gruyeresuisse

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/01/2018

Michael Hilsman s'amuse

Hisman bon 2.jpgMichael Hilsman, "New Pictures", Galerie Sébastien Bertrand, Genève, à partir du 23 janvier 2018.

Tout en préservant ses invariants symboliques (formes phalliques et rotondités) Michael Hilsman fonce désormais vers une figuration de plus en plus marquée. Mais la théocratie de cette dernière est revisitée par une vision surréaliste.

L'artiste semble s'amuser en revisitant les souverains poncifs entre autres du portrait et de la nature morte. Les vieux genres se mettent à prospérer de manière drôle et paroxystique. Le portrait par exemple est partiellement et volontairement "raté" par confusion des plans au moment où la nature morte semble redevenir vivante : le poisson n'y est plus noyé.

Hisman bon 3.jpgMichael Hilsman ramène la peinture à un bouillon de culture. Elle crée autant du connu que de l'inconnu afin d'inventer de nouveaux rapports par tout un jeu ironique de manipulation des limites sans le moindre retour au dogmatisme de la représentation et de ses règles. L'artiste a compris que la déconstruction n'avait plus rien à déconstruire. Il convient de passer à quelque chose de plus sérieux : le jeu.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/01/2018

Les affinités électives de Li Hui

Li hui 1.jpgLa photographe chinoise Li Hui crée un univers diaphane et doux. Tout reste de l'ordre de la suggestion et de l'effluve. L'érotisme est plus éthéré que léger. La porosité de l'indicible se feuillette parfois d'un jeu de strates. Le romantisme plane dans les poses et les lumières rasantes propres à donner une certaine image de rêve de l'amour pacifié et du corps lui-même apaisé, détendu.

Li Hui bon.jpgLa photographe cultive la perfection de l’intime en faisant sauter les verrous du regard mais juste ce qu’il faut. Le désir est suggéré sous forme d’état naissant au sein de cocons. La féminité reste une fleur vivante sous l’éclat de flammèches et d'auras. Elles croissent et se multiplient non sans humour ou délicatesse.

Li hui bon 2.jpgL’intime comme "l’extime" reste décalé. La « parure » est autant un frêle bouclier qu’une métaphore loin des idéologies du marivaudage. Insidieusement et à travers ses esquisses le pubis incarne l'unité perdue. S'"image" le lieu où tout recommence dans un floconnement vaporeux. Un envol parfois strie l'espace sans altérer le vivier des possibles. Un ordre inédit s'organise dans le jardin des délices et en divers blasons.

Jean-Paul Gavard-Perret

Li Hui, « No words from above », Huiuh editions, 72 p., 35 $