gruyeresuisse

04/11/2017

Jérôme Hentsch : jalousies

Hentesch 2.jpgJérôme Hentsch, « Blind Store (La Jalousie) », Galerie de Rouvre jusqu’au 13 novembre 2017

 

Jérôme Hentsch est un habile rhétoriqueur plastique. Il joue autant du concept que de la sensation. Et ce non sans humour. Fermées, ses jalousies en appellent d’autres plus psychologiques voire psychanalytiques au sein d’architectures impeccables et dénudées. Il existe aussi un clin d’œil vers une théâtralité subtile.

 

 

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La référence au roman de Robbe-Grillet « La jalousie » est évidente et assumée. Comme l’auteur en littérature, le Genevois (qui aime souvent à s’appuyer sur de telles références textuelles) explore les notions de regard, de passage et de prise entre abstraction, figuration et narration selon des lueurs plus ou moins apaisantes d’un dédale implicite.

 

 

 

 

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Différents possibles restent de l’ordre de l’allusif par le jeu des bandes horizontales et leurs divers monochromes qui - peut-être - « psychologisent » un regard. Le spectateur imagine celle ou celui qui se cache derrière l'image et ses vibrations quasi cinétiques et creusées d’ombres. Entre complexité et suspens, la question du « Voyeur » (pour revenir à Robbe-Grillet) est donc implicitement posée. Semble s’y percevoir - entre stries et courants lumineux - son souffle et ce potentiel quidam peut s’imaginer tantôt sombre, tantôt plus léger.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/11/2017

Les pro-thèses d'Eva Stenram

Stenram.jpgL'artiste suédoise Eva Stenram ne cesse de détourner de vieilles photos de pin-up des magazines de charme des années 50 et 60. Elles posent dans des décors d'intérieurs "middle-class" ou devant rideaux et tentures. Elles sont cachées au trois quarts, parfois la plasticienne n'en montre qu'une jambe gainée d'un bas et d'un talon-haut. Le décor passe au premier plan selon une série de retouches astucieuses.

Stenram 3.jpgL’équilibre de chaque photographie est irritant puisqu’il s’érige au service d’uns "claudication"... Sa surface agace moins par les accidents qu'elle comporte que par la femme devenue absence, prothèse ou ambiguïté qui échappe au voyeur. L’Eros est « soufflé » au profit de sa comédie.

Stenram 2.jpgL’artiste s’empare des stéréotypes ave légèreté pour créer un espace où joue le manque. Le tout dans une virtuosité. Elle cultive la profondeur plutôt que la simple verve entre vertige et lucidité par l’acidité que chaque œuvre fomente. Eva Stenram indique le seuil d’un lieu où « l’objet » et le regard se perdent. La femme devient, la proche et la lointaine, la vulnérable et l’inaccessible. Sa présence perdure sans pour autant effacer les pensées de néant.

Jean-Paul Gavard-Perret


The Ravesrijn Gallery,Westerdoksdijk 603, Amsterdam

02/11/2017

Entre l’avant et l’après : Mathis Gasser

Gasser3.pngMathis Gasser, Le musée et la planète », Centre Culturel Suisse de Paris, 28 octobre-17décembre2017.

Mathis Gasser collectionne, agence, colle ou reproduit des images de toutes sortes et de tous genres, provenant des sources les plus diverses dont celles du web. Mixant dans une dé-hiérarchisation, art, architecture, musée ; cinéma, séries télévisées, jeux vidéo, BD, il mélange et superpose des images. D’une part celles de vieux navires, de vaisseaux spatiaux ou des motifs issus de l’univers SF et de l’autre, des salles du siège des Nations Unies à New York et des musées d’art à travers le monde.

Gasser.jpgCes percussions nourrissent des réflexions sur les inspirations réciproques entre la science-fiction, le design « spéculatif » et l’architecture des institutions. La fiction alimente la réalité autant que la réalité alimente la fiction. Le tout dans une pratique de l’écho qui tient du cut-up et du sampling, de la citation par un point de vue critique sur les dérives du monde contemporain.

Gasser2.jpgLa science-fiction tient un rôle clé par son ironie et sa froideur mais annonce aussi la folie des avancées technologiques qui remettent en question la destinée de l'humanité là où les vaisseaux et les structures architecturales SF et celles qui incarnent le pouvoir (politique et artistique) sont récurrents en un jeu de l'avant et de l'après. Là où tout compte fait ne reste qu’un chaos.

Jean-Paul Gavard-Perret