gruyeresuisse

26/01/2017

Franco Fontana : attention danger


Fontana 4.jpgNé en 1933 et toujours sur le tarmac depuis 1961, Franco Fontana est considéré comme l'inventeur de « concept photographique en ligne » et reste surtout connu pour ses paysages "abstraits" en couleurs intenses. Avec sa série "Swimming Pool" il repasse une nouvelle fois du paysage au nu avec goût du jeu et par la curiosité amusée pour les "déformations" qu'il propose.

Fontana 3.jpgIl fait jouer le réel et le virtuel dans une thématique d’une présence distanciée par effet de mise en scène au moment où l’art devient un instrument d'extraction de l'apparence à partir de la forme en reliant abstraction et figuration. Par exosquelettes, la présence physique est dédoublée en image-objet : La matière corporelle devient un cristal et emblème. Les femmes se transforment en « spect- agents » dotées d'une autre vie, passive et muséale. Mais Fontana semble nous rappeler de nous méfier de l'eau qui dort et surtout de celles qui sont dedans.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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25/01/2017

Ivan Moscatelli : Dards et étants d’art

 

Moscatelli 2.jpgIvan Moscatelli, « Les Manifestants », Editions du Griffon, 45 CHF, 2017, Neuchâtel,

"Strass, paillettes, amours et calicots? Moscatelli se manifeste et manifeste", Galerie du Griffon du 10 février au 11 mars 2017. 

 

Celui qui aime à se nommer « communiste italien », dans la droite ligne d’un autre suisse Ben Vautier, joue de l’art du concept propre à Fluxus pour donner des coups de pieds dans la fourmilière romande et humaine. Ses « manifestants » poursuivent la logique de son travail. Il s’agit de secouer la passivité par la provocation et le goût des slogans comme des images fortes. Droits comme des i, ses phallus au garde à vous singent la prétention virile. Le premier degré est rehaussé vers un jeu à la fois plus drôle plus et sérieux. La comédie humaine est mise en tous ses états par les éjaculations programmatiques.

Moscatelli 6.jpgL’effet totem renvoie à une pluralité de catégories et revendications sociales, politiques ou de genres et de pratiques. Une homogénéisation à lieu au milieu de ce cortège mis sur orbite (si l’on peut dire). Les récriminations sont multiples, humoristiques, naturelles, caustiques. Elles décalent la « vulgarité » que certains pourraient regretter (à tord) dans l’incarnation de tels manifestants à dimension irénique et paradoxalement abstraite puisque, dans leur diversité, les manifestants sont plus ou moins les mêmes : on les oublie pour ne retenir que leurs messages et tablatures.

Moscatelli.png

 

 

En rien satyres ces clones célestes rappellent à l’homme le peu qu’il est. Une ( inavouable ?) communauté est proposée. Et si Moscatelli joue du membre dit viril c’est pour rendre la vie plus vive. Il ne s’agit pas d’admirer un dieu  mais de venir à bout de bien des certitudes admises.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/01/2017

Les jolis iambes de Fabienne Radi


Radi.jpgFabienne Radi, C’est quelque chose, Editions D’Autre Part, 2016

Il est des fables rurales qui cultivent le crépuscule non des champs les plus beaux mais les temps d’un même tabac. Celui des années septante dont il ne reste un certain glamour discrètement désuet (et parfois quelques dérives esthétiques douteuses). Preuve qu’il n’est pas besoin de remonter au Pentateuque pour inventer un livre de « gala »dans le sens hébreu du terme (à savoir découverte).

 

Radi 2.jpgFabienne Radi se fait une nouvelle fois callypigiste des surgeons d’œuvres transformées en mythes qui évitent le cafard. Elle explore figures, images, discours loin du pur logos et en inventant les particules fines d’une fiction mixage d’intelligence et d’émotion. Raymond Roussel n’est jamais loin, Deleuze non plus. Il y a aussi du Albert Ayler et du Pharoah Sanders. Pas besoin de pare-hures puisqu’il n’existe là jamais rien de cochon. La littérature devient une philosophie dans un boudoir champêtre. Mais sur la table de travail de l’auteure les légumes de jardin sont exclus.

 

Radi 3.jpgDehors il se pourrait que seules les vignes soient vierges. Il faut néanmoins rester circonspect sur ce fait. Fabienne reste pudique en ses jolis iambes. D’autant que l’étape horticole n’est qu’un pré-texte : l’ironie de la Mrs Bloom helvétique en fait plus à sa guise qu’à celle de ses ducs.

Ni Olympia à manette ni Hégélienne elle secoue la pensée. S’y éprouve un parfum plus de noisette que de myrrhe obolante. Nue telle A (l’incandescente voyelle de la cime d’Annapurna) et entre l’apollinien et le dionysiaque, la pensée « radiale » est une gymnastique sans tac ou toc. Elle permet de goûter bien des subtilités des arts depuis les rives du Léman jusqu’à l’oublié « Beau lac de Bâle ».

Jean-Paul Gavard-Perret