gruyeresuisse

11/10/2016

Frédérique Longrée : entre mysticisme et matérialité

Longrée.pngParfaite irrégulière de l’art Frédérique Longrée sait que, depuis Hamlet, tous les fossoyeurs se prennent pour des philosophes. Par précaution elle sort l’art des cimetières même si son imagerie côtoie la camarde. Née libre mais ayant subi des douleurs intimes elle ne prétend pas résoudre les problèmes du temps. Elle fait mieux en découvrant ce qui est soustrait à notre vue par ses montages. Sans prendre rendez-vous avec l’Absolu, l’impertinente propose une vision métaphorique du réel plutôt que le bâtit d’une civilisation.

Longrée2.pngFrédérique Longrée rappelle toutefois que la vie n'est pas qu'un leurre et la mort un Shakespeare. Surréaliste (belge) à sa manière elle se méfie des complices et des cannibales de la « vérité ». Elle rappelle au passage qu’il ne faut pas compter sur les peintres de l’indicible pour révéler l’insondable.

 

Longrée 3.jpgL’éloge de sa liberté passe néanmoins par des visions complexes et habitées, dans l’alliance du sérieux, de l’intime, de la distance critique et de l’imaginaire. Surgissent des rituels d’écarts. Ils rendent le néant plus proche et plus lointain à la fois. Car voici le paradoxe : le visible se dissout dans les apparences que l’artiste dilue. La douleur reste présente mais l’artiste l’évoque en filigrane. Elle en est plus incandescence. Manière tout autant d’éviter que le coït redevienne chaos et qu’une fusion mystique lui serve d’alibi. L’œuvre renvoie à l’humour noir, à l’amour, au silence. La créatrice n’a cesse d’ailleurs de les faire se télescoper en se contentant d’en caresser leurs dissonances.


Jean-Paul Gavard-Perret

10/10/2016

Jef Gianadda : rouilles et houles


Gianada.jpgJef Gianadda, Peintures et sculptures, La menuiserie, Lutry, du 30 septembre au 16 octobre 2016.

 

C’est vieux comme le monde la peste est en l’homme comme la rouille sur le fer. Néanmoins l’Assomption demeure. Et pour le symboliser Jef Gianadda transforme les formes en abstraction. Restent les cheminements des matières qui se tordent sur leurs rebords pleins de brume : on voudrait y deviner une imminence de ciel. On voudrait un bleu intime, un désert, une vibration dans une pureté presque noire. Mais en lieu et place la rouille symbolise la fragilité de l’existence quelle que soit sa nature.

Gianada2 .jpgNéanmoins de ce qui pourrait sembler une négativité, surgit un dépassement quasi mystique qui loin d’être l’incarnation accomplie est le scandale absolu par l’émergence de la « voix » des matières. Se vidant d’elles-mêmes elles atteignent un dénuement et une immédiateté. De telles images sont à la fois nos complices et notre refoulé. Y flamboient les sensations d’un seuil de remontrance. Elles abattent, rebondissent, reviennent pour aller jusqu'au bout de ce qui ne se pense pas encore dans leurs vibratos les plus secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:14 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2016

Iris Gallarotti : profondeur du dessin


Gallarotti 2.jpgIl faut au dessin "juste" une ouverture, unique et momentanée, une ouverture qui signe l’apparition comme telle. Mais ce "juste" n'est pas facile même si a priori tout le monde peut se penser dessinateur. Iris Gallarotti donne à son art une forme de dissemblance programmée. Elle touche au plus profond car le réel échappe à ses tenants et ses aboutissements. Lignes de fuite et fragmentations nous laissent orphelins de lui au profit de nos desseins et notre énigme. De minuscules traces d’encre apparaissent, s’accumulent, se dispersent selon des mouvements complexes où un certain érotisme n’est jamais loin.

Gallarotti.jpgIl convient de déambuler sans but dans l'œuvre afin de comprendre comment la masse du monde prend forme et comment les œuvres transforment leur propre statut. Elles sont le fruit l'histoire d'un combat entre la forme et l'effacement dans le corps à corps que se livre l'artiste devant la feuille de papier en sa quête d'une image-mère.

Gallarotti 4.jpgIris Gallarotti ne se veut pas chercheuse de trophée imaginaire à ramener chez elle mais d'un regard du plus profond de l'être, là où se trament notre vie, notre pensée, notre affect et notre corps. Au rêveur endormi fait place l’insomniaque rêveur sidéré par ce que le dessin étale et condense en transposant l’image du rêve dans un autre champ de perception sensorielle. L’hallucination est provoquée par effet de surface. Le dessin n’est plus équivalence, il n’est pas un portant visuel du réel mais son point de repère, son point de capiton, son nœud parfait qui n’a pas besoin de corde et qui donc ne peut être défait.

Jean-Paul Gavard-Perret

Iris Gallarotti, "Je de m…", "Tu me m…", Galerie Alexandre Motier, Genève, 2016 et  février1917, Local-Int, Bienne.