gruyeresuisse

31/01/2018

Siegfried Halus : au-delà du genre

Halus 2.jpgSiegfried Halus photographie des corps nus en mouvement. Ils créent l’espace au fur et à mesure qu’ils bougent, se déplacent. Ils demeurent en acte, tendent immédiatement vers l’informe par le longtemps de pose. Le mouvement est donc c ce qui trouble. La chair apparaît de face ou de profil. Il y a du Gréco en de tels spectacles. Mais aussi des spectres qui sortent de la nuit et s’abandonnent à la tension. Le corps frémit, attend.

 

 

 

 

Halus.jpgEt si finalement, en dépit des apparences, Siegfried Halus présentait le corps sans organe d’Artaud commenté et théorisé par Gilles Deleuze : « Le corps sans organe s’oppose moins aux organes qu’à cette organisation des organes qu’on appelle organisme » ? Dans des prises en long temps d’exposition, la présence intense, intensive touche au mythe. L’univers photographique engendre des anges vivants là où tout se transforme en cérémoniaux. Ils rompent avec les bornes de l’activité organique. En pleine chair, jaillit une émotion archaïque où ni la douleur ni le plaisir ne seront clairement affichés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Siegfried Halus, “Body Out of Darkness”, Daniel Cooney Fine Art; New-York, du 11 janvier au 24 février 2018

27/01/2018

Matières de rêve : David Gagnebin de Bons dans la maison des Dioscures.

Gagnebin.jpgDavid Gagnebin-de Bons, « L’incertitude qui vient des rêves », « Circuit », centre d’art contemporain, Lausanne, du 3 février au 17 mars 2018


Pour la matérialisation du souvenir et le récit d’un état où se formalise le rêve, les cyanotypes et les photographies de David Gagnebin de Bons font beaucoup. Ils ont pour sujets des rêves, des lieux rêvés et, pour certains, des rêves empruntés à des tierces personnes. Bref le songe bat la campagne : de la forêt originelle des premiers romans de Ballard (sans oublier Ramuz et ses montagnes) aux formes géométriques apparues dans le sommeil. Il existe moins de menus fretins de narrations factuelles à la Butor que des portraits de rêveurs et des autoportraits « perdus dans le bleu de l’inconscient ».

Gagnebin 3.jpgDavid Gagnebin-de Bons rentre en divagation dans une liberté des matières et des formes sans terminus et avec beaucoup d’ombres, d’humour (et de travail). L’inspiration littéraire n’est pas toujours la source mais l’essentiel est sauf. Il n’existe ni déclin; ni chute et encore moins de décadence puisque le rêve est la matière et la manière d’imaginer encore. La dépendance au réel est remplacée des images verticales. Telle est la leçon du Testament selon l’enchanteur qui désenclave les hiérarchies entre l’imaginaire et la réalité dans sa « basilica ». Elle n’a rien d’un marché (ouvert) ou d’un souk. Si bien qu’avec un tel créateur l’épicurisme livresque ne s’assombrit jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:44 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

26/01/2018

Bernard Voïta : tout se complique

Voita2.jpgBernard Voïta aime la surenchère formelle et refuse la simplicité tout en caressant un sens du design particulier. L’approche Ikea n’est pas sa tasse de thé. Au style cosmétique il préfère l’alambiqué et produit une vision dynamique des formes et des couleurs. Ce qui est sensé aller droit se met à vriller. Les formes se contredisent et deviennent délicieusement agressives. Mais l’artiste prend soin d’atténuer leurs morsures.

 

 

 

 

Voita.jpg

 

Les structures se replient ou à l’inverse sont lancées en avant d’elles-mêmes. Le regard est soumis à ce qui semble échapper à la raison pure ou à la pure raison. Le métrage devient volontairement abusif et allègre. Le tout en de pures échappées, en velléités d’ascension ou ébauches de repli. Tout devient jouissif là où l’utilité est soumise à une belle reculade. Quant aux couleurs, elles aident par leur arrogance à l’esprit de se déplier et à réactiver l’imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Bernard Voïta, Galerie Laurence Bernard, Artgenève 2018, du 1 au 4 février 2018, Palexpo, Stand B43.