gruyeresuisse

17/11/2016

X sous X


Porno 2.pngDes centaines de maris qui seraient bien rentrés chez eux mais qui risquaient d’y retrouver leur épouse décidaient parfois de faire une halte dans un cinéma X. C’est là parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : ils ont tout désormais sur internet et de manière plus bouchère...

Mais savoir que la vie fait de nous des figurants passifs alors qu’au cinéma porno les acteurs  sont en mouvement (pas question de regarder l’heure à la pendule du studio) ne suffisait pas à appâter le gogo. Toutefois les autorités « sanitaires » de la morale avaient le bras séculier lourd. En 1975, la loi française interdit l’usage d’images explicites sur les affiches de films pornographiques. Dès lors les distributeurs doivent multiplier les chartes graphiques et linguistiques pour répondre à la pénurie organisée.

Porno.pngDe cet important corpus « Pornographisme » propose une sélection et un historique de graphismes kitschissimes à la mode psychédélique et de titres extravagants : « Orgies au camping », « La Comtesse est une pute », « La grosse cramouille de la garagiste », « Les vieux sur la vieille » ou « Merlin l’emmancheur ». Pour un homme seul et désirant le rester ces appels étaient une bénédiction. Les stars du genre étant connues cela évitait les présentations en une époque où la pornographie devint ce qu’elle n’est pas : non une monstration mais une évocation. Grotesque ou poétique, c’est selon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mickaël Drai & Christophe Chelmis, « Pornographisme », éditions Marque Belge, 2016.

14/11/2016

Le gai savoir de Barbara Polla


Polla érect..pngBarbara Polla propose à travers l’œuvre de Dimitris Dimitriadis une apologie d’un gai savoir. Il tourne autour de la figure du phallus moins totem que source de vie et initiateur de toutes les créations : artistiques et littéraires bien sûr mais, par delà, tout autant politiques, écologiques, architecturales bien sûr en des reprises des et du sens au sein d’une Grèce qui n’est plus seulement antique. L’objectif est aussi (sinon surtout) précise la Genevoise « de faire bander un pays ».

Polla 4.JPGCe qui évite d’emblée bien des équivoques…Et Dimitris Dimitriadis de lui emboîter le pas : « Pour moi l’érection est le contraire de la dépression. L’érection est un état intérieur général où l’on se trouve en position debout. Mais en même temps on est plein. C’est un hymne acathiste, l’érection. On n’est pas assis, on n’est pas à l’aise, on est tout en haut. Et l’image de l’érection donne cette dimension : on est prêt à éjaculer. Donc à créer ». En une telle posture non seulement l’être mais une société abattue se relèvent et s’érigent. Dont acte.

Jean-Paul Gavard-Perret


Barbara Polla, “Éloge de l’érection suivi de Lycaon, apologie du désir” de Dimitris Dimitriadis (traduction Michel Volkovitch), Editions Le Bord de l’Eau – Collection La Muette, 2016, Bruxelles.

13/11/2016

Le pictorialisme d’Olivier Robert

Robert.jpgOlivier Robert, « Rivages », 5-26 novembre 2016, Galerie Krisal, Carouge.

Photographe et architecte paysagiste Olivier Robert donne un aspect pictural minimaliste à ses paysages architecturaux créateurs d'atmosphères poétiques grâce au monochrome. Celui-ci donne la qualité essentielle et la plus difficile à acquérir pour la photographie. La lumière est à la fois sourde et diffuse. Elle dirige le réel vers le rêve là où des éléments sont isolés. Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance selon une théâtralité particulière.

Robert 2.pngLe photographe invente un langage spécifique. Il joint la tradition réaliste à un impressionnisme dont le lyrisme demeure allusif. La poésie du monde interpelle et rapproche le médium de ses possibilités spécifiques. Olivier Robert donne à voir ce qui ne pourrait se peindre. Il s’éloigne de la fausse évidence du paysage « classique » et prouve que tout photographe est celui qui se met en quête de l'opacité révélé du paysage et de son règne énigmatique. Il atteint le « photographique » - équivalent dans l’image fixe du « filmique » cher à Barthes.

Jean-Paul Gavard-Perret