gruyeresuisse

31/12/2017

Mandla Reuter : enveloppes et (en)voyeur

Reuter Bon.jpgMandla Reuter, Galerie Mezzanin, Genève, du 18 janvier au 17 mars 2018.

Mandla Reuter (né en Afrique du Sud et travaillant à Berlin) s’est fait connaître avec « Atlantis » (2016), sculpture composée d’un grand ballon gonflable utilisé par les archéologues-plongeurs pour ramener à la surface le résultat de leurs fouilles. Ce ballon possède une valeur poétique afin de signifier que toute œuvre d’art a pour fonction de ramener au jour ce qui est caché, perdu, oublié. Reuter 2.pngTelle une baleine échouée l’œuvre peut accoucher d’un Jonas riche d’un obscur passé. Auparavant il avait présenté à la Kunsthalle de Bâle, « The Shell » projection en boucle d’un plan fixe sur une sculpture en coquillage - élément de la fontaine de Trevi. Pour « Fountain » il fit le choix transporter 5000 litres d’eau provenant de la véritable fontaine romaine afin de proposer métaphoriquement et de manière aporique la puissance d’un rêve de monument, d’architecture, d’histoire et de cinéma. Et ce dans la forme minimale d’un contenant industriel…

Reuter.pngL’aspect spectaculaire de l’éclat et de l’évidence est donc toujours diffracté. Mandla Reuter préfère par ses montages proposer de traces d’un lieu dont l’existence reste incertaine. D’où le sentiment de vide programmé non sans humour et selon l’étude ou le montage de divers système. Ils sont propres à créer des doutes et des incertitudes en des interrogations qui demeurent toujours à plusieurs entrées. La notion d’enveloppe y est souvent traitée de diverses manières car elle est le symbole de ce qu’elle induit mais qu’elle cache encore. C’est ce secret que l’artiste développe paradoxalement en un processus de dématérialisation de ce qui nous entoure là où tout oscille entre document et fiction

Jean-Paul Gavard-Perret

30/12/2017

Anouck Everaere : territoires, cartes et "clandestinées"

 Qui.jpg« Là d’où tu viens » est une série où Anouck Everaere part à sa propre recherche. C'est l'impossible qui lui fait mal et elle tente de retrouver temps et lieux à travers ce qui fuit. D’où sa recherche des autres : ceux qui la touchent auxquels elle pose - pour la scénariser - la question générique de la série. Leur réponse est donnée par leur « territoire » ou ses traces. L’artiste offre ce qu’elle nomme une « carte anthropomorphique » à travers des corps anonymes en des lieux banaux et dans lesquels leur visage devient une cartographie en marge. Les photographies argentiques couleurs sont scannées pour mettre inventer des montages drôles ou de drôles de montage entre quotidien et poésie.

Qui 3.jpgPrise de nombreux coins de France, de Belgique, d’Ecosse et d’ailleurs chaque photographie illustre combien plus l’artiste avance dans sa démarche plus elle se sent en vie. L'urgence la dépêche. Si elle veut la lenteur c'est pour demain. Elle crée toujours pour les mêmes causes et les mêmes raisons. Le regardeur voyage vers l'intérieur de ce questionnement. Le visage ouvre sa « clandestinée » par un tel montage où l’absurdité apparente devient effet de vérité au-delà du réel.

Qui 2.jpgL’œuvre se transforme en tendre matrice et chaudron de sorcière entre accords et désaccords par ce chantier en perpétuelle gestation. Il viole l'indicible, se moque des chastetés intelligibles. Les inserts « figuraux » remontent comme autant d’aveu. Leurs sous-jacences emportent dans leurs remous. La photographie ne mûrit pas les fantasmes, elle fait mieux. Elle les métamorphose dans des propositions phosphorescentes afin de nous faire aller plus loin par delà l’obscur là où le masque devient signe.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/12/2017

Le trouble des spectres– Paolo Roversi

 Roversi.jpgLe travail de Paolo Roversi peut se rapprocher de celui d’un Newton et d’un Peter Kemp. Mais le problème de l’identité s’y pose plus intensément en un dévoilement aussi raffiné que trash. L’érotisme de l’artiste crée une perspective dégagée du simple voyeurisme. Car le regard n’en vient pas à bout. Un lien existe entre le sujet vu et celui qui le regarde. Mais cette connexion ne se prête pas à une lecture immédiate.

 

 

 

Roversi 2.jpgLe corps photographié est sans doute désirable. Mais l’approche du « miroir »- contrairement à ce qui se passe dans la peinture - suscite le soupçon. S’y devine le spectre fardé d’un autre qui n’est pas. Des Méduse et Blanche-Neige ressuscitent comme ce fut un moment de la peinture lorsque pour la première fois un peintre florentin y dessina un reflet avant d’être emporté dans le courant.

 

 

Roversi 3.jpgIl convient de chercher l’ombre du miroir sous l’image. Chaque femme abrite un silence dont l’écho la suit. Elle l’offre là où Roversi crée parfois des biffures. Le masque à lui seul reste peut-être miroir, mais sans ce dernier comment le savoir ? Si bien que la photographie devient la vision remisée et l’aveu contrarié. C’est pourquoi on devrait recouvrir les miroirs comme on voile le corps. Afin que le temps ne glisse plus dessus, qu’il se retienne comme un désir. Voir alors qu’elle effet cela provoque et comment on peut alors masquer l’aveu. Plus besoin de tourner le dos comme un fantôme lui-même gagnerait sa fuite.

Jean-Paul Gavard-Perret

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