gruyeresuisse

13/11/2016

Le pictorialisme d’Olivier Robert

Robert.jpgOlivier Robert, « Rivages », 5-26 novembre 2016, Galerie Krisal, Carouge.

Photographe et architecte paysagiste Olivier Robert donne un aspect pictural minimaliste à ses paysages architecturaux créateurs d'atmosphères poétiques grâce au monochrome. Celui-ci donne la qualité essentielle et la plus difficile à acquérir pour la photographie. La lumière est à la fois sourde et diffuse. Elle dirige le réel vers le rêve là où des éléments sont isolés. Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance selon une théâtralité particulière.

Robert 2.pngLe photographe invente un langage spécifique. Il joint la tradition réaliste à un impressionnisme dont le lyrisme demeure allusif. La poésie du monde interpelle et rapproche le médium de ses possibilités spécifiques. Olivier Robert donne à voir ce qui ne pourrait se peindre. Il s’éloigne de la fausse évidence du paysage « classique » et prouve que tout photographe est celui qui se met en quête de l'opacité révélé du paysage et de son règne énigmatique. Il atteint le « photographique » - équivalent dans l’image fixe du « filmique » cher à Barthes.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/11/2016

Les feux aux Q.-G. de David Lachapelle


LaChapelle.jpgLe langage photographique de David LaChapelle réunit deux types de récits : celui d’un monde violent et celui d’une fête. Les deux modèlent l’homme postmoderne. En chaque prise le « mal » court entre ces deux postulations en ouvrant sur toute une profondeur de visions emboîtées les unes dans les autres. Elles débouchent que sur des farces aussi drôles que cruelles. LaChapelle3.jpgMême la Suisse n’y est pas oubliée avec des idées qui se rapportent autant au présent qu’au passé. Et si l’Histoire n’a jamais fini d’être contée LaChapelle en déplace les miroirs dans son dédale et ses tables de désorientations qui sont autant de sidérations.

LaChapelle4.jpgFemmes et hommes s’y turlupinent sans le moindre contrôle. Et qu’importe si les fins du moi sont difficiles. L’humour, la critique sociale et esthétique font bon ménage chez celui qui débuta sa carrière grâce à Andy Warhol et son "Interview Magazine". Mais après avoir photographié les « peoples » il s’est dirigé vers des visions baroques. Exit l’icône ou la star : le monde est passé à tabac avec des égéries moins notables au sein de moments d’égarements superbement scénarisés. Enfer et Paradis se mélangent et c’est ce qui fait courir David. Il propose ses utopies dignes de la logique la plus folle. Chaque photographie devient la passante inouïe avec son pesant d’orage et de délire. Il y a chez l’artiste autant de William Blake, de Lautréamont que de Dada.

Jean-Paul Gavard-Perret

David LaChapelle : Galerie Stanley Wise, N-Y et Paris Photo 2016 (novembre).

De la poésie francophone



Poésie.jpgCommentateurs intermittents de leurs propres penchants poétiques 17 écrivains francophones ont respecté une règle simple émise par Guy Roquet : proposer en quelques pages leur expérience de lecteur de poésie et présenter la liste de leurs dix poèmes préférés. Le livre est continuellement riche et sans la moindre langue de bois ou postures. Vénus Khoury-Ghata, Chislain Ripault, Salah Stérié et les autres sont des lecteurs qui refusent le désenchantement de l’époque.

Ils prouvent que la poésie possède non seulement une âme mais un coffre qu’on appelle corps. Rencontrée chez certains par hasard (qui dans ce cas fait bien les choses même s’il n’existe pas) la poésie n’est pas pour eux une simple promenade. Il ne s’agit pas à travers elle d’aller sur les bords de la Loire un matin d’automne. Elle n’est pas non plus un miroir des ressemblances : elle brûle ou n’est pas. Car en construisant la langue elle dépèce les mots comme le rappelle Vénus Khoury-Ghata au sujet du « Dépeupleur » de Beckett (preuve que la poésie n’est pas forcément une histoire de genre).

Poésie 2.pngLes 17 auteurs voguent dans un fleuve qui n’a rien de tranquille. Il les emmène en territoire inconnu. Peu à peu, ce fleuve prend feu comme une botte de paille, il embrase le ciel. Plus question alors de se cacher, plus question non plus de croire que la poésie s’arrime au romantisme. Elle touche à l’origine comme au futur dans un saut dans le présent que seuls de grands auteurs apprennent à lire au delà des idées reçues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, « Lignes de cœur - 17 écrivains disent leur rapport à la poésie », L’Atelier Imaginaire, Le Castor Astral, 2016, 240 p., 15 E.