gruyeresuisse

06/05/2018

Luo Mingjun : croire entrevoir

Mingjun 3.jpgLuo Mingjun «En scène», Galerie Gisèle Linder, Bâle, 28 mai – 14 juillet 2018.

Pour sa nouvelle exposition à la galerie Gisèle Linder, Luo Mingjun revient au dessin. Elle renonce à la plume, l’encre et le crayon pour le fusain. L’avantage de cette matière est la malléabilité. Elle permet une grande mobilité de la main et un déplacement de l’énergie créatrice. Les œuvres deviennent plus grandes et leur taille montre combien l’artiste ose s’abandonner à une liberté nouvelle.

Mingjun bon.jpgElle n’obéit plus à un certain impératif de reproduction. Luo Mingjun ose jouer avec elle-même, son autobiographie selon de nouvelles arborescences comme pour le portrait de sa classe ou celle de sa famille avec Mao au milieu. Existent de l’humour, de la gravité. La noirceur du fusain permet en plus d’attirer une lumière particulière où jouent divers brouillages qui font de la clarté une substance équivoque.

Mingjun.jpgL’artiste joue avec subtilité et drôlerie d’un mélange de positif et de négatif. Existe une sorte de sérénité dans les neuf scénographies d’une famille chinoise au moment ou au fusain fait place l’aquarelle. Quelques peintures complètent l’ensemble dans ce qui tient d’une sorte de dissolution où se mêlent la vie et son interprétation afin d’atteindre cette "chose authentique" qu’Henry James demandait à l’art.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/05/2018

Les chambres noires de Jean-Paul Blais (Aperti 2018, Lausanne)

blais.jpgJean-Paul Blais vit et travaille à Lausanne où il poursuit un creusement contemplatif dans le noir en un prolongement de disciplines qui font de l’artiste un héritier de Degottex et Soulages. C’est là tout un travail d’entomologiste pour la révélation d’une beauté par effet de surfaces travaillées sur le bois selon une technique personnelle en perpétuelle évolution.

 

 

Blais 3.jpg
Par effet de peau satiné et saturée de noir, jaillissent des mystères. Ils appartiennent autant à la matière enduite et travaillée, à la biologie et ses labyrinthes psychiques dont des dédales saillissent en relief. Dans des effets de couches la mécanique de l’art répond à un besoin d’absolu et de mystique que les motifs simples en creux et bosses sur des gabarits de bois soulignent. Apparaissent des  profondeurs tactiles et un profond silence là où un géométrisme souple crée un lyrisme dans des chambres noires à diverses couches de peintures et au profil particulier.

Blais 2.jpgSérigraphies, pochoirs, sculptures créent un univers nocturne mais dans lequel le noir est une lumière. Celles d’entrailles vives qui jaillissent dans les interstices de cette peinture en relief et de haute facture et dont l’effet de peau incite à la caresse. Celle-ci rêve d'épouser  divers passages, creux et pleins, déliés et doubles fonds. Preuve que la métaphysique est d’abord affaire de sensualité. Tout comme la mémoire reste une question de matière.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:38 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Giacometti, Bacon : confrontation communicante

Bacon.jpgL’exposition de la fondation Beyeler et le livre qui l’accompagne montrent la confrontation communicante qui existe entre les œuvres de deux artiste icônes du XXème siècle : Bacon et Giacometti. Les deux créateurs semblent fascinés par des visions morbides, la destruction et la violence. Mais l'horreur si elle est bien là est d’un autre ordre que réaliste : elle est quasi métaphysique.

CBacon 2.pnghez Giacometti l’homme est réduit à un spectre, chez Bacon à des flaques de chair, des charognes Mais néanmoins les deux artistes ne jouent pas avec l'exhibitionnisme. Existe quasiment une sorte de paradoxale joie salvatrice.

Bacon 3.pngPlus que par la thématique foncièrement violente, la question d'être ou ne pas être torture les corps, jaillit des formes chez l’un et des couleurs chez l’autre. Chacun fait preuve d'une énergie afin de lutter contre l'atrophie mentale par la dégradation physique. C'est là sans doute le paradoxe et la force insubmersible et subversive de telles oeuvres.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Bacon Giacometti », Ed. Catherine Grenier, Ulf Küster, Michael Peppiatt, Berlin, 204 p., 55 E., 2018. Exposition Fondation Beyeler, Bâle du 25 mars au 2 septembre 2018