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06/11/2016

Véronique Massenet : L’un et le multiple, l’éros et la matière

 

masssenet bon.jpg« Essayez de considérer les éléments qui composent les sculptures comme des êtres vivants » conseille Véronique Massenet. Et l’artiste de préciser : « Ils ont perdu toute apparence humaine mais ils en ont gardé gestes et comportements; ils sont toujours motivés et liés par le désir commun d'une nouvelle harmonie ». La sculptrice crée la grande métaphore de l’intime et de l’éros. massenet4.jpgJaillit le jeu de balance complexe entre l’évidence et la transgression implicite, le féminin et le masculin. L’expérience intérieure est projetée à l’intérieur de la matière (le bois) travaillée par une énergie pudique mais jamais avare de ses dons.

 

 

massenet.pngVéronique Massenet crée la reconquête des corps et de leur union qui n’est pas forcément une fusion idéalisée. Le nu se donne à voir par le travail de la matière en sortant d’une exhibition sommaire, naturaliste. La métaphore poétique crée bien plus qu’un symbole : elle matérialise l’ineffable. Celui du tumulte, du désir d’être et d’aimer là où le Je et l’Autre restent à la fois multiple et un. Les jeux de voutes et d’embrassements circonscrivent des forces intérieures qui interrogent le regard. L’artiste cerne ce qui dans le visible fait trou et ce qui dans les rapports humains reste insaisissable.

massenet 3.pngLa sculpture devient autant figure que signe dans une abstraction particulière : elle n’est pas là pour caviarder le réel mais pour montrer ce qui s’y engage. L’indicible en émerge. La permanence de l’observateur devant l’œuvre devient un voyage dans le palimpseste de la sculpture et vers l’intérieur des sentiments et des affects. La matière traque l'impossible, formalise les figures de l’amour, s’offre aux désirs comme le sang réanime un corps inanimé. Elle demeure équivalente au mutisme, car elle propose par l’incarnation dans la matière ce qui, dans l’amour, ne se voit que les yeux fermés, l’autre côté des paupières.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Voir le site de l'artiste)

 

Lucas Olivet : in extenso

 

Olivet bon.pngLucas Olivet, « Black Water Ballad », JB Editions, Genève, 2016.

Lancement du livre au Centre Culture Suisse de Paris le 9 novembre 2016.

 

 

 

 


Olivet bon 3.jpgLucas Olivet quoique né à Vevey a souvent passé ses vacances et se rend toujours au Canada. Entre autre autour du Lac Noir près de Wentworth. Son livre (qui fait suite à son exposition sous le même titre) propose un véritable huis-clos dans un cadre de nature où l’être humain est confronté au domaine aquatique. Il y éprouve un rapport avec une spiritualité tacite.

Choisissant l’argentique le photographe capte ses images depuis le bord du lac ou sur un canot afin de proposer une proximité sobre, pacifiée et parfois (souvent même) mystérieuse sous forme de "narrations" en suspens. Chaque œuvre regorge d'une troublante curiosité dans sa précision de détails puisque rien n’est laissé au hasard.

Olivet bon 2.pngDe tels espaces-temps fascinent. Dégagé du piège d’un halo sentimental, une matérialité physique se découvre. Là où le paysage se fait étrange surgissent sourdement et comme en demi-teinte, corps ou objets. Existe un coulis lumineux subtile et prégnant propre à la méditation. N’est-ce pas là une manière de saisir de l'infiniment grand par un petit coin de nature ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/11/2016

Baptiste Oberson et le concept du livre

Oberson 2.jpgBaptiste Oberson, « Avenir / Savonnerie », Editions Tsar, Espace TILT, 3 rue neuve, 1020 Renens, ratscollectif.ch

Batiste Oberon crée des livres étranges en associant une feuille d’emprunt avec un dessin. Il estime qu'un ouvrage découvert offre de meilleures possibilités pour trouver la page idéale. Afin de la chercher il parcourut les librairies d'occasions et autres brocantes avant de ressentir une nausée face à tout ce qui s’édite et ce qui s’entasse. Ce qu’il avait déjà emmagasiné dans l’atelier lui suffit désormais. Il y trouve des volumes qui lui parlent par leur gamme de noir et blanc ou de couleurs.

Oberson.jpgLe concept de livre en est renversé. Les montages deviennent une envie de voir ce qui semble « possible en provoquant directement le contenu du livre par sa mise en forme. » Les dessins sans sujet apparent (a priori) permettent de tester comment taches et traits fictionnent, frictionnent et désormais savonnent chaque ouvrage. « Avenir / Savonnerie » est le plus récent état de ce qu’il nomme « opus incertum » en hommage à d’autres ouvrage irréguliers : « les murs érigés dans la Rome antique par empilage de pierres non-taillées sur du mortier ». Certes cette ambition elle-même reste un travail de déceptivité : les dessins que l’auteur estime « médiocres » ne donnent pas plus que ce qu’ils sont. Mais néanmoins si une image cohérente est divisée elle demeure ouvrage à part entière dont il faut admirer la structure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)