombre. Tout devient de l'ordre d'un organisme là où flotte dans l'air cet intervalle entre l'être et le non être. Existe une suite d'apparition à travers l'ombre de la lumière qui en l'aire de divers lieux absorbe et retient au sein d'apparitions voire de fantômes qui flottent dans l’atmosphère.

 

analix-foreve.gifNous nous éloignons ainsi de ce qui est censé se passer en paroles pleines des vertus.  Mais à l'inverse tout fleurit au grand jour et avec humour loin de ce qui souvent est confit de ces bassesses. Celles-ci peuvent faire les délices nocturnes mais  à la lumière du soleil elles n'apparaissent plus que comme honte et saleté. Filles non fardées les œuvres choisies avec intelligence et finesse par Barbara Polla mélangent le haut, le bas mais sans appeler de leurs voeux la souillure ni la chasteté. Bien au contraire. Et tout prend un caractère subtil et merveilleux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret