gruyeresuisse

02/03/2017

Etienne Krähenbühl : démesure de l’élan

Krahenbuhl.jpgEtienne Krähenbühl, « Le parc habité - Gravité Incertaine », La Villa Dutoit, Genève, 23 septembre 2016 au 18 juin 2017.

Le sculpteur vaudois Etienne Krähenbühl crée une œuvre minimaliste qui entre délicatesse et monumentalité brute joue sur l’élévation et le tellurique. Existe une démesure de l’élan tendre et violent où se dresse l’inattendu là où le fond est touché à contre ciel. Un étrange voyage au sein des formes abstraites et de la matière se produit.

Krahenbuhl 2.pngL’artiste impose son ordre fait d’assemblages énigmatiques. Ils favorisent les rencontres, les apparitions et, par-dessus tout, des coïncidences - manifestation de sa subjectivité qui ne collent pas au réel. Elles sont conçues comme un journal du regard, plongent leurs racines dans la psyché de l’artiste et semblent les fragments d’un récit naufragé. Les œuvres pénètrent le jardin loin de tout caractère illustratif. Elles mettent à jour de mystérieuses connections entre le présent et le passé, entre le réel et sa « fiction ».

Jean-Paul Gavard-Perret

01/03/2017

Franckie Vega & Amaury Grisel : sacralisation paradoxale de l’éros

 

Bondage.jpgFranckie Vega & Amaury Grisel, "L'Aquarium", photographies, Galerie Humus, Lausanne, du vendredi 3 mars au samedi 18 mars dans le cadre de « La fête du slip » de Lausanne.

Bondage3.pngPlutôt que de quitter l’art, avec le bondage, il s'agit d'imaginer des images de feu, de signes, des formes, d’effigies issues de bien des genèses et des chaos. Franckie Vega & Amaury Grisel créent ainsi des imageries mystérieuses et archaïques.  Venues à l'origine d'une imagerie extrême-orientale, elles « parlent » le conscient et l'inconscient non plus "envoutés" mais paradoxalement soudain libres selon des basculements et des mondes intermédiaires. Cet univers en suspension peut surprendre un œil non averti.

Bondage 2.pngBeauté, spiritualité, simplicité, merveilleux, violence, fragilité, impermanence du monde et de l'humain se créent  dans des équilibres qui s’opposent aux mouvements incessants et permanents du réel. Un tel art recentre le monde et le moi par référence aux axes du monde et à l'obsession des sociétés tribales et archaïques du mandala, des quatre directions et du centre. Lieu où l'on voyage et communique avec les esprits des ancêtres et les mondes souterrains et célestes.
Déséquilibre, zone de fracture et rupture permettent la transe et la métamorphose loin de la utilité évanescente contemporaine tragi-comique et mortifère. Face aux structures sociales qui enferment les individus dans des rêves stupides et médiocres, le bondage paradoxalement donne au corps sous effet de contrainte un jaillissement de la libido et une liberté.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/02/2017

Sonia Kacem : habiter le monde

Kacem.jpgSonia Kacem, « Carcasse », Centre Culturel Suisse, Paris, du 4 mars au 2 avril 2017


Seules des structures de bois et de métal délimitent l’univers - sans totalement en remplir le « vide » - que propose à Paris la Genevoise Sonia Kacem. De couleurs troublantes proches de la carnation humaine et nommées selon des prénoms, ces « carcasses » deviennent d’étranges « personnages ». L'artiste crée une forme d’apparition paradoxale, de présence en creux. L’image crée ni la possession carnassière des apparences, ni la mimesis dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable.

Kacem 2.jpgL'ébranlement du regard réclamé à cette très vieille chose qu'est l'Art passe ici par des structures qui jouent du dedans et du dehors. Surgit un cérémonial hallucinatoire et dérisoire. L'imaginaire trouve la possibilité de faire émerger non une simple image au sens pictural du terme mais à une interrogation fondamentale sur l'art et l'existence à travers ce qui devient l'image de rien et de personne. La négation que l'artiste expérimente n’est donc qu’apparente. De tels « squelettes » créent de l'exprimable pur par la mise en abyme du réel.

Jean-Paul Gavard-Perret