gruyeresuisse

29/11/2018

Guillaume Varone : Visages-paysages

;Varone bonbon.jpgGuillaume Varone, "Début", Analix Forever, Genève, 2018.

 

Né à Lausanne, Varone est devenu photographe "professionnel" presque par accident. Néanmoins, appartenant à la section très restreinte des artistes sans égo et quoique étant photographe depuis toujours (comme Godard est cinéaste depuis ce temps) il possède un sens inné de l'image. Ce qui ne l'empêche en rien de travailler ses prises.

Varone bonbon3.jpgSa modestie éclate par exemple lorsqu'il écrit à propose de son livre sur la Slovénie : "Klavdij Sluban m’a donné quelques clés pour progresser et sortir de la simple illustration : mettre de l’émotion et du mouvement dans les images, faire des photos habitées, avec de la tension et sans être descriptif. Son workshop m’a ouvert les yeux et c’est ce que je cherche désormais à mettre dans mes photos". De fait il avait déjà en lui tout ce qu'll fallait afin de photographier ce pays comme - dans d'autres séries - l'intimité des femmes.

 

 

Varone bonbon2.jpgDans les deux cas le photographe saisit l'intensité et l'émotion : le visage devient paysage, le paysage un visage. Un "corps" quelqu'en soit la nature parle d'un même langage. Varone cherche une vérité d'appartenance et d'incorporation. Exit le voyeurisme. L'artiste ne perce l'intime qu'avec bienveillance et partage. C'est une affaire de "donnant-donnant" bref de confiance et d'attention. D'où la singularité d'une oeuvre qui sans le moindre effet laisse apparaître des sentiments cachés autant chez le photographe que chez le sujet de ses prisess. Rares sont donc les oeuvres aussi justes et tout simplement belles et qui laissent au regardeur sa faculté d'interpétation.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/11/2018

Proust "Forever" - Conrad Bakker

Bakker bon.jpgLa Genevoise Barbara Polla ( directrice d'Analix Forever) présente une exposition originale de l’artiste canadien Conrad Bakker. Son "objet" : Marcel Proust. L'artiste, - après avoir réalisé une « librairie » entière de livres de poches des années 1960-1970 à Genève, travaillé sur la bibliothèque de Robert Smithson puis sur les multiples éditions des "Choses" de Perec - crée un pas de plus dans ses actions commémoratives?

Bakker.jpgChaque fois il reproduit en bois sculpté et peint les livres pour les sublimer par la force de cette transposition. Mais avec Proust il va plus loin encore. L’univers de l'auteur est retracé à travers d'autres "madeleines" : il a réuni sous forme numérique tous ceux qui lisent, commentent l'oeuvre ou en deviennent des bibliophiles. Il rassemble aussi celles et ceux qui le lisent sur tablettes et portables, qui annotent l'oeuvre sur Internet et enfin qui se retrouvent sur la tombe  de l'auteur de la "Recherche" à Paris pour y déposer divers objets en signe de témoignage.

canada 2.jpgCette pierre tombale du Père Lachaise devient dans l'exposition une plateforme numérique bleue sur laquelle les visiteurs peuvent déposer un tweet. Ils peuvent aussi apporter des objets fétiches, discuter avec l'artiste ou le curateur (Paul Ardenne) le 1er décembre ou encore manger les madeleines d’Analix Forever (nul de sait si Barbara Polla les cuisine...). Existe ainsi une célébration aussi mystique que terrestre d'une oeuvre majeure. L’art devient non un simple médium mais une méditation, hors lieu précis. La contextualisation géographique y demeure secondaire. Tout s’organise selon d’étranges mariages où le rêve spirituel et sensuel demeure encore possible. Il concrétise le désir de l'artiste de toucher par l’image la "réalité" cachée de l'écriture.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Conrad Bakker, "UNTITLED PROJECT: IN SEARCH OF LOST TIME", Analix Forever, Paris, Genève. A partir du 29 novembre au Carreau du Temple, Paris

 

Miles Aldridge et Todd Hido : Paradise Now – ou presque

aldridge 2.jpgEn vingt photographies grand format Miles Aldridge et Todd Hido explorent le concept de banlieue. Le premier la « traverse » au sein d’intérieurs criards fondés sur la vie imaginaire des femmes qui les habitent. Hido présente en nocturne des maisons de banlieue isolées des USA en suggérant des possibilités de narration que le voyeur peut imaginer.

Aldridge bon.jpgMaîtres de l’éclairage et de la composition, les artistes évoquent deux types de fermetures : des vies et des maisons. L’un est centré sur la présence humaine, l’autre l’exclut. Peut s’y inscrire d’un côté comme de l’autre des drames ou des étouffements domestiques. Les approches sont chargées de tensions sous-jacentes et jouent de l’ambiguïté dans le jeux de tons souvent saturés. David Lynch n’est jamais loin là où le suspens visuel crée des abîmes de perplexité.

Aldridge 3.jpgChaque photographe propose titre un cérémonial délétère, fascinant. Eros prend chez l’un des poses plus ou moins voluptueuses pour tenter de tenir face à ce qui veut écraser la femme. Chez l’autre les maisons deviennent des gouffres dont il faut se garder.

Jean-Paul Gavard-Perret

« The Side of Paradise - Narrative, Cinema and Suburbia in the Work of Miles Aldridge et Todd Hido », Galerie Huxley-Parlour, Londres, du 15 novembre au 15 décembre 2018.