gruyeresuisse

20/12/2016

De si jolis petits monstres : Julie Blackmon

Blackmon.jpgSans aucun didactisme mais avec un sens du plaisir et une préhension plus formaliste que psychologique Julie Blackmon crée un monde surréaliste par effet de réel. L’enfant y devient le rempart de l’avenir. Le tout présenté de manière ludique par une photographe capable de transformer chaque prise en tableau d'où naissent les sensations les plus diverses. La nudité enfantine n’est jamais malsaine et ne contient rien de frelaté. Elle offre une sensation vitale.

Blackmon 2.jpgLes silhouettes créent un mouvement féerique au sein du réel et du quotidien. Sobrement lyrique, décapante, baroque et décalée, chaque prise joue de la fixité ou du mouvement en ce qui est de l'ordre de l'impalpable mais aussi de la matière.

Blackmon 3.jpgL’image décompose le monde pour le recomposer dans l’espoir de la chimérique expatriation. Reste la liberté de la sensation et de l’imaginaire. Julie Blackmon métamorphose le monde dans une vision aussi ironique que douce. Il y a là des rires et des cris. Les « sonorités » de la photographie les fait « entendre » même si l’atmosphère créée impose le silence.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/12/2016

Thomas Huber et les femmes fontaines

Huber.jpgThomas Huber, « Extase », Centre Culturel Suisse de Paris, du 21 janvier au 2 avril 2017, livre « Trésor irrévérencieux », et « A l’horizon », Galerie Louis Carré, du 20 janvier au 25 février 2017.

Pour la première fois Thomas Huber propose une exposition entièrement réalisée in situ, composée de dessins, d’aquarelles et de grandes peintures murales. La configuration picturale ne se détourne ici jamais d’éros. Il en devient le fondement multiple et un pour une expansion du monde.

Huber 2.jpgRefusant de se soumettre à cette incoercible "absence de rapports" (Beckett) entre l’art et le corps. Eros se décline sous diverses métaphores qui ne méprisent pas toute tendance réaliste. L’éros est offert selon des traces libérées des contraintes spécifiques de la spatialité picturale admise. Mais la littéralité est remplacée par des dérives hallucinatoires et humoristiques. Les lieux communs sont détournés en divers écoulements où la surcharge baroque garde un rôle à jouer pour l’exaltation de la jouissance où la femme devient fontaine. De jouvence. Le regardeur a parfois l'impression de se situer non devant, mais dedans loin du chemin du retour à la vieille naïveté comme à l’illusion de vivre en pays conquis.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/12/2016

Corinne Borgnet : le temps qu’il fait


Borgnet.jpgIl faut se méfier des chausse-trappes que Corinne Borgnet propose au sein de ses vanités : elles changent totalement de profil par rapport à leur genre historiquement normé. L’artiste s’en amuse avec sérieux en tressant de fausses louanges à nos fétiches ou en les réduisant en « petits Mickeys ». Tout se débride se désentrave en un travail indépendant qui prouve une grande puissance de l’imaginaire là où sous la sexualité rôde une « terrariophilie ». Elle pousse autant au rire qu’à la réflexion, la méditation, la rêverie, l’amour sans que tous ces éléments soient incompatibles.

Borgnet 2.JPGSi bien que les « Ego Factory » de Corinne Borgnet n’ont rien à voir avec celles de Ben. Et son ou sa « Cure » (en hommage au groupe des 80’comme à la psychanalyse) propose une réflexion critique sur les objets, codes et genres. L’autoportrait de l’artiste est par exemple fait de deux chaussures en jachère surmontées de deux globes oculaires. Quant aux travailleuses vouées à la production de masse elles sont présentées nues, glabres, anonymes. La nudité ne suggère pas le désir mais l’effacement des corps.

 

Borgniet 3.jpgLe monde oscille entre le trash et l’enchantement. Poétique, ludique, l’œuvre est clairement politique : le corps peut s’y résumer à un « post it ». De « glamoureux » il devient spectral, « morgue-anatique ». Certes le désir existe, mais il se réduit au mieux à un gadget sex-toy. Reste néanmoins sous le pessimisme tendresse et espérance. Les femmes zombies qui sont sorties de leurs souliers de luxe peuvent ouvrir un opinant Opinel pour larguer les amarres et redevenir louves nées de l’espace. Sortant de leurs geôles bientôt elles n’auront pas besoin d’ascenseurs pour s’envoyer en l’air.

Jean-Paul Gavard-Perret

*Voir : http://www.corineborgnet.com/