gruyeresuisse

20/11/2018

André Kasper : farces et attrapes

Kasper.JPGAndré Kasper, « peinture fraîche », Galerie Humus, Lausanne, du 30 novembre 2018 au 18 février 2019

André Kasper ne renonce en rien à ses longues déambulations. Mais pour son exposition chez Humus il a créé de petits formats : « ça me change, et en fait il est très stimulant de mettre en place une scène en quelques coups de brosse, sans ces heures d'enduit » voire d’ennui. Bref l’artiste feint le quasi-dilettantisme.

 

 

 

Kasper 2.JPGQu’on ne s’y trompe pas toutefois : Kasper retient et détourne l’essence des narrations picturales. Plutôt que de redéfinir ou de faire le point sur l’état de la peinture il le réinvente en des sortes de voyages mémoriels mais où l’histoire de l’art possède bien des trous (que le peintre est prêt à combler). A l’aide d’œuvres anciennes et de « choses vues » il dresse une symbiose entre son langage et divers contextes.

Kasper 3.JPGL’humour est là. Mais c’est chaque fois pour un double effet pervers : montrer ce que la peinture feint de cacher sous feinte de chasteté. Pour autant Kasper n’en fait pas une doxa. Nulle prétention dans ses revues de détails qui remettent non « les » mais « la » chose à sa place centrale. Qu’on le veuille ou non, elle permet au discours et à la vie de la peinture de se poursuivre au sein de ce qui est pris pour un labyrinthe optique mais qui permet de s’inscrire en faux contre l’idée que « l’art d’aimer reste introuvable ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/11/2018

Melanie Manchot : celle qui ne l'est pas

 

Manchot 3.jpgLes photographies de Melanie Manchot possèdent une nature particulière. Non seulement par l'éclat sourd de ses formes et surtout de ses couleurs mais grâce à leurs murmures et leurs exigences. L’artiste  cultive l'intensité au sein de ses narrations sous forme  de caresses, d'évocations discrètes. Des êtres y apparaissent, lascifs ou presque, au milieu des objets. Mais la photographe sort le monde des brumes.  Cela prend le cœur ou et surtout les sens.

Manchot.jpgNéanmoins Mélanie Manchot cherche avant tout à capter l’insaisissable. Elle ne se veut pas créatrice de style mais de langage et vitalise certaines amours. La texture en est lisible dans tous ses possibles. L’émotion est sublimée sans lyrisme là où les injonctions de lumière laissent apparaître un univers ouvert par des formes insoupçonnées.

Manchot 2.jpgChaque portrait est une approche, une attente. En émerge une montée par amorce de l’ouvert. Melanie Manchot plonge dans le monde muet de l’injonction. Une interrogation demeure puisque se retrouve un monde de la présence et de la gestation au sein de divers lieux, de Moscou à Londres - mais ce ne sont là que deux des repères de la photographe. Elle sait qu’il ne faut pas chercher dans ses prises le rapprochement d'un "original" mais  trouver sa mutation.  Elle sait aussi que seule une "beauté"  de tous les jours doit nous l’indiquer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/11/2018

Bettina Rheims : gourmandes et autres pécheresses

Rheims.jpgBettina Rheims, Galerie Xippas, du 17 novembre 2018 au 12 janvier 2019.

 

Les femmes de Bettina Rheins ont une pulpe de fruit dans lequel on aimerait mordre. Mais telles que la photographe les saisit c’est elle qui se font louves. Mieux vaut donc réviser les désirs. Toutes possèdent une étrangeté qui se dessine dans leur langage muet et corporel au sein de narrations en dérive. Existe un trouble au sein d’un potentiel extatique mais qui dépasse toujours le voyeur.

Rheims 2.jpgChaque femme joue du charme, feint un geste de recevoir, les lèvres ouvertes pour mieux inspirer. Mais elles ne sont en rien de humbles amantes prêtes à l’enlacement et l’extase. Leur ingénuité est celle d’actrices expérimentées. Comme saisies sur le vif en dépit des poses, leurs photos figées au milieu d’un geste crée un suspens qui met le regardeur en quasi état neurovégétatif.

Rheims 3.jpgUne part de tels modèles semble mécanique : c’est un équilibre entre ne pas vouloir et vouloir mais méfions nous des pièges lorsque Bettina Rheims est à la manoeuvre. Elle étourdit les enigmes qu’elle fourbit. Et même lorsque ses héroïnes semblent nostalgiques c’est bien le regardeur qui  paraît avoir perdu quelque chose. Mais il ne sait ni quoi, ni quand, ni comment.

Jean-Paul Gavard-Perret