gruyeresuisse

29/07/2017

Francesca Magnani : vues du pont

Magnani.jpgLe pont suspendu de Willamsburg reste un des plus célèbres ponts de New-York et fut longtemps le plus long du monde. Il permet de franchir l’East River pour relier Manhattan à Brooklyn par Willamsburg qui fut jadis le quartier des juifs polonais et de l’Europe de l’Est. Ce lieu cher à I. B. Singer est désormais cosmopolite : y demeurent encore des familles juives orthodoxes mais elles se perdent désormais au sein d’autres communautés.

Magnani 2.jpgFrancesca Magnani a saisi cette diversité en se postant sur le tablier du pont. Elle n’a pas cherché à en offrir une vision spectaculaire. Bien au contraire. Elle s’intéresse à ceux qui le franchissent. La radicalité des prises est sans apprêts ou apparats afin que la vie émerge tels qu’elle est au milieu des hommes pressés ou des badauds, des amoureux ou des joggers, des frimeurs ou de celles et ceux qui semblent fuir le regard de la photographe. Ils passent, avancent souvent surpris : pas question pour la photographe de les ajuster. Parfois même elle ne peut saisir que le gouffre des intervalles qui existent entre eux. C’est comme une suite de tableaux solitaires se jouant à plusieurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.francescamagnani.com

 

René Groebli roi de Provence

Groebli 2.jpgLe « Festival des Nuits Photographiques de Pierrevert » - village des Alpes-de-Haute-Provence avec ses douze expositions dans lieux publics, chapelles et caves viticoles - a pour parrain cette année René Groebli. Manière de redonner au photographe suisse toute son importance.

Mêlant l’éphémère, l’intime, le sensuel l’intemporel, René Groebli reste un créateur original qui a su créer un formalisme éloigné de l’école documentariste américaine. Sa poésie est bien différente.

 

groebli 3.jpgEn dépit du caractère intimiste de son travail il reste moins le photographe des êtres que celui de leur perception. Avec un regard de peintre, par effet de surface il sait isoler les détails qui permettent de voir ce qui se cache derrière les apparences avec précision et évanescence.

Ses photographies se dégagent du décor pour créer un dialogue entre le sujet et celui qui le capte. Mais le regardeur se sent plus témoin que voyeur. La cristallisation de l’émotion passe du côté des murs à celui des êtres. Ils ne sont pas idéalisés mais trouve une vérité consubstantielle au créateur lui-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/07/2017

Lucy Einna : flexions et extensions

Einna.jpgCeux qui se disent photographes répondent souvent à une sorte d'utilitarisme en fournissant notre société en images qui répondent à un “objectivisme” philosophique à la mode. Ils laissent le monde aussi désolé et convenu en leur praxis communicationnelle et l'enrobe sous forme de discours savants. Ils se défendent souvent en disant se libérer de formes anciennes et périmées. Voire... Einna 3.jpgA l’inverse Lucy Einna sait que pour être "neuve" la photographie n'a pas forcément besoin de célébrer l'avènement d'une nouvelle galaxie. Cette conception est un pur fantasme qui fait retomber dans le goût du simulacre et un formalisme légiférant et décidant de tout.

Lucy Einna préfère s’attacher aux “choses” simples : son propre corps ou des paysages en déliquescence et parfois lugubres mais qu’elle rehausse de couleurs. A travers de telles prises elle prouve qu'une extension de la photographie reste toujours possible. Ses oeuvres ne sont pas des “objets” sans aspérités ni surprises mais elles sont là pour faire parler le silence. Les marques du débordement, du franchissement restent nombreuses mais discrètes. Einna 4.jpgElles saisissent en créant des transformations d’essence plastique (postures, couleurs, compositions) sans pour autant tomber en un pur formalisme. A bout portant le corps en cette extrême aimantation appelle respect et retrait. Tendu ou replié il modèle une forme d’immatérialité et presque une abstraction confondante. Plus qu’épice visuel il devient vertige, interrogation dont la belle captive émerge ou se retire. Comme elle le fait du monde pour en extraire des reliques.

Jean-Paul Gavard-Perret