gruyeresuisse

31/05/2017

Dorothée E. Baumann et les systèmes de réparation


Baumann Bon.jpgDorothée E. Baumann, « Pleasure Arousal Dominance », Editions CPG, Centre Photographie de Genève, Genève, 2017.


« Pleasure Arousal Dominance" réunit l’ensemble des interventions réalisées entre 2009 et 2016 par Dorothée E. Baumann dans son enquête photographique consacrée aux pratiques et outils d’un centre de recherche fondamentale en neurosciences cognitives unique en Europe. L’artiste mixte dans ce qu’elle montre divers types de pratiques des plus aléatoires et peu scientifiques aux recherches les plus savantes de la neuro-physique qui tentent d’analyser les comportements humains et sociaux.

L’artiste saisit les moyens de comprendre divers types d’interactions à travers lieux, stimuli et états des patients. Elle présente des scénarios non seulement sous forme de photoreportages mais dans une recherche esthétique dont le livre témoigne non sans précision mais aussi humour

Baumann.jpgLa « vocation » plastique est toujours présente dans des pans de couleurs qui parfois peuvent rappeler jusqu’à un certain pop’art. Mais c’est toutefois une manière d’arracher la photographie au pittoresque comme à l’exotique. Surgit une narration particulière.

L’artiste parvient à inventer une sorte d'aporie de la notion de surface. Il y a le lisse et ce qui s'y cache. La surface se dérobe et pourtant surgit une sorte de prurit : elle gratte, irrite le regard mais tout en le caressant. D'une certaine manière il faut donc parler d'effraction, d'accident de surface comme si derrière le miroitant émergeait un granuleux particulier.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/05/2017

Nicolas Pesquès : « Nouvelles de l’impossible »

Pesques.jpgFidèle à son habitude Nicolas Pesquès propose un livre qui décoiffe eu égard au statut des textes qu’il contient. Ce livre parle de tableaux, arpente la peinture et la couleur en des textes hybrides à la fois critiques et de poésie pure. « On n’y apprend peu de choses » dit modestement l’auteur. Il est vrai que le texte prend par revers les corpus non seulement de l’art et de son histoire, mais tout autant de la philosophie et de la poésie (Rimbaud en tête).

PesquesMoninot.jpg

 

Ces textes réussissent des a parte des plus significatifs à travers l’univers des artistes que l’auteur retient. Et ce dans une configuration particulière. Elle met en exergue certes des artistes reconnus (Buraglio; Gilles Aillaud, Garache, Jan Voss, Delacroix, Opalka, Schlosser) mais aussi des œuvres plus neuves, moins médiatiques mais d’un intérêt majeur : celles d’Aurélie Nemours, Bernard Moninot et ses tables, Brigitte Palaggi par exemple).

pesques Voss.jpgPour chaque œuvre, Pesquès crée une propre physique du texte, et son espace phrastique particulier. Et c’est bien en ce sens qu’il faut comprendre le titre du livre. « Sans peinture », celle-ci est néanmoins dedans, elle se lit dans ce qui n’y a pas été écrit mais que l’auteur propose. Dès lors les images s’ouvrent comme le titre du livre s’ouvre entre ces deux termes afin que l’indicible ne soit plus un innommable. L’auteur demeure donc fidèle à une idée qui est chère : « les tableaux font comme les poèmes et les poèmes aussi font comme les tableaux ». Les deux donnent des « nouvelles de l’impossible ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Nicolas Pesquès, « Sans Peinture », Editions l’Atelier contemporain, Strasbourg, 304 p., 30 E., 2017.

(oeuvres de Bernard Moninot et Jan Voss)

 

 

28/05/2017

La Poésie Romande vue de France


suisse.jpg« Poésie Suisse Romande », La traverse du Tigre, n° hors série des Carnets d’Eucharis, Roquebrune sur Argens, 112 p., 16 E., 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suisse Poget.jpgQue cette déambulation - plus qu’anthologie - commence par un texte d’Olivier Beetschen est significatif. Comment en effet situer au plus haut niveau un florilège sinon par un poème qui ouvre le lyrisme à un autre poumon que celui des grandes orgues ? Le lecteur - à partir de cette évocation d’une légende enfantine - est convié et transporté vers des points d’horizon que la France a toujours du mal à situer comme si elle était victime, hors Paris, d’une agoraphobie. Pierre Voëlin, Marie-Laure Zoss, Claire Genoux (entre autres) montrent comment le poème devient chemin en un panorama singulier. Certaines écritures sont plus fractales que d’autres mais tout « sent » l’ouverture. Il convient donc de cesser de voir la Suisse comme un écrin : les poètes sortent du bord du Léman, dévalent des bras d’obscurité des grands sapins sous la lune.

 

Suisse Beetschen.jpgDans sa postface Angèle Paoli rappelle la nécessité du poème afin de retrouver au moins un « semblant d’équilibre » dans un monde qui en manque de plus en plus. Laurence Verrey déplace les paysages admis et porte sur ses lèvres un chant fragile. Ici et comme l’écrit Pierre-Alain Tâche, « le poète a repris le don », celui qui « répond au don d’autrui » sans pour autant que cette reprise soit un banal merci. Antoine Rodriguez ouvre encore plus profondément cette offrande : le corps y a sa place. Et Pierrine Poget le fait murmurer en « reculant sa caméra » afin que l’autre ait toute sa place.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(photos de Pierrine Poget et Olvier Beetschen)