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22/10/2016

Tatiana Shvetsova-Yaperova : quand les fantômes sortent des murs

 

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Existe dans les photographies de TatianaShvetsova-Yaperova la splendeur de l’intime à travers de longs soirs. La femme s’y cherche au long de corridors sombres, s’y retrouve dans des clartés indécises de candélabres. Les nus ne sont jamais saisis en pleine lumière. Ils ressentent comme une peur ou l’euphorie de la découverte, Restent le trouble délicieux des vagues à l’âme et des incertitudes et peut être le regret d’être seule : « A quoi bon, sans toi au bout des mains ? » semblent dire celle qui traîne peut-être un souvenir en elle, comme un cadavre. Elles espèrent qu’un fantôme sorte des murs.

Shvetsova.jpgL’amour peut donc s’user. Mais pas forcément le désir. Tels des bourgeons les corps s’épanouissent mais dans la peur que les roses jamais ne s’effeuillent. Tatiana Shvetsova-Yaperova explore en conséquence les possibilités d’angoisse de séduction des rapports humains mais loin d’un couplage quelque peu gluant, voire étouffant. Et tout compte fait il existe des femmes non faites pour ça, elles restent dans la solitude intégrale. Mais leur corps sait encore pratiquer le coup du charme. Il crée pratique des piqûres de rappel. Mais pour quel résultat ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/10/2016

Shaun Gladwell pour la première fois en Suisse


Gladwell 2.pngShaun Gladwell, Galerie Analix Forever, Genève, jusqu’au 2 novembre 2016

 

 

Gladwell 4.pngBarbara Polla propose une vision exhaustive de l’œuvre de Shaun Gladwell. L’artiste né en 1972 à Sydney a quitté l’Australie pour parachever ses études et son approche de la peinture mais aussi d’autres médiums (photographie, vidéo). Il est aussi intéressé par les grands espaces, les déserts, la vie urbaine qu’il explore par la Street-Dance, le Skateboard et les sports extrêmes. Ces pratiques l’ont rapproché de la performance. Avec « Maddestmaximus » (2009) il a produit une série où se mêlent le surf et le skate-board sur les routes perdues intitulées « tueuses de Kangourous ».

Gladwell 3.pngEn 2009, Gladwell devint l’artiste de guerre officiel commissionné par « L’australia War Memorial » en Afghanistan qui le mit en relation avec le théâtre de la guerre. Sortant de ce domaine à partir de 2011 il a présenté plusieurs performances et chorégraphies. Il a créé en 2013 une vidéo de sa version du « Der fliegende Hollander» de Wagner. Gladwell a réinterprété l’opéra en remplaçant le personnage du marin par un surfer et en s’inspirant d’un générique du film de surf : « Morning of the Earth ».

Gladwell 5.jpgIl a créé aussi « Reversed Readymade » avec un sportif professionnel de BMX à partir de « La roue de Bicyclette » de Marcel Duchamp et a présenté un travail vidéographique intitulé « Skateboarders VS Minimalism » au Sydney Festival en juxtaposant la culture populaire et muséographique. Pour « Love Stories » (Phautomnales 2016), Shaun Gladwell propose « Tripitaka ». Cette œuvre expérimentale est consacrée à son premier amour : un jeune moine héros-héroïne de la série TV culte japonaise Monkey. « Tripitaka » est interprété par l’actrice Masako Natsume et en se fondant sur des séquences d’images retrouvées, recomposées, ralenties par lui. L’artiste réinvente l’icône qui aura personnifié pour lui la découverte des « verts paradis des amours enfantines » (Baudelaire).

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/10/2016

A l’Ouest du nouveau : Swissnex, San Francisco


Swissnex 2.pngL’objectif de Swissnex San Francisco est de créer une programmation culturelle autour de l’art, la science, la technologie, l’innovation afin de relier la Suisse et l’Amérique du Nord. Sont présentés des expositions autant historiques qu’expérimentales. Pour célébrer son nouveau lieu dans la baie de San Francisco (au « Dock 18 ») Swissnex célèbre Dada en représentant les performances, travaux de ce mouvement né il y a 100 ans au Cabaret Voltaire de Zurich.

Swissnex.pngL’exposition rappelle comment les iconoclastes suisses et européens inventèrent différentes stratégies de mixage à travers - et par exemple - le collage, les déconstructions, le cinéma «abstrait ». Elle propose aussi, selon une vision et des techniques actuelles, comment Dada créa une démocratisation de l’art. Pour l’illustrer Swissnex a fait appel à des artistes suisses actuels tels que Adolph Gurkenhofer, « W3rkh0f » et Claude Winterberg. Une invitation est offerte par John Hald à un artiste américain DJ Kent Clelland qui proposera une performance sur le sujet.

Swissnex3.pngL’étrangeté fascinante de Dada prend possession du lieu où se retrouve mixé et scénographié tout le paradoxe du mouvement centenaire. Il reste contemporain par la qualité de ses audaces. Elles vinrent casser la matérialité apaisante de l’art qui précède le mouvement. Il conserve une parenté secrète avec notre temps. Par ses délocalisations il prouva comment existe parfois plus de vie, de vérité, de sens du tragique dans un bout de chiffon blanc jeté par terre que dans toute la tragédie grecque.

Jean-Paul Gavard-Perret.