gruyeresuisse

13/01/2017

Le blanc et le noir - Kathrin Kunz

Kunz.pngKathrin Kunz, « Nouveaux travaux », Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 21 janvier au 11 mars2017.

Dans tous les degrés de noir et de blanc Kathrin Kunz reprend le monde à partir de motifs photographiés qu’elle réinvente à travers un long processus de création. Il tient autant du faire que de la méditation par incorporation de poussière de graphite. Ses nouveaux travaux sur papier au format « paysage » se segmentent de ligne horizontales, verticales ou en diagonales au sein d’une sorte de mouvement imperceptible.

Kunz 2.jpgUne limite entre la terre et la mer, le ciel et la terre demeure nette et les jeux de dégradation créent une profondeur. Elle est moins celle dite « de champ » que de bascule. Les séries (grandes ou petites) créent des jeux d’abîme où la vue se perd d’autant que la présence des lignes crée une géométrie de l’espace qui désoriente.
Tout un principe d’effacement désaffecte la vision de ses repères. Les « bas-fonds » sont des espaces immenses. L’inverse est vrai aussi. Rien n’est assuré dans la continuité de l’espace. Et si l’univers ne se connaît pas lui-même il est ici connaissable par personne.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/01/2017

Victoire Cathalan : magie recréatrice

 

Cathalan bon.jpgVictoire Cathalan, « Éléments », solo show, Espace L, genève Vernissage 19 janvier 2017

 

 

 

Cathalan.pngPour Victoire Cathalan, la surface des choses n’est pas seulement une apparence mais l’interface entre le visible et l’invisible. C’est pourquoi les notions de paysages ou de natures mortes sont métamorphosées dans son approche. La peinture y acquiert une sensualité particulière afin de redonner à l’art comme au réel un nouveau départ. Restent une fragilité dans la force, la force dans une fragilité loin de tout principe de narrativité. Le mystère est évident mais demeure un mystère. S’y ressent néanmoins combien la créatrice lutte contre le temps et sa dépression. C’est là que tout recommence. L’éveil laisse le souvenir d’un songe. Mais il se concrétise.

Cathalan 2.pngLes œuvres deviennent des pierres de lune ouvrant les portes du soleil. Un trait sombre vient éclaircir, ouvrir des fibres de lumière. Existe autant le suraigu de la transparence que la densité de la matière. Jaillissent des fleurs d’un étrange jardin. Victoire Cathalan rend visible l’intime du monde où tout se crée en une lente et longue aventure et incubation programmées mais aussi un appel du large, du haut et des profondeurs. Entre dentelles échevelées parfois dépensées en longueur, parfois nettes dans leur embrouillamini l’artiste crée des portes d’un lieu où voguer et frémir. Manière pour l’artiste de demander quels sont ses êtres qui se souviennent de leur oubli. Et ce, à travers une tension et un apaisement grandissants là où la peinture n’est pas narrative : elle invente des récits. Pas forcément des histoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Charles-Albret Cingria : de l’importance du chat

 

Cingria.jpgCharles Albert Cingria, « Le carnet du chat sauvage », Illustrations de Alechinsky, nouvelle édition , Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 48 p., 12 E, 2016..


Dans « Le Petit labyrinthe harmonique » Cingria rappelle avoir pleine conscience des œuvres qui le précèdent, de leur valeur et, en conséquence, il révèle une volonté première : ne pas répéter ce qui a été fait. Il désire apporter du nouveau, du différent. Dans ce but il précise : “Je pense qu’il faudrait redonner sa juste importance au chat”. Dès lors - et comme l'auteur dont il prend la place - il devient un écrivain pas forcément sympathique, capable d’être très indélicat mais plein d'un humour sarcastique.

Cingria 2.jpgComposé en "description ambulatoire", le texte s’égare, vagabonde en digressions, ronronne, griffe. Ce qui semble secondaire s'impose au premier plan. Le chat narrateur, met fin au logos ou lui donne une autre voie. Par l’animal peu domestique le Vaudois mène les lecteurs à trouver étrange le familier et vice versa en une poétique de la surprise. Devenue narratrice et philosophe la figure féline impose son « Yes we can ». Preuve que pour Cingria la bête est plus fiable que l’homme. Son miaulement raisonnant crée le charme d’un livre dont le style léger ou grave, sérieux ou badin reste un incurable délice.

                                                       Jean-Paul Gavard-Perret