gruyeresuisse

23/02/2017

Andrea Heller artiste en "herbes"

heller.jpgAndrea Heller poursuit son travail “physique” d’effets de peau et de magma tout en démêlant peu à peu le complexité de leurs emmêlements. Jaillissent des formes dont la compacité se dissout en ce qui tient d’une proximité végétale charnelle. Les “fleurs” ou ce qui en tient lieu trouve une sublimation loin de toute solution voyeuriste. Chaque plante prend sa revanche, reconquiert l’espace. Mais la débauche est transformée en ascèse sur la matrice du support.

 

 

Heller 2.jpgUne micrologie devient un cosmos. Existe en conséquence une fable du monde. Entre persévérance et surprise l’oeuvre garde sa vocation poétique; la forme demeure le sujet sans toutefois que la  décontextualisation du réel soit totale. Reste une audace mature en un travail lucide et calculé là où la notion “d’artiste en herbes” prend un nouveau sens et où l’image garde quelque chose d’inaliénable.


Andrea Heller, « Blumen für die Kunst Florale Interpretationen von Werken aus der Sammlung », Aargauer Kunsthaus, Aarau, 7 - 12 mars 2017.

22/02/2017

Au prix du corps - Anja Niemi

Niemi.jpg

 

Anja Niemi expose à Londres des photos de ses séries « Do Not Disturb (2011), Starlets (2013), Darlene & Me (2014) et Short Stories (2015). Le corps y est capté de manière ironique ou grave, légère et presque irréelle. Le doux murmure des images dilate le silence selon divers angles de prise de vue qui distordent la présence du corps toujours plus ou moins lascif jusque dans sa splendide indifférence.

 

Niemi 2.pngLe cintrage classique se décline et se dessine en données étrangères. Insolente l’artiste donne au corps une insolvabilité qui néanmoins permet de dénouer de certains concepts inhérents au système de représentation. Les héroïnes deviennent des insurgées presque malgré elles. Sans assise ou déboîté le corps à la fois rentre en lui et en sort de manière intempestive. Niemi 3.pngIl devient un indice créateur d’ouverture par l’audace d’une écriture photographique qui ne fait plus de la femme un simple support mais un manifeste de l’anticonformisme autant du genre que de la vision de l’amour ou ce qui en tient lieu. Certaines blessures du réel ne demandent qu’à s’asseoir près de ces héroïnes dans un besoin mélancolique de partager le chagrin du temps passé ou de trouver dans leurs masques des reliques  de la vie cachée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 Anja Niemi, « Photographing in costume », The Little Black Gallery, jusqu’au 2 mars 2017-

 

21/02/2017

Frédéric Bélonie : révision des poncifs

Belonie 3.jpgDans l’œuvre de Frédéric Bélonie les visages sont simples mais sortent du cliché par tout un jeu de présences en effacement tandis que le monde s’orne de références intempestives. L'authenticité de l'anticonformisme se fait austère et renverse la fonction rédemptrice de l’image. L’artiste sait que la simple transgression rate sa cible : l’outrance est remplacée par une mise en scène plus intériorisée et subtile : en jaillit la misère affective du monde débarrassée de toute caricature. L’imaginaire en action fustige la prétention, la vanité de l’art comme des lieux communs que ceux qui se nomment créateur enfilent comme des perles.

Belonie 2.jpgLa facticité est exposée au grand jour par une pratique hors école si bien qu’ici le caricaturiste ne se sent plus obligé de caricaturer sa caricature. Le dessin s’assèche sans mélancolie, il ne reste que l’envers gris du portrait ou d’arbres dont les feuillages sont remplacés par des cheveux. L’enjeu d’une telle expérience consiste à faire éprouver le caractère mobile et changeant du réel. Les identités supposées sont suspendues là où l’image semble se déplacer dans l’espace et le temps, êtres et objets en deviennent autant communs que singuliers. Frédéric Bélonie réinterroge donc un fond commun d’images et de lettres en renouvelant la notion même de dessin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Frédéric Bélonie, « Livre », Littérature Mineure Editions, Rouen,  2017, 8 E.