gruyeresuisse

29/09/2016

Remparts de la Brindille

 

Moss bon.jpgMike Figgis a débuté sa collaboration avec Kate Moss pour la marque de lingerie haute culture «Agent Provocateur ». Il fit pour elle et avec la « Brindille » devenue actrice son premier rôle dans quatre films en ligne : « Shadows, Scale, Exhibitionist, and Narcissus - The Four Dreams of Miss X. Kate Moss y est prise en des visions nocturnes (plus que commerciales). Dans sa beauté irréelle elle est confrontée à quatre expériences oniriques. Le photographe en tira un DVD et un livre devenu mythique pour les fans. Les photographies de l’exposition présentent les essais de Kate Moss ou des photographies non retenues. 

 

 

 

 

Moss 2.jpgLa poésie des images en noir et blanc créent une attraction fascinante dans laquelle l’érotisme devient diaphane. Il rapatrie vers un Eden à la fois artistique et terrestre. Kate Moss porte les marques d’amours, de blessures et de joies dont tout sera ignoré. Parfois avec une pointe subtile d’humour. Cela donne au monde de Figgis une profondeur particulière que ses productions officielles ne révèlent pas toujours. Dans le raffiné de l'épure Kate Moss multiplie les avatars des torsions du désir. La « créature » devient une image primitive et sourde, en « surenchaire » blanche (et peu fournie…). Ses diverses errances enchantent. L’extase n’est jamais très loin là où la photographie sort de la sphère du matériel promotionnel afin d’entrer dans la poésie pure.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Kate Moss Strip by Mike Figgis », The little Black Gallery, 2016.

26/09/2016

Angela Marzullo maîtresse idéale

 



AAAMarzullo.jpgAngela Marzullo, « Homeschool », Textes de Anna Cestelli Guidi et Francesco Ventrella, 232 pages, Editions Nero, 15.00 €

 

 

 

 

 

 

 

 


AAAMarzullo 2.jpgL'instruction à domicile constitue une thématique centrale des performances et vidéos d'Angela Marzullo. Partant de textes des années 1960 et 1970 sur le sujet, la Genevoise les met en scène et les fait jouer par ses deux filles en liant l'image et le texte.

AAAMarzullo 3.jpgLes monstrations reposent - sous forme ludique et sérieuse - des questions rémanentes et qui traversent toute société en son rapport à la pédagogie. Digne descendante de Rousseau, l’artiste prouve qu’une telle position reste révolutionnaire pour certains ou réactionnaire idéologiquement parlant pour d’autres. L’artiste dépasse ces (im)postures. Elle met en jeu le corps et l’esprit soumis à un enseignement « maison » qui semble plutôt probant. Chaque tentative venant ébranler un certain ordre reste possiblement positif.

AAAMarzullo 4.jpgDe fait pour Angela Marzullo - et loin de fantasmes ou de présupposés - la pédagogie ne doit pas se penser pour elle-même mais pour ce qu’elle apporte. En plus belle fille de monde elle ne peut donner que ce qu’elle a. Mais il est toujours possible d’en modifier le costume. Le prêt à porter et le sur-mesure restent des réponses possibles. Quel que soit le cadre, il suffit que celle ou celui qui la reçoit n’en soit pas la victime et en tire partie.. Le livre a donc le mérite de desserrer l’étau des idées reçues voire à les réviser. Les mines réjouies des deux « actrices » de la créatrice semblent l’accréditer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Julie Mehretu le paysage et son double


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Julie Mehretu, « Algorithms, Apparitions and Translations, 2013 », Dubner Modern, Lugano, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

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La transformation du « paysage » la déterritorialisation a lieu non seulement par le sujet représenté mais par les techniques (gravure, aquatinte, etc.) Il acquiert un autre langage. Preuve que le dessin, l’aquatinte, la gravure sont toujours à réinventer ». Les paysages ne sont pas donnés pour tels : ils viennent de loin. Le « esse percipi » de Spinoza est en quelque sorte brouillé. Sans pour autant que l’artiste accorde au paysage une fonction transcendantale. Elle n’est jamais borgne au monde et son regard est pourvu d’un corps. L’avancée des techniques de l’image que l’artiste propose n’y est pas pour rien.

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Elle n’est plus celle d’un monde perçu ou d’un sujet percevant, mais un rapport original entre les deux autant par la facture, les techniques que les matières. La corporéité du monde comme la choséité de l’image sont construites sur le sentiment d’une relativité. Il faut renoncer à saisir le paysage comme une totalité dans l’ordre de la connaissance. De même il convient de renoncer à croire chez elle à une métaphysique de la transparence. Face à l’illusion paysagère « réaliste » fidèle, objective, « naturelle » de la réalité, entretenue par la foi en un « Signifié transcendant » jaillit une autre dimension. A l’image de Diogène tournant le dos à la ville, la créatrice semble tourner le dos au paysage pour mieux revenir à lui.

Jean-Paul Gavard-Perret