gruyeresuisse

23/07/2017

Pelin Karagol l’entêtante

Karagol 3.jpgL’Ukrainienne Pelin Karagol crée des théâtres du corps féminin : il possède parfois la blancheur des cocons et une sensation de l’intouchable. Métaphore de l’amour (et non sans humour) il s’insère dans un ordre cérémoniel. L’artiste lui redonne valeur d’éclair d’énigme à fleur de vie ou de nourriture terrestre.

Karagol 2.jpgS’y caresse l’indicible mais s’y capte tout autant le foisonnement dans une expérience visuelle où chaque flaque apprend à nager en soi-même.Les femmes semblent appartenir aux limbes. Elles expriment une sensation de l'ineffable. A savoir de ce qui - étymologiquement - ne se parle pas, ne peut être verbalisé mais qu'on découvre dans les œuvres de l’artiste.

 

 

 

 

 

Karagol 4.jpgMais il y a plus. Chez elle le désir est une expérience altruiste. Elle suppose au moment où le corps est montré/caché un effort d'affinement de la conscience pour accueillir en soi l'autre afin de prêter attention à son désir. Mais l’artiste montre combien l’exercice n'est pas une évidence. Il exclut les façons de "prendre" qui blessent, annihilent, étouffent.

Karagol.jpgC'est pourquoi Pelin Karagol tente de pacifier le désir soit en le recouvrant, soit par une caresse protectrice. L’artiste crée un étrange dialogue entre ses modèles comme entre son œuvre et ceux qui la contemplent. Il y a là une promesse d'un autre horizon, d'une autre aventure à la fois plastique mais aussi existentielle où le souffle engendre des silences.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/07/2017

Tina Merandon : paradoxes de l’apparition

Merandon.jpgIl existe toujours dans l’œuvre de Tina Merandon une puissance des formes et des couleurs. La photographe ne cherche pas à provoquer du fantasme mais divers jeux entre le subtil et le violent, l’arrogant et le secret là où - derrière la luxuriance - les images dessinent l’envers du miroir.


Merandon 3.jpgLa créatrice propose une suite de « lieux » ou de « scènes » avec variation. Chaque pièce devient un appareillage qui circonscrit une zone de solitude ou de rencontre. L’artiste ne cherche aucune dramatisation, elle se contente de montrer une symphonie. L’espace est dilué, étendu mais aussi concentré par des mises en scène parfois drôles en particulier lorsque les animaux s’y insèrent.

 

 

 

Merandon 2.jpgSous formes d’épures, des portraits « borderland » échappent à toute localisation précise et donne une sorte d’éternité à l’éphémère soudain figé qui devient un élément scénographique essentiel ouvert sur un inconnu. Les plans désynchronisent la représentation. Le visible disparaît en tant que tel au profit d’une mise en équilibre particulière. Certes une figuration demeure mais comme en trompe l’œil. En chaque photographie des « tableaux » deviennent des phénomènes indiciaires aussi subtils que dissonants.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.tinamerandon.com/

20/07/2017

Les cadavres exquis de Nury Del Ferro

Del Fero 3.jpgIl existe un gout assumé du trash et du baroque dans les collages de Nury Del Ferro et leur mélange des époques et des cultures. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de transplantation kaléidoscopique. Le monde est sombre. Mais jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque". Perdure aussi une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation. C'est là sans doute la force insubmersible et subversive de Nury Del Ferro. Son «rire » mord le monde, il permet au regard de supporter les situations limites que l'artiste propose.

Del Fero 2.jpgElle instaure une grille sur le chaos à travers ses connexions. Reprenant des images pétrifiées l'artiste les fait palpiter tout en jouant de leurs réminiscences. Les figures fondues et collées avec lesquelles l'artiste joue illustrent très bien la nature freudienne du surnaturel, nature à la fois fascinante et effrayante de l'objet du désir. D'où l'emprise d'une énergie qui lutte avec humour contre l'atrophie et la dégradation. Le collage n'est jamais une simple pochade. Son aspect "cadavre exquis" recèle la valeur de ce rire qui emporte l'artiste elle-même. Il mord le monde. Il entraîne par spasmes le mouvement des formes.

Jean-Paul Gavard-Perret