gruyeresuisse

29/10/2017

Jean Fontaine : « seintaxes » visuelles

Fontaine.jpgJean Fontaine, « Des Humano Folie » Galerie- Espace Schilling, Neuchâtel, 4 novembre – 24 décembre 2017

Avec Jean Fontaine l’humain devient un drôle d’oiseau. Sa coquille est de fer et de chair. Preuve que qui veut faire l’ange ou la bête devient robot. Néanmoins de telles licences visuelles, et rhétoriques mettent à mal les images étouffantes par placages et soudures pour l’avènement d’anatomies intempestives.

Tout tient de l’embrasement et de la rixe baroque. Attachant la rouille aux moisissures de feuilles-peaux, Fontaine infiltre un chuchotement visuel dans le sommeil du monde. Des morceaux de corps se rassemblent par déplacements : l’âme se transforme en casque à pointe et l’érotisme fourbit ses armes. Que le corps féminin soit mal engagé dans la fosse commune du monde par effet de violence  nécessite des protections. Cela n’empêche en rien que tout dans l'oeuvre soit parfaitement embouti.

Le vieux désir des hommes-voyeurs se trouve imagé, repris, métaphorisé en soutifs tabernacles, en culottes d’acier (trempé) mais où certaines fissures peuvent permettre des halètements de diverses variétés. Des appoggiatures refont surface par éclaboussements dans la végétation de la ferraille. Il suffit de frapper dessus pour qu’elle devienne « sein-bale ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

28/10/2017

Véronique Sablery : lueur survenue

Sablery.jpgL’œil est-il insoucieux du lieu où conduit son errance ? Véronique Sablery répond (à sa manière) comme elle évoque en ellipse ce qu’il a abandonné derrière lui. Souvent il est épuisé, mais une intuition jaillissante le redresse. C’est l’effroi à surmonter pour s’offrir à la métamorphose de la vie.

Par effet de double, de triple, se mesure le chemin parcouru. Voyant ce qu’il a traversé se sent-il apaisé ? Au moment donné de l’aujourd’hui il accepte d’un « coeur » égal qu’épreuves et joies fécondent sa pupille. Ouvert il reste la réserve d’un oui. Qu’importe le passé d’où il sort comme l’errance qui le conduit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Véronique Sablery, La Chambre antérieure», « Igda 2.0 », du 10 au 23 novembre 2017.

17:38 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

27/10/2017

Les euphémismes visuels de Marine Lanier

Lanier 2.jpgLe travail de Marine Lanier se sépare en deux parties distinctes : les plans qu’on nommera panoramiques et les plans resserrés. Les visages sont saisis par les seconds mais ils sont choisis parfois aussi pour cerner les paysages. L’artiste photographie autant son terroir que des espaces forains. Elle ne cherche jamais une vision touristique. L’objectif n’est jamais de faire décor mais par une partie qui fait le tout ou une totalité d’offrir une acuité particulière à tout ce qui se dérobe.

Lanier.jpgLe matériel imposant (chambre photographique) et sa raideur permettent le passage du détail à la vue d’ensemble. Existe autant un effet de « close up » que d’immensité selon ce que la créatrice veut exprimer et transfigurer avec un degré de distance nécessaire dans lequel l’expressionnisme jouxte l’impressionnisme.

 

Lanier 2.jpgPlans larges ou resserrés qu'importe : le sens du détail demeure présent. Les deux directions opposées se rejoignent : des chaînes de montagne aux lichens tout répond à la même exigence. La simplicité minimaliste contrarie le lyrisme par une pratique de l’euphémisme visuel. Morcelé ou non le réel se saisit par celle qui devient une géographe poète. Elle rassemble des sensations d’expériences vécues sans que pour autant elles ne s’expriment par les effets de secousses ou ondes exhibitionnistes. Tout garde une forme de rigidité habile en un condensé d’indices.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marine Lanier, « Nos feux nous appartiennent », Exposition Espace JB Genève (4 novembre – 22 décembre 2017) et publication : Editions JB Genève et Poursuite Arles avec un texte d’Emmanuelle Pagano « Grandir comme un arbre ».