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28/02/2017

Henri Deletra Hanna : « des humains habillés différemment. »

Deletra.jpeg.jpgHenri Deletra Hanna, « Madame Tonantzin », Act Art Genève du 3 mars au 23 mars 2017.

Face au monde occidental et ses images cadrées, aux couleurs fixes et aux règles connues claires, Henry Deletra Hanna superpose un monde onirique, kaléidoscopique qui réunit tous les éléments de l'univers sur un même plan selon une « compilation » qui tient du sandwich ou du totem. Peintures, dessins, photographies, vidéos, céramiques, quêtes chamaniques développe une recherche multiple. Chaque médium et technique change selon l'idée et le sujet que l’artiste veut aborder pour atteindre une sorte de parousie de la représentation.

Face aux images de catastrophes sous lequel le monde ploie Henri Deletra Hanna impose des images fabuleuses et absurdes riche de bien des cultures. L’artiste partage la pensée chamanique selon laquelle le cosmos et l’être ne font qu'un. L’amour que celui-ci éprouve pour ses proches l’artiste veut l’étendre au reste du monde : « si nous décidions d'étendre ces relations de respect, d’empathie et de soin ? Si nous décidions de les appliquer à l'eau, aux aliments, aux animaux, au sel ? ».

Deletra 2.jpgAprès avoir raconté « le désastre du monde » l’artiste s'intéresse à l'imbrication que les peuples primitifs proposent face aux séparations que la civilisation cartésienne a cultivé jusqu’à nous porter au bord du gouffre. Situationniste à sa manière Henri Deletra Hanna crée des pièces somptueuses et faussement kitsch. Aux œuvres pour voyeurs font place des pièces de voyance. Le tout dans une reprise et une parodie aussi grotesque que sublimée. Tout et rien du réel pour fonder un nouvel ordre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/02/2017

Giorgio Racca et ses "sœurs"


Racca 2.jpgPour Giorgio Racca montrer ne revient pas à défaire. Du moins pas en totalité. Certes la nudité peut mettre au jour ce qui fait la débauche, l’absence de vertu. Cette nudité culpabilise un peu (l’artiste est d’origine catholique romaine) mais en même temps elle sexualise le mot “ photographie. “ Tu dois regarder, regarde ” dit-elle sans pour autant que le sexe féminin soit pieuvre ou mollusque à ventouses. En exhibant la chair, Giorgio Racca ne fait qu'effleurer un surgissement volcanique La photographie devient juste une part de l’intimité ouverte : l'essentiel reste au secret.

Racca4.jpgL'artiste évite de glisser un speculum dans la tête et un couteau à dissection dans le cœur. Néanmoins l'image est tout sauf de la pensée austère. Elle ausculte, "écoute", et montre ce qui se cache pour arracher à la maladie de l'idéalité. Une autre face du monde se déploie au sein de chausse-trappes voire d'un seuil infranchissable. Le Pierrot d’amour en est comblé. Il ne peut résister. Un chemisier qui s'entrouvre fait le reste. La photographie joue à l’extrême pointe du soupir en laissant apparaître la mer où dériver comme les vastes étendues continentales où se perdre.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:15 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

26/02/2017

Barbara Polla : principe d’autonomie générale

 

Polla 3.pngBarbara Polla poursuit sa lutte. Elle apprend aux femmes (et par jeu de bande aux hommes) à ne pas subir l'amour pour les unes et le faire supporter pour les autres mais à le créer. Tout pourrait donc se résumer à un "je veux que tu soi et non pas je te veux". On aura beau jeu de taxer l’auteure de féminisme, d’humanisme, d’idéalisme pour autant il reste toujours comme disait une romancière à « trouver des mots pour le dire ». « Le » : à savoir LA femme.

Polla.jpgLa Genevoise, médecin, galeriste, écrivaine poursuit donc une utopie nécessaire : l’appel de l’autonomie des femmes au quotidien. L’"autonormie" pour toutes. C’est pourquoi ces exemples de « femmes hors normes » sont là afin de prouver la certitude qui l’anime : l’autonomie et l’incarnation sont possibles pour chaque femme. Elle les revendique comme le respect que tout être - masculin ou non - doit accorder à la femme.

Il y eut bien sûr des pionnières dans ce combat. Mais chaque femme peut trouver et revendiquer qui elle est en se devenant. Elle doit apprendre aussi « à sortir de la norme beauté tout en gardant la beauté ». Cela n’est pas facile. Le monde médiatique, social, politique regorge de « corps-image formaté » si bien que le corps devrait répondre à une norme aussi prévisible qu’uniforme. L’auteur demande à « l’individuer » afin de donner à chaque femme la puissance d’affirmer ses propres marqueurs de la beauté.

Pollla 2.pngCe livre est donc capital : le propos en est clair, percutant, vivifiant. L’auteur sort le sexe de l’ornière du couple et du devoir qu’on appelle conjugal. Contre la soumission masculine Barbara Polla accepte que pour une femme AUSSI l’histoire de la sexualité puisse être autant magnifique et peut être paradisiaque que « dégoutante ».

Polla 4.png"Femmes hors normes » devient ainsi le manifeste pour faire du sexe tout sauf « une affaire d’homme et que nous le subissons parce qu’il le faut bien » mais une manière de trouver la liberté des femmes non pas contre les hommes mais avec eux. C’est pourquoi un tel livre s’adresse autant aux mâles qu’aux femmes. Plus même !

Jean-Paul Gavard-Perret


Barbara Polla, "Femmes hors normes", Editions Odile Jacob, Paris, 2017.

 

Photosde deuxfemmes"hors normes" citées par l'auteure : la Genevoise Grisélidis Réal et Brigitte Lahaie