gruyeresuisse

18/03/2020

Poésie des confins : Maurice Chappaz

Chappaz.jpgLe temps de confinement peut être celui non de l'égarement mais de recueillement. Il est l'occasion de la relecture d'auteurs précieux. Maurice Chappaz par exemple. Ouvrir un de ses livres presque au hasard reste toujours aussi saisissant. Pour preuve "Le Valais au gosier de vivre". S'il s'ancre ici et comme toujours dans le présent, celui pour qui l'âme suisse se partage «entre la fresque et le journal intime» crée un chant aux couleurs particulières puisque la poésie paysagère est en prise non sur ce qui est mais était.

Chappaz 2.jpgEn effet, celui qui fut pendant deux ans, aide-géomètre sur les chantiers du barrage pharaonique de la Grande Dixence, puise dans une telle expérience industrieuse la matière du "Valais au gosier de grive". Le livre forme un dypptique implicite avec son "Chant de la Grande Dixence". A l'inverse de celui-ci, le premier joue de l'apparente naiveté et la douce ironie que l'auteur malaxe avec plaisir : "Le gouffre, on le pétrit, / les collines, on en presse le jus, / la caque et les parfums. / Pas besoin de se faire du souci ! / Les machines sont des poètes / qui n’ont pas peur d’aller jusqu’au bout."

Chappaz 3.jpgL'auteur évoque la disparition des villages et des lieux noyés pour cause de modernité. En un tel inaccessible espace, il revisite des paysages plus lointains que les fenaisons de jadis comme il est revisité par eux. Maurice Chappaz marche sans attente, balaye les absences, s'enserre de vent. Sa poésie chuchote, rassure un peu plus que celle de Ramuz mais moins que celle de Jacottet. D'où la singularité et l'autonomie de l’œuvre. Songe et réalité se mêlent sans la moindre ostentation. A ce titre l'auteur du "Testament du Haut Rhône" rameute le son des nuages et le  scintillement des eaux où se heurtent nos enfermements.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Chappaz, "Le Valais au gosier de grive", Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2008, 72 p. Les mêmes éditions ont publiés ou republiés les oeuvres majeures de l'auteur.

Les 2 dessins sont de Gérard Palézieux illustrateur de l'oeuvre (entre autres).

Dans les vagues terrestres et orphiques d'Astrid Jordi

Jordi.pngAstrid Jordi est une peintre capable de synthétiser bien des influences - de l'impressionnisme au surréalisme. Son voyage au Mexique n'y est pas pour rien. Et de retour en Suisse, elle continue de peindre, plusieurs expositions se succèdent, avant qu'elle ne reparte pour San Francisco et Paris. Chaque fois son spectre graphique et plastique s'élargit.

Jordi 2.pngElle affine ses harmonies de couleurs capables de suggérer un univers onirique et doux. Au romantisme qui est souvent souligné lorsqu'il est question de l'artiste il faut préférer plutôt ceux de surréalisme et d'un symbolisme particulier propres à solliciter les imaginaires avides d'inconnu en ce qui devient des contes (non narratifs mais suggestifs) à la fois terrien et orphique.

Jordi 3.png

De l'air passe en divers mouvements animés d'un souffle étrange. Soudain le monde respire là où l'éphémère est retenu.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17/03/2020

Cécile Wick : exercices de la douceur

Wickt.pngLes photographies, peintures, gravures, héliogravures et impressions jet d’encre de Cécile Wick offrent tout un éventail de tonalités et de reflets. Montagnes, et cascades, fleurs et arbres sont traités en de subtils dégradés entre le clair et l'ombre jusqu'à sembler se perdre dans la brume, l'espace ou le néant.

Wick 3.pngSans se soucier des modes l'artiste crée des paysages qui ne peuvent se situer avec précision dans le temps ou l’espace. Proche d'un traitement du paysage à l'extrême orientale Cécile Wick mène à la jonction du réel et de l’abstraction.

 

Wick 2.pngLe sentiment de la nature (pour elle, les montagnes suisses) semble être celui où le seul soleil que l'artiste retient reste celui - très pâle - des matins d’hiver, quand il avait eu tout le temps de se faire oublier et qu’il n’existe encore, si l’on peut dire, qu’à l’état de promesse.

Jean-Paul Gavard-Perret