gruyeresuisse

04/06/2020

"Que faites-vous quand vous ne faites rien ?" ou comment rester dans le bain

Bains.jpgCollectif, "Que faites-vous quand vous ne faites rien ?", Centre de la Photographie de Genève, juin 2020.

 

Comme une grande partie du monde, à partir de mi-mars 2020, Le Centre de la photographie Genève dut fermer ses portes, avec des décisions rapides et soudaines à prendre. En effet, le Centre n’a pas de raison d’être sans le public et les artistes et ses responsables ont navigué à vue pendant de nombreuses semaines, avec bien des doutes et des incertitudes.

Bains 2.jpg

La sidération passée, il a invité des photographes de la région de l’arc lémanique qui se retrouvaient sans commandes et des artistes d’ailleurs à présenter leurs clichés pris durant le confinement. Ce projet a reçu un large écho et plus d'une quarantaine de créateurs ont répondu dont Jean-Daniel Meyer, Nicolas Haeni, Andrej Derkovic, Vincent Calmel, Pascal Kober, Christine Rambaud, Stéphanie Probst, Samir, Régis Golay, Jules Spinatsch, Jean-Jacques Kissling, Delphine Besse.

Bains 3.jpgChacun  a cultivé une théâtralité très particulière. Et les artistes ont prouvé qu'ils possédaient le sens à la fois de l’espace du dehors comme du dedans selon leurs sensations face au confinement au sein d’une "picturalité" campagnarde, urbaine ou plus allégorique et selon diverses traditions. La réalité se mêle souvent au rêve non sans humour en un éther nonsensique mais tout autant symbolique. Le spectateur est entraîné dans des univers où la chimère rôde encore même si parfois le doute est permis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabel Pillet : in vino veritas

Pillet.jpgIsabel Pillet, "Expressions vineuses", Photographies, Galerie Syndrome Artistique, Lausanne, du 21 janvier au 30 juin 2020.

Fidèle à son autre regard sur l'art, la galerie Syndrome Artistique propose les photographies "abstraites" mais chevillées sur le réel d'Isabel Pillet. Le macrocosme et le microcosme se rassemblent presque naturellement dans un travail d'exploration à partir de ressources simples - ici des liquides et leurs contenants - dans une concentration non sur ce qu'ils sont mais les détails qui les métamorphosent en univers étrange.

Pillet 3.jpgLes sujets qui attirent la créatrice sont la nature, les plantes, les fleurs, les animaux, ainsi que l’architecture, les maisons, les constructions. Elle les "pense" en images comme ici elle retient le jeu du vin dans des moments fugitifs. Surgissent des espaces étranges. Ils deviennent des demeures de hantises et de méditations dont l'"abstraction" développe un volume de reconstruction d'une présence inattendue.

Pillet 2.jpgLa vinification crée - telle que l'artiste la saisit - diverses courbures dans une poésie prégnante, originale. Isabel Pillet transforme l'apparence du "corps" du vin là où les limites entre l’extérieur et l’intérieur, le contenant et le contenu poussent à conquérir de l'impensé et de l'invisible. Ce qui devient palpable par les formes ouvre un monde étrange là où la photographie est certes expérimentale mais où la cérébralité presque inconsciente de l'art ne sacrifie en rien à l'émotion qu'il doit susciter.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/06/2020

Gérald Poussin : les nids déconfinés

 

 

Poussin.pngGérald Poussin, Espace Richterbuxtorf, Lausanne, du 4 au 26 juin 2020.

L'Espace Richterbuxtorf défend les artistes plasticiens dont la démarche s’écarte des voies institutionnelles habituelles. Le "vieux gamin", l'artiste de Carouge, Gérald Poussin est celui qui rouvre le lieu après le confinement. Se moquant autant de l’impureté du zoo qui nous habite que de la caserne de notre prétendue pureté, l'artiste crée ou transfère le paroxysme de l’idéal à l’abîme animalier drolatique.

Poussin 2.pngDestiné à suivre les traces de son père et de son grand-père comme chauffagiste, après avoir gribouillé depuis toujours des dessins sur ses cahiers d'écolier, il quitte Genève et part à Paris avec quelques dessins d’humour sous le bras. Très vite il va travailler pour Hara Kiri, Charlie Mensuel, Le Nouvel Observateur, Libération, etc.. Après avoir créé  des films d’animation dans les années 70, il se lance dans la BD en 1979 et publie de petits chefs d'oeuvres : "Tendance débile", "Papiers gras" , "Les aventures de Buddy et Flappo" et "Le clan cervelas"dans le décennie 80.

Poussin 3.jpgIl s’associe ensuite avec l’architecte Geneviève Cuénod et réalise entre autre une peinture murale monumentale (24x13 m.) à La Jonction "Voyez chez les voisins". Il devient un véritable artiste de pointe en Suisse et dans le monde. Dès 1991 le Swiss Institute de New York lui consacre une grande rétrospective. L'Espace Richterbuxtorf permet de retrouver ses assemblages délirants et colorés qui accentuent en rien notre dépense en carbone et notre surplus libidineux. Bref ses oeuvres ne cessent de dépoter. Grand pied nous fasse.

Jean-Paul Gavard-Perret