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21/06/2018

Made in Japan : Stéphane de Mesnildot

Mesnildot 2.pngChacun sait combien l’adolescente japonaise (même si elle est de plus en plus talonnée par sa consœur sud-coréenne) reste un modèle fascinant. Ce n’est pas un hasard si les créateurs du monde entier vont à Tokyo pour leur inspiration. Comme le souligne l’auteur dans son essai, cette adolescente « est un concentré de codes et de signes ». En ligne de base les jeunes filles en uniforme et portant des chaussettes montantes qu’elles collent à leurs mollets. Mais ce schéma subit bien des digressions intempestives.

Mesnildot 3.jpgDans son court essai Stéphane de Mesnildot réussit l’exploit de remonter toute l’histoire de ce qui tient d’une vision réelle mais aussi mythique ou fantasmatique : aux adolescentes de la rue se mêlent les personnages de fiction dont le Manga érotique japonais est devenu le spécialiste. Les jeunes filles en fleurs concentrent les signes des évolutions de la société japonaise. Elles illustrent la libération de la tradition ancestrale mais aussi son inscription dans la modernité et l’américanisation d’un système marchand et les systèmes de représentation.

Mesnildot.pngSoulignant les grandes composantes de la culture shôjo romantique (communauté féminine et passage à l’âge adulte), d’une certaine idée de l’amour (lesbianisme compris) et d’un « vert paradis des amours enfantines », l’auteur montre comment à partir des années 60 l’adolescente japonaise est vectrice de révolution du monde nippon : elles deviennent un modèle de libération du corps, des mœurs. Désormais au modèle aguichant de lycéennes délurées fait place un masque plus ravageur, apocalyptique. La catastrophe de Fukushima est implicitement passée sur le système de la mode pour le transformer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane de Mesnildot, « L’adolescente japonaise », éditions du Murmure, 2018, 98 p., 9 E., 2018.

19/06/2018

Femmes au bord de l’intime - Senta Simond

Senta Simon.jpg

 

C’est en référence à la technique du portrait par Eric Rohmer que Senta Simond a intitulé son denier livre de photographie « Rayon vert ». Il fait référence aussi à un procédé optique du même nom. L’artiste propose une vision de la femme selon des angles rarement conventionnels. Pour autant l’objectif n’est pas de choquer mais de produire un effet de beauté particulière.

 

 

 

Senta Simon 2.jpgL’artiste joue d’une forme de connivence avec les modèles. Ce qui lui permet de toucher à leur intimité pour en surprendre l’impeccabilité plastique et non de faire d’élever des châteaux de cartes de fantasmes et de faire croire à une désirabilité complice. Photographier revient à disposer le corps en positions toujours plus incertaines : pour le lire à l’envers, lire ce qui n’est pas dit pour une présence plus prégnante loin de la seule expertise de la chair.

Senta Simon 3.jpgSenta Simond atteint la « choséïté » (Beckett) de poses inductrices de subtilité à lectures multiples. Elles ne s’épuisent pas afin de laisser libre court à un processus ouvert : ce dernier ne cherche pas à convaincre d’une vérité. Le corps tombe autant vers le haut que vers le bas. Il se retrouve en ses poses parfois drôles ou spectrales pour retourner au besoin au natal et l’enfance.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/06/2018

Maryse Magnin : du visage au portrait

Magnin BON.jpgDiscrète au possible, Maryse Magnin ne dérange jamais celles et ceux qu’elle photographie. Partageant son temps entre la France, la Suisse c’est sans doute la Tunisie du sud qui est sa « vraie » patrie et plus particulièrement Ksar Ghilane sur les rives du Sahara Oriental là où vivent des hommes discrets comme elle et son animal préféré : le mehari. Très proche de l’artiste et écrivain Marcel Miracle (qui porte si bien son nom), elle apprécie - côté photographes Sally Mann et Peter Beard.


Magnin.jpgAnimé d’un sens profond de l’humain, Maryse Magnin saisit les âmes à travers la surface du monde non sans humour et magie. L’univers apparaît dans sa simplicité. Et surtout sa beauté. Nous pouvons consulter bien des archives des existences dans ses tiroirs à photographies. Elles permettent aussi de se réfugier dans des rêves – forains ou non - comme dans les plages de l’enfance.

Magnin 2.jpgEn faisant revivre les plus belles émotions qu’elle a éprouvées, Maryse Magnin, d’ici ou de là-bas, ne fait pas que tracer ses images dans le sable. Poreuse à tout elle ramasse les regards de celles et ceux qui les laissent tomber. Elle devient ainsi la poésie afin que nous n’ayons jamais l’occasion de ne pas exister.

Jean Paul Gavard-Perret

Maryse Magnin, exposition, Galerie Cyrille Putman, Arles, du 21 juin au 31 aout 2018.

(la photo 2 est un portrait de Djemila Khelfa).