gruyeresuisse

07/11/2016

Les décréations de Natalie Huth


Huth.jpgLes collages de Natalie Huth sont des merveilles d’intelligence critique et poétique. L’artiste s’empare d’images chinées pour créer son Nouveau Testament ironique et athée. Au besoin, la prophétesse n’exclut en rien les activités érotiques pour la bonne cause : c’est à dire la mauvaise. Tout reste allusif, pervers donc délicieux. Huth 3.jpgLe collage accorde aux scènes un caractère surréaliste toujours chargé de sens. Artistiquement Natalie Huth se montre digne du varan et prouve qu’à l’impossible elle est tenue. L’artiste s’amuse et rappelle Michaux : « rien de bien haut, mais tout ces galbes donne le vertige». L’humour sort le passé comme le présent des gouffres où tant de créateurs les enferment.

Huth 2.jpgLes recréations (parfois de photographies dédoublées ou quadruplées, parfois remisées telles quelles) sont bien plus que des récréations. Ce sont des indispositions aux cérémoniaux moins délétères que drôles ou suaves. S’y percent bien des remparts du passé pour faire jaillir des images qui creusent le regard comme la fumée les poumons. S’y respire un lointain proche pourtant. L’œuvre produit des brèches à travers l’espace et le temps. Huth 5.jpgEmane un plaisir inexpliqué par divers déplacements. Jaillissent parfois des lamentos de tourterelles. Le réel échappe à la gravitation car Natalie Huth emprisonne moins qu’elle ne délivre entre embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. L’espace est poétique en son déroulement comme dans jeux de miroirs ou de bandes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yannick Bonvin Rey : lieux de silence

Bonvin 2.jpgYannick Bonvin Rey, exposition, Galerie Marianne Brand, Carouge, du 5 au 23 novembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonvin.jpgExiste chez Yannick Bonvin Rey l'apparition de lieux mystérieux fondés par la peinture elle-même dont le langage devient bien plus qu'un réseau de signes. Le travail des pigments et de la matière crée une texture de strates, traits et griffures. La dissolution, la volatilisation du paysage réel se métamorphose en des formes et des forces plus sourdes en ce qui tient d'une alchimie. Elle donne au monde une nouvelle figuration et impose un recueillement. Les propriétés du visible et de l'invisible s'irradient mutuellement en une atmosphère étrange et poétique.

Bonvin 3.jpgChaque peinture de Yannick Bonvin Rey est de plus animée d'une lumière interne et d'une chaleur infuse qui ne refuse pas parfois une certaine froideur. Elle constitue autant le reflet des origines que le charme parfois raturé d'un lieu ouvert. Mais tout reste sur le point de se défaire. S’agit-il de déboucher sur le néant ou sur nos gouffres intérieurs ? Tout est possible. Yannick Bonvin fait pénétrer dans un univers où se détache de la masse des formes et des couleurs un bondissement ou une plongée là où tout est à la fois riche et nu en une complexité savamment orchestrée.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/11/2016

Véronique Massenet : L’un et le multiple, l’éros et la matière

 

masssenet bon.jpg« Essayez de considérer les éléments qui composent les sculptures comme des êtres vivants » conseille Véronique Massenet. Et l’artiste de préciser : « Ils ont perdu toute apparence humaine mais ils en ont gardé gestes et comportements; ils sont toujours motivés et liés par le désir commun d'une nouvelle harmonie ». La sculptrice crée la grande métaphore de l’intime et de l’éros. massenet4.jpgJaillit le jeu de balance complexe entre l’évidence et la transgression implicite, le féminin et le masculin. L’expérience intérieure est projetée à l’intérieur de la matière (le bois) travaillée par une énergie pudique mais jamais avare de ses dons.

 

 

massenet.pngVéronique Massenet crée la reconquête des corps et de leur union qui n’est pas forcément une fusion idéalisée. Le nu se donne à voir par le travail de la matière en sortant d’une exhibition sommaire, naturaliste. La métaphore poétique crée bien plus qu’un symbole : elle matérialise l’ineffable. Celui du tumulte, du désir d’être et d’aimer là où le Je et l’Autre restent à la fois multiple et un. Les jeux de voutes et d’embrassements circonscrivent des forces intérieures qui interrogent le regard. L’artiste cerne ce qui dans le visible fait trou et ce qui dans les rapports humains reste insaisissable.

massenet 3.pngLa sculpture devient autant figure que signe dans une abstraction particulière : elle n’est pas là pour caviarder le réel mais pour montrer ce qui s’y engage. L’indicible en émerge. La permanence de l’observateur devant l’œuvre devient un voyage dans le palimpseste de la sculpture et vers l’intérieur des sentiments et des affects. La matière traque l'impossible, formalise les figures de l’amour, s’offre aux désirs comme le sang réanime un corps inanimé. Elle demeure équivalente au mutisme, car elle propose par l’incarnation dans la matière ce qui, dans l’amour, ne se voit que les yeux fermés, l’autre côté des paupières.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Voir le site de l'artiste)