gruyeresuisse

06/12/2017

Les farces et attrapes de Jacqueline Devreux

Devreux 2.jpgPlutôt que de cultiver les constellations apaisantes Jacqueline Devreux s’amuse à ouvrir des béances érotiques sémillantes mais où s’empilent des noirceurs. Dans de dernières lueurs avant l’extinction des feux les femmes cultivent brasiers, jeux, incandescences. Ici point de repos du corps. Il ne dort pas en se couvrant d’un drap : son fleuve serpente en des lueurs propres à créer des troubles chez les insomniaques rêveurs.

Devreux.jpgLes muses en leur corps amoureux s’amusent entre elles et Jacqueline Devreux en capte les résonances. Il existe des enchantements et des farces. Des rondes étranges où se devine un sein ou une jambe. Les silhouettes illuminent les ombres, leurs cheveux emportent des soulèvements qui se renversent sans attendre le matin. Chaque œuvre reste une fête, les corps s’élèvent jusqu’à devenir énigme au gré des courbes et de leurs bordures. Les femmes appellent des clairs de lune pour se moquer des voyeurs qu’elles envahissent de leurs (im)postures en habiles traîtresses. Mais ils n’en ont cure. Même si pour se rincer l’œil un tel bain demeure problématique.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Jacqueline Devreux, « Epicerie Fine », dessins et peintures récentes, Galerie Pierre Hallet, Bruxelles, du 16 décembre 2016 au 4 février 2018.

05/12/2017

Après la guerre : la marche forcée de Marianne Maric

MARIC bon.jpgD’origine serbe, la Française Marianne Marić s'est rendue à Sarajevo pour se confronter à son histoire, celle de sa famille et d’une de ses sœurs décédée. Cette mort engendra dans la famille un lourd silence. Pour le casser l’artiste est allée à la rencontre de femmes jeunes photographiées d’abord sans visage. Peu à peu elle arrive à le montrer comme si à travers lui, la créatrice osait rappeler la disparue.

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Par ailleurs  elle mixte le portrait à tout un processus mémoriel de représentation (images et vestiges de la guerre fratricide). Implicitement tout jusque dans la nature est marqué par les blessures du conflit où la femme fut souvent réduite à un objet. D’où ce puzzle de photographies en apparence disparate mais où il s’agit de réconcilier la femme avec son image, un pays avec ses horreurs : les stigmates sont à chaque pas d’une telle marche forcée, d’un tel voyage « initiatique » où la femme devient « symptôme » du futur - preuve qu’elle reste l’avenir de l’homme..

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Chacune ressemble à une citadelle de vie face aux creux laissés par les obus et dans les lignes de défense en désuétude. Nul ne peut dire s’il s’agit désormais d’endroits bénis ou d’enfer. Les héroïne semblent néanmoins sereines et sexy là où les cerbères rodaient : même aujourd’hui il ne faut pas s’y fier. Leurs crocs demeurent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/12/2017

Pierre-Yves Freund : fonds et surfaces

Freund BON.jpgDans l’œuvre de Pierre-Yves Freund semblent se retrouver des choses laissées sur le bas côté de l’existence. Cela permet de saisir quelques éléments premiers du secret de l’intime du monde. A chaque spectateur d’en faire l’usage et l’interprétation qui lui plaira. D’autant que tout se prête au doute par la variation des échelles et des matières Tout ce qu’on peut en dire : elles ne sont pas nobles. Elles génèrent ni absurde félicité ni abus de confiance, mais sidèrent là où le travail n'a plus besoin de nier ou d'affirmer.

Freund.jpgLa seule réponse est le geste qui répond au silence du monde. Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension à percer la nuit de l'être ou du monde mais sans en donner les clés. Des surfaces hantent, s’en détachent des formes étranges de suspens, de vertige. Par elles surgit l’adhérence étroite à ce qu'il en est de soi, sur ce que l’on ignore et qui n’a pas de nom en des images aussi rupestres que mystérieuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre-Yves Freund, « Poussière blanche sur noir », texte de François Bazzoli, Photographies Olivier Perrenoud et Pierre-Yves Freund, Editions Vol d’Image. Voir le site de l’artiste.

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