gruyeresuisse

07/04/2017

Sylvie Aflalo : réserve et abandon

 

Aflalo 4.jpgDans les photographies de Sylvia Aflalo demeure toujours une part de désir. Par effet de béance entravée l'indicible garde tout son sens. Les dessous-chics sortent de l'état de simple gaine, fourreau ou étui. Ils redeviennent des signaux et échappent à la seule fonction de communication et de référence. Ils atteignent un rôle supérieur en ouvrant l’imaginaire par ce que chaque œuvre de la créatrice remet en jeu avec un goût de la caresse implicite qui avance masquée selon à la fois une feinte d’abandon et réserve.

Aflalo 3.jpgL’œuvre crée une immense métaphore de la féminité. La femme devient le symbole d’une existence privée qui connaît la force de ses charmes tout en se contentant de les suggérer. La photographe montre combien l’existence est habitée de noir et de blanc là où la solitude est omni présente en une forme de pénitence et d’ascèse dans des hybridations potentiellement volcaniques. Nul ne peut dire si la créatrice s’amuse ou cicatrise certaines blessures. Reste la semi-nudité dégagée de la pitoyable comédie des mâles. Leur absence souligne subtilement peut-être leur cynisme, leur vulgarité, leur pusillanimité.

Aflalo.jpgDans chaque portrait demeure un doute et un vertige. Il existe des trous de lumière dans les vêtements qui s’entrouvrent. Mais au sein du passage esquissé rien n’est jamais possible ou du moins reste en suspens. La femme demeure exposée à la vacance de sa propre vacance. Elle ne connait que l’isolement. Elle y accomplit pénitence comme s’il fallait payer pour l'inconsistance de mâle vers lequel la passion pourrait peut-être la porte. Mais à ce point le critique exagère, extrapole. Toutefois chaque modèle se retrouve peu à peu tendue sinon en un appel du moins vers une attente. Vers le sacré absolu de l'amour ? Ou son idée ? L'artiste semble en connaitre le poids et l’opacité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les gisants debout de Christian Lapie


Lapie.jpgGalerie Pauli, « Le génie est un arbre sculptures bois et bronze et œuvres sur papier », Lausanne, du 23 mars au 13 mai 2017.

Chez Christian Lapie tout nous regarde et fait signe de vie : la mort elle même tombe comme un menhir foudroyé que l’auteur redresse à sa manière à la limite des terres brûlées. Jaillissent des empreintes d’hommes par le bois, le bronze et même sur papier. Le sculpteur cherche une sublimation dans une époque où souvent ne se conjuguent que le mou et le rien. Il a compris que pour faire surgir les ombres blotties et que sorte un sens noyé dans le silence il faut sans cesse faire œuvre de re-naissance. L’énigme de l’être émerge par un effort de germination alimentée par toutes les connaissances. L’auteur les puise chez les philosophes qui ont glané leur savoir au bord de l’abîme puisque c’est seulement là qu’il y a des choses intéressantes à dire et à montrer.

Lapie 3.jpgFaisant sienne la formule de Michel Camus « A l’infini, l’incendie », Lapie par sa technique, son regard, sa sagesse souffle sur les braises du magma des formes afin de leur donner consistance et - si l’on peut dire - rafraîchir la mémoire. Le noir des silhouettes devient celle du feu et le sculpteur cherche à unir ce qui est séparé : le soleil à la terre comme le jour à la nuit, le sommeil à l’éveil et la mort à la vie. Lapie 2.pngL’artiste ose avancer dans l’inconnu mais il n’est pas pour autant somnambule ou amnésique et il n’oublie jamais ce qui lui manque. S’il est encore et restera séparé de lui même il n’est pas seul. Son travail - parce que ce n’est pas un simple labeur - est une autre vie au cœur de sa propre vie : il tente de saisir le secret de notre « double » (et du sien).

Jean-Paul Gavard-Perret

14:46 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

03/04/2017

Catherine Perrier : montages/démontages

 

Perrier 2.jpgChez Catherine Perrier l’art devient roman mais loin de sa manière habituelle de raconter. Dans un travail de mémoire implicite l’artiste monte et démonte par coupages et assemblages de diverses matières afin de suggérer du non montrable selon une fausse ingénuité de vestale. Celle-là se fait l'intrépide chez la servante zélée de « turpitudes » pour la gestation d'une lumière tendre et ironique au sein même des dérives de la chair. Il se peut que l’âme se consume en ce feu qui brûle mais le corps trouve ainsi un passage. Il devient parfois un étrange matelas qui se titille, s'enfle et finit par exploser, si bien que ses images se disséminent sur une grande surface.

Perrier.jpgEn dépit de la radicalité, l’humour garde ses raisons. L’artiste avec à propos mêle l'âme blanche aux noirceurs fascinantes du sexe. Elle devient notre semblable, notre soeur puisque c'est toujours dans l'équivoque que nous jouissons. L’œuvre se veut une succession des « fautes » commises sciemment selon une vision romanesque qui ne peut être clairement identifié. Mais c’est bien ce qui en fait tout son intérêt puisque l’artiste déplace les règles par divers corpus où se mêlent abstraction et figuration.

 

 

Perrier 3.jpgExistent la manière et la matière afin de mieux réintégrer un espace mémoriel. Bourgeade et Danielle Mémoire ne sont pas loin. A la différence près que le texte est remplacé par des « coquilles » recueillies au fil du temps. Si bien que l’artiste renverse le bain romanesque pour le remplacer par un « liquide » visuel où se mêlent différents niveaux de fictions et de références : enfances corpusculaires, fictions « frictionnantes » qui se réfléchissent sans cesse dans leur propre miroir et dans d'autres. Jaillissent aussi les passerelles entre un contre monde et ce monde-ci. Elles sont construites selon des lois rigoureuses et soumises à un puissant système d'octroi ; des corps y patrouillent de jour comme de nuit. Nul code, toutefois, n'en est établi par écrit.

Jean-Paul Gavard-Perret