gruyeresuisse

03/11/2016

Silvia Bächli : nouvelles donnes

Bachli.jpgSilvia Bächli, Skopia, Genève, du 12 novembre au 23 décembre .


Travaillant toujours avec un minimum d’entraves et de contraintes afin de s’ouvrir à la surprise Silvia Bächli donne à ses œuvres minimalistes par différentes couleurs un autre ton. Ce sont comme de nouveaux instruments dans son orchestre ou un chant à plusieurs voix au moment même où les traits plutôt que de signifier leurs propres arrêts semblent se perdre dans l’étendue du support.

Jaillissent un silence, voire un humour décalé. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli qui reste une feuille qui se détache d’un arbre et que l’arbre oublie. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte comme l’arbre a besoin d’oublier ses feuilles afin qu’une douceur remonte, l’envahisse, renoue avec son cœur pour des renaissances au prochain printemps.

Bächli 2.jpgChaque fois l’artiste cherche à flairer les traces qui se rêvent sans qu'il soit possible de leur donner un nom. Créer est donc un processus ludique de mémorisation, d’invention et de sélection. Quelque chose, ignoré auparavant, fait surface. A coup de rythmes et de répétitions, la langue plastique glisse, dérape vers de nouveaux champs afin d’embrasser l’univers. C’est une manière de trouver juste une image mais une image juste.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/11/2016

Peter Knapp entre humour et érotisme

Knapp 4.jpgPeter Knapp, « Bleus, entre l’écume et les cieux », du 20 octobre au 27 novembre 2016, exposition de plein air, sur la plage de Deauville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Knapp.jpgLe festival de créations photographiques Planche(s) Contact présente cette année et entre autres une rétrospective des photographies de mode de Peter Knapp, réalisées à Deauville dans les années 1970. Pour les campagnes de Courrèges comme pour les commandes des magazines Elle ou Stern, les fameuse « planches » de Deauville, sa digue immortalisée par Lelouch, les Bains pompéiens et la plage ont fourni à Knapp des décors en corrélation avec son univers graphique, géométrique et coloré. Une installation monumentale sur la plage met en correspondance ces photographies et la série des monochromes bleus.

Knapp 2.jpgCelui qui est devenu le maître d’une créativité chic et inventive s’offre ici une ère de repos ludique. On ne sait si celui qui affirmait lors d’un ouvrage beaucoup plus tragique (l’illustration du livre de Jorge Semprun sur les camps de la mort « L’écriture ou la vie » : « Dans le fond, je suis artiste, mais au cours des dernières années je suis devenu, emballeur, déballeur, livreur, transporteur, voyageur et touriste. Je n’ai quasiment rien fait de nouveau, si ce n’est une ou deux petites choses qui m’ont satisfait », sera satisfait par cet hommage de Deauville. Toujours est-il que la photographie - même si elle est de commande - ne bâcle pas les données de la création au sens plein du terme.

Knapp 3.jpgDans le bain normand de révélation une confrontation agissante a lieu. Comme Jupiter le voyeur est avec Callisto mais ce n'est pas forcément Cupidon créateur du transfert, qui en est responsable. L'érotisme n'y est pas purement "ornemental". Et même si la fièvre acheteuse reste le propos implicite de telles photographies, Knapp crée néanmoins une distance entre son sujet et le voyeur. Les modèles brouillent les cartes admises des lois marketing pour pénétrer l'inconscient sans pour autant le guider uniquement vers la marchandise.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/11/2016

Felix Studinka : abstraction, reprise et métamorphose.

 

Studinka 2.jpgFelix Studinka, “Peintures et dessins”, Galerie Ligne Treize, Carouge, du 5 au 30 novembre 2016.

Dans les années 10 et 20 du siècle dernier la puissance de l'abstraction a extrait la peinture d'une multitude d'informations et du fouillis visuel. Cent ans plus tard, la nouvelle vision proposée par Felix Studinka - digne héritier des abstracteurs zurichois - la renouvelle. Là où jouaient une forme de sérieux et de gravité voire de tragique, le jeune artiste introduit légèreté, fantaisie, alacrité.

Studinka.pngL’abstraction prend un nouveau visage ou plutôt s’y invente une paradoxale « dévisagéité » de ce qu’elle est afin de la laisser plus libre. L’éther vague n’appelle plus forcément la métaphysique mais un simple plaisir formel sans pour autant remiser la peinture au statut de décoration. Il faut imaginer Félix heureux. Entre autre de faire partager une vision qui jouxte l’éphémère en offrant une ouverture des horizons picturaux selon des suites de variations qui - à l’inverse des Goldberg - ignorent la mélancolie.

Jean-Paul Gavard-Perret