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29/01/2021

René Groebli et l'intimité du désir 

Groebli bon.jpgInterrompue par la crise du coronavirus., l’exposition de René Groebli, "The Magic Eye". Cependant, elle peut être visible en 3D sur le Net. Dès la réouverture de la galerie, l’exposition sera reprise avec l’ajout de quelques nouvelles oeuvres. Toutes deviennent un miroir dans lequel nous sommes invités pour nous rappeler nos propres expériences. Et ce, lorsque l'émotion du désir dévore les mots et les ombres.

 
Groebli.jpgL'actuelle vision de l'oeuvre sur le site s'ouvre avec la photographie «Lying Nude» (1952). Elle fut prise pendant la lune de miel de Groebli avec sa femme Rita dans une chambre d’hôtel à Paris. Ils s’y étaient isolés pendant trois jours et témoigne de la l’intimité et la proximité des amoureux dans leurs cérémonies et pratiques nuptiales.  Cette suggestion érotique momentanée s'étend sur toute l'oeuvre du photographe.
 
 
Groebli 2.jpgEt peu à peu le nu est devenu une des marques de fabrique d'un corpus retenu très vite dans l’exposition avant-gardiste d’Edward Steichen "The Family of Man" au MOMA de New York. Le nu est pour le crateur suisse une vision autorisée sur l'intime et sa liberté sensuelle loin des tabous.  Le plaisir deviné dans de telles prises n'est pas plus "scandaleux" que l’amour et la familiarité entre deux êtres. Les clichés de l'exposition suffisent pour exprimer le désir de l'image à l'image de l'amour qu'elle n'apprivoise pas mais laisse vivre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

René Groebli, "The Eye of Love", Pour faire la visite en 3D de l’exposition en cours dans la galerie: THE MAGIC EYE, Bildhalle,  Zurich, www.bildhalle.ch

28/01/2021

Les énigmes à décrypter de Giacomo Santiago Rogado

Rogado.jpgGiacomo Santiago Rogado, «Anfang von etwas» ('Le début de quelque chose) , Galerie Mark Müller, Zurich  et Städtische Galerie Delmenhorst, à partir du 29 janvier 2021.

 
Fidèle à la tradition de l’Op Art, l'artiste de Lucerne Giacomo Santiago Rogado peint avec audace des compositions géométriques destinées à contenir des illusions visuelles complexes. Surgissent des hypothèses et des éventualités dans un travail sans cesse en mouvement qui ne propose pas de cristalliser une théorie mais s’invente au fur et à mesure de la production de l'artiste.
 
Rogado 2.jpgBien que techniquement impeccables et tranchants, les tableaux de triangles, de grilles et de barres de Rogado jouent des rythmes dynamiques devant le spectateur, donnant souvent des illusions de profondeur et de dissolution sur une observation prolongée. Il s’agit en effet de retarder le premier coup d’œil le plus longtemps possible, dit l'artiste. Le retarder pour qu'il se transforme à une contemplation qui peut faire entrer le regardeur à un état de préhension absolue.
 
Rogado 3.jpgLe secret vient une fois de plus affirmer son autorité dans  de telles peintures. L'artiste nous rend semblables au jeune Igitur de Mallarmé descendant dans “ le caveau des siens ” pour y trouver de l'inconnu.  A partir de là le voyeur saisit un monde qui échappe à l'univers des fantasmes.  Il est là où les ombres passent et disparaissent. Comme un animal il cherche leurs cachettes au moment où l'artiste pratique le registre de la suggestion. L'œuvre rend compte de la puissance de la vie et vient troubler les certitudes. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

25/01/2021

A l'épreuve du jour : Moritz Herzog

Herzog.jpgMoritz Herzog, "Chambre jaune", Gisèle Linder, Bâle, du 23 janvier au 3 mars 2021.

Qui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie  ici une forme de hantise de l'air dans des espaces en effacement. L’arbre n’est plus le totem phallique. Non qu'une végétation l’habille mais parce qu'il devient une présence au silence d'un  monde dont il devient le symbole. Nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps.

 
Son existence trouve là un autre rôle. Quelque chose se conjugue entre lui et ce qui l'entoure en une lente infusion et un transfert propres à modifier nos axes de référence. La photo devient le corrigé du temps plus ou moins revenant au moment où l'arbre représente un manque et un accomplissement.  
 
Herzog 3.jpgMoritz Herzog trouve là un moyen de pousser plus avant sa recherche photographique. Il quitte un certain confort technique pour s'aventurer vers le rempart d'un monde premier au sein de silhouettes affolées de silence qui brisent le ciel lui-même brouillé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret