gruyeresuisse

07/06/2020

Nicolas Fournier : espèces d'espaces

Fournier.jpgNicolas Fournier, "Chutes & Trouvailles", Standard / Deluxe, Lausanne, du 13 juin au 4 juillet 2020.

 

Nicolas Fournier vit et travaille à Genève. Formé à la HEAD, puis en cinéma d'animation à l'ESAV, il consacra initialement sa pratique au volume et à l'installation avant de l'orienter vers la peinture et le dessin. La première est mise ici au service "d'étourdissement face au mystère que recèle notre cosmos".

fournier,2.pngAvec "Chutes & Trouvailles" - éléments d'un cycle éponyme réalisé entre 2017 et 2019 - l'artiste présente un ensemble de peintures qui illustrent son intérêt pour la géologie et plus largement pour le mystère de l'univers. Par la force de telles peintures se révèle de manière naturelle ce que l'univers possède de plus fantastique dans la mesure où ce qui est si loin de nous peut enfin être visible et proche.

Dans ce but Nicolas Fournier met l'accent sur les chutes des météorites que des témoins ont vu tomber sur terre et qui ont été retrouvées peu après leur atterrissage. L'artiste les met en lien avec d'autres découvertes dues au hasard sans que leur chute ne soit observée. Dès lors une météorite, la pierre d'Unspunnen ou des expériences scientifiques non identifiées se côtoient en un même accrochage propre à générer le trouble et l'étrangeté au sein de narrations aux lectures multiples. Surgissent de l’œuvre ascèse, austérité. Elles suggèrent l’indicible où l’ailleurs rencontre l'ici-même. De telles peintures ne sont pas sans rappeler les mots de l’œuvre terminale de Beckett : « folie vu ce - / ce - / ceci - / ce ceci - / ceci-ci - / folie donné tout ce - / vu - / folie vu tout ce ceci - / voir - / entrevoir - / croire entrevoir - / là - / là-bas - / à peine - / loin de là-bas - / à peine - / loin là là-bas à peine quoi -  ». Mais cet à peine devient l’essentiel.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

06/06/2020

Selina Baumann et l'ironie du réel

Baumann.jpgSelina Baumann, "Variété", Galerie Laurence Bernard, Genève du 11 juin au 25 juillet 2020.

 

La galerie Laurence Bernard présente la première exposition personnelle à Genève de l’artiste Bâloise. Double lauréate du prix Kiefer Hablitzel elle propose ses sculptures de céramique aux formes très différentes les une des autres - ce qui n'enlève en rien la cohérence de son travail à la fois figuratif, abstrait, ornemental même si l'oeuvre garde une propension expérimentale.

Baumznn bon.pngSous l'aspect "artisanal" de son travail, l'artiste joue néanmoins dans la cour de grands artistes car elle est  à la recherche de formes inédites. Elle appuie sur le registre de la jubilation dans ce qui tient néanmoins d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement et la surprise.

Baumann2.pngEn dépit de la multiplicité des formes Selina Baumann retourne  vers un certain dépouillement même lorsque la surcharge semble s'imposer. Des structures fondamentales et premières résistent là où le fantastique pointe son nez mais reste néanmoins bridé. La créatrice souffle le chaud et le froid, la légèreté et la profondeur, bref elle jette le trouble. Comment tant de possibles peuvent affleurer dans ses sulptures ? On ne peut le dire, mais un rayonnement perdure et efface les pensées de néant ou à l'inverse de Dieu en introduisant soudain non à l’origine mais de l’origine, à l’enfance du désir et au désir d’inventer. Surgissent à travers les sculptures des fantômes : ceux qui nous habitent et dont nous mêmes nous ne possédons pas forcément la clé tant l’inconscient nous trompe et nous domine.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2020

Quand la préciosité n'a rien de ridicule - Patricia Glave

Glave.jpgPatricia Glave, "Les Gracieuses", Abstact - artcontemporain Lausanne, Exposition du 7 juin au 4 juillet 2020

Après un séjour de six mois de résidence en 2018 dans la capitale internationale de la porcelaine à Jingdezhen (Chine) puis un an plus tard au EKWC (Hollande), Patricia Glave propose une recherche des plus sophistiquées dans un dialogue entre matières (verre, céramique, bronze, etc.) et l’Occident et l’Orient.

Glave 2.pngPoursuivant une recherche esthétique et philosophique inspirée de diverses mystiques la Lausannoise développe sa réflexion sur le rapport au corps (et sa représentation symbolique) à travers des sortes de métaphores pour en souligner les forces et les faiblesses.

Glave 3.pngSon travail avec le temps s'éloigne d'une certaine crispation qui était là pour jouer parfois du grotesque, de l'humour et de la sensualité afin de souligner le cynisme d'un certain patriarcat. Désormais ses "Gracieuses", comme "Les Précieuses" ou "Les Délicieuses" deviennent comme elle le précise des " Memento Mori qui font prendre conscience qu’une « vanité est une catégorie particulière de nature morte dont la composition allégorique suggère l’évocation du caractère transitoire de la vie humaine". Mais parallèlement, ces visions offrent une présence du corps de la femme aussi charnelle, précieuse qu'envoutante.

Jean-Paul Gavard-Perret