gruyeresuisse

04/11/2019

Thieri Foulc : étrange rumba du pinceau et du rire

Foulc.pngThieri Foulc est autant érudit qu'iconoclaste. Les plus sérieux parmi nous se reporteront aux travaux de recherche de celui qui fut le "Provéditeur-Editeur Général du Collège de Pataphysique". Pour les autres, et afin  d'apprécier le natif de Tataouine, il suffira de se reporter au livre de la collection "Ecrits d'artistes" même si ceux du créateur dépassent cette dénomination.

 

Foulc bon.jpgEn effet il s'agit plutôt d'un "écrit-artiste" : l'auteur y troque le pinceau, la brosse et autres ustensiles pour le crayon ou le stylo à billes. Existent donc des projets de non-tableaux, des esquisses descriptives parfois accompagnées de schémas sommaires, des traitements neufs de motifs éculés, etc..

 

 

 

 

 

Foulc 3.jpgL'humour pince sans rire de "l'artiste" donne à l'imaginaire créatif plusieurs types de plongeons dans le vide. Il est d'ailleurs question de plongeoir dans ce livre puisque dit-il "sa question est fondamentale". Il faut le croire - faute d'images - sur paroles. Ce dont nous nous priverons pas. Et à ceux de Hockney nous préférerons les "bigger splash" de l'histrion farceur. Mais pas que. Il nous enduit non de peinture mais de ce qu'elle suggère puisqu'elle brille (et comme jamais) de son absence. C'est un régal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Thieri Foulc, "Peintures non peintes", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2019, 192 p., 25 E..

 

Manon Gignoux : éloge du vide

Gignoux.jpgLes femmes de Manon Gignoux ne sont plus traversées par l’ondoiement de tissus. Mais ce qui couvrait (jusque là) ne dévoile plus rien. Et pour cause. Reste sans doute l’effet civilisateur du vêtement. Mais il demeure volontairement "sans effet".

 

Gignoux 3.pngLoin des tréfonds obscurs peut s'y chercher l’image d’une autre femme, qu’on aurait côtoyée peut-être du moins rêvée à l'évidence. Surgit  aussi le regard ambigu sur le statut non moins ambigu de la féminité dans une société avide toujours de cloisonnements et de pérennité.

 

 

Gignoux 2.pngL'artiste nous donne à voir le travail de sape salutaire à la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise, celle qui - révélée - tend à occuper tout l’espace et faire le vide autour de soi - parfois pour mieux et paradoxalement se rapprocher de l’autre. La femme n'est pas plus contrainte à une nudité qu'à l'exhibition de ce qui l'enrobe. Les vêtements abandonnés ne suggèrent aucune inflorescence qui la prolongerait et l’isolerait. C'est comme une stance surréaliste qui cerne de pudiques fioritures un sentiment trop humain.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Manon Gignoux, Eponyme, Derrière la salle de bains, Rouen, 2019, 5 E.

03/11/2019

Demain je hisse le haut

Hissez Haut.jpgCollectif, "Hissez haut. 36 drapeaux d’artistes sur le pont Chauderon", Pont de Chauderon, Lausanne, du 28 octobre au 17 novembre 2019, et coll. Double V, art&fiction en  co édition avec Visarte.

Visarte et art&fiction proposent comme chaque année un évènement particulier dont l'objectif est de présenter le travail des artistes vaudois. La ville de Lausanne a offert le Pont du Chauderon afin de hisser des oriflammes particuliers. Aux effets d'appartenances identitaires se substituent des propositions intempestives d'Alain Huck, Sylvie Mermoud, Anne-Hélène Darbellay, HugoVan Zaen, Irène Dacunha, Johanne Roten entre autres. Les textes d'Alexandre Loye et Claude Augsburger en précisent le propos.

Hissez haut 3.jpgIl ne s'agit pas plus de reproduire sur le textile soumis aux vents d'automne des œuvres d’art, mais de questionner la question même la notion de drapeau avec ce qu'il induit de substrat historique et de tradition. Chaque artiste a donné sur plan et proposition de couleurs un court argumentaire pour préciser le sens de son projet.

 

 

 

 

hissez Haut 2.jpgChaque proposition n'est pas l'équivalent d'une réalité qui devrait être exprimée par elle mais devient un élément dont la dynamique provient de la tension de ses composantes. Un changement se produit quant à la nature des propositions. La signification des œuvres n'est plus assujettie à de simples représentations mais à des données sémiologiques qui échappent au caractère distinctif lié généralement à un tel support.

Jean-Paul Gavard-Perret