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02/03/2018

Hans Schnorf : La ligne des virtualités

Schnorf.pngHans Schnorf, « Transition », Galerie Turetsky, Genève, 8 mars au 28 avril 2018.

Hans Schnorf est de retour à la Galerie Turetsky à travers ses répartitions ou partages Une expérience ascétique des lignes et plans – mais non des couleurs – accorde aux tableaux une profondeur cachée et une sorte de quiétude même si tout sentiment de l’absence n’est pas écarté.

 

 

Scnorf3.jpgLà où tout semblerait se dérober, une présence « moindre » demeure l’essentiel Cohabitent dans chaque toile le monde des phénomènes ; le cosmos des choses; le royaume des fictions et la ligne des virtualités. Existe le fantôme d’un univers qui hante en donnant au propos pictural son entière autonomie.

Schnorf 2.jpgLe peintre est celui de l’anaphore. Son formalisme fait passer le monde à l’état d’architectonie en des structures où la simplicité n’a rien de primaire. Elle crée des tropismes à travers un nouveau type de distribution des données qu’elle instaure par effet de vide et aussi de plein. De subtils vertiges chromatiques sont dégagés de tout propos de décor. D’où cette perfection singulière : elle donne au monde une réalité foncière au moment où il semble disparaître pour mieux renaître de ses cendres.

Jean-Paul Gavard-Perret

Who’s Who ? Isabelle Graeff

Graeff 3.jpgIsabelle Graeff s’est fait connaître il y a quelques années par sa série intime « My Mother And I”. “Exit” étend cette recherche vers le cercle de son pays. Pendant un an l’artiste a photographié la population anglaise - si partagée après le Brexit - à la recherche de son identité. Les clichés ne sont donc pas confinés à un seul lieu et l’argument esthétique quoique omniprésent ne permet pas d’épuiser la force de telles images.

 

 

Graeff 2.jpgChaque cliché se transforme en métaphore d’une recherche qui prend ici la forme d’une beauté aussi poétique, « politique » que radicale (N. Maak la souligne dans son texte d’accompagnement). Les images intriguent, déroutent, émeuvent. Le Royaume Uni est là dans son présent mais aussi son passé. Certes le Swinging London est bien loin et la richesse de la City est ignorée. Isabelle Graeff reste près d’une certaine déshérence. Elle mobilise en elle et pour la suggérer des connexions instinctives, profondes, enrichies du background de l’existence, de la culture et de sa technique acquise au fil du temps

graeff 4.jpgChaque photo dans sa narration propose une étrange visite. Les jeunes femmes deviennent parfois des anges pasoliniens en blouson noir ou toutes en nattes. Un regard plus attentif nous apprend que celle que nous croyons voir suggère une autre. Si bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient toutefois, des connivences avec l’arme à feu. Mais elle ne tue pas : elle propose diverses opérations - entendons ouvertures. Sans jamais donner de réponses là où le dos invite moins à la caresse qu’à la réflexion.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Graeff, « Exit », Texte de Niklas Graff, Hatje Cantze, Berlin, 2018, 45 E. 136 p.

01/03/2018

Eve Beaurepaire : panique à bord

Beaurepaire.jpgEve Beaurepaire ne cherche pas à donner à l’art des habits éblouissants. Ceux-là ne sont fait que pour des cérémonies funestes qui sentent le sapin ou le caveau. La discipline de l’artiste est plus radicale et vivifiante. Elle tient de la prédation des images admises et des idées reçues au service d’un certain ordre que la plasticienne refuse.

Beaurepaire 2.jpgL’art devient donc échancrure mais il ne faut surtout pas mépriser une telle façon de l’envisager et de le dévisager. Exit les parures. Il s'agit de tout montrer et surtout ce qui semble un rien afin que de l'image jaillisse une force ou un souffle. Le trajet visuel trouve une voie aussi radicale que poétique. Preuve que le degré de dignité de l'art n'est pas toujours où certains magister l'ont placé. En croyant proposer des éruptions volcaniques ils laissent un champ couvert de cendres.

Beaurepaire 3.jpgLa créatrice ne s’emplit pas les mains de cire mais ne méprise aucune manière d’envisager l’art. Elle avance sans clôture ni balise, ose raccourcir, allonger, explorer les marges, bref corriger les tirs qui font raisonner des bravos futiles. Dans Kraken elle préfère ouvrir les marges et ignorer les colonnades. La vie redouble en une telle activité. Celle-ci n’a rien d’obséquieuse : elle contraint à un autre regard et une autre emprise pour laisser resplendir l’inconnu par un travail volontairement déceptif mais actif. La vieille dépendance d’esclaves des images fait place à ce qui pour certains tient d’un manque panique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Eve Beaurepaire et Benoît Aubard, "Kraken", Shuttle 19, du 10 au 23 mars 2018.