gruyeresuisse

01/02/2018

David Lynch et les languides

Lynch 2.jpgLa Fondation Cartier publie un superbe livre d’une centaine de photographies en noir et blanc et en couleur des nus de David Lynch. Ces clichés sont parfaitement conforme aux visions que révèlent "Twin Peaks" et "Mulholland Drive" (entre autres). Comme toujours l’auteur joue de l’érotisme et d’une forme d’abstraction entre humour et glamour.

Lynch 3.jpgJamais d’outrage dans de telles prises. Même si la proximité est des plus prégnantes Jamais de mépris, de dégoût, de violence mais la fascination pour le corps féminin là où la vieille dépendance de l’homme à son double ne fait jamais défaut. Chez Lynch les femmes le savent et elles en jouent en créant un lien ravageur à la dépendance tacite et délicieuse.

 

Lynch.jpgContrairement à ce qui se passe dans les films du créateur ; le désir est déconnecté de la peur. D’autant que les égéries l’attisent plus qu’elles ne l’éprouvent elles-mêmes. La femme reste chez Lynch l’Eve de la Bible : d’une certaine manière la première « coupable ». Pas question pour autant de pousser plus loin l’ « analyse ». Le charme ne fait que commencer à dévoiler ce qu’il ensemence. Les corps nus mais relativement cachés restent d’une certaine manière « invisibles » selon cette perspective chère à Lynch : le voyage du désir est toujours un déplacement vers l’étrange ou l’étranger. Hypnos est au cœur d’Eros.

Jean-Paul Gavard-Perret

David Lynch, « Nudes », Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2018, 55€

 

 

31/01/2018

Simon Procter à Zurich : Bonjour Mr Lagerfeld

Lagerfeld 3.jpgLe peintre, photographe et cinéaste, Simon Procter a créé une approche originale des défilés de mode. En conséquence il est devenu photographe du genre. Existe dans ses clichés un indéniable caractère pictural classique. Ils créent une jonction entre la factualité des magazines de mode et l’intemporalité des expositions muséales.

Lagerfeld.jpgProcter entretien une relation privilégiée avec Karl Lagerfeld. Les deux sont des passionnés de photographie. L’exposition de Zürich présente des épreuves du livre « Modeland » en rapport avec le maître de Chanel. Elles sont le fruit d’une collaboration complice. Dès sa première rencontre avec le couturier Procter fut séduit non seulement par le personnage mais l’homme courtois, chaleureux, drôle et attentif aux équipes avec lesquelles il collabore. Cette jovialité a commencé au « Grand Central Station » où Lagerfeld a traversé le hall à grandes enjambées dans une séance improvisée et à l’insu de tout le monde.

Lagerfeld 2.jpgLe photographe a su mettre en exergue la démesure qui caractérise les mises en scènes des défilés tels que Lagerfeld les affectionne. Plans d’ensemble et de détails permettent d’approcher avec humour (mais pas seulement) des fresques que les prises immortalisent. S’y ressentent une poussée architecturale et une ferveur artistique exceptionnelles là où un mariage entre la Psyché et Cupidon reçoit allègrement le nom de volupté. Une volupté particulière et de l’ordre de la statuaire.

Jean-Paul Gavard-Perret


Simon Procter, « Modeland and Mr. Lagerfeld », Galerie Kate Vass, Zurich, février 2018.

 

Siegfried Halus : au-delà du genre

Halus 2.jpgSiegfried Halus photographie des corps nus en mouvement. Ils créent l’espace au fur et à mesure qu’ils bougent, se déplacent. Ils demeurent en acte, tendent immédiatement vers l’informe par le longtemps de pose. Le mouvement est donc c ce qui trouble. La chair apparaît de face ou de profil. Il y a du Gréco en de tels spectacles. Mais aussi des spectres qui sortent de la nuit et s’abandonnent à la tension. Le corps frémit, attend.

 

 

 

 

Halus.jpgEt si finalement, en dépit des apparences, Siegfried Halus présentait le corps sans organe d’Artaud commenté et théorisé par Gilles Deleuze : « Le corps sans organe s’oppose moins aux organes qu’à cette organisation des organes qu’on appelle organisme » ? Dans des prises en long temps d’exposition, la présence intense, intensive touche au mythe. L’univers photographique engendre des anges vivants là où tout se transforme en cérémoniaux. Ils rompent avec les bornes de l’activité organique. En pleine chair, jaillit une émotion archaïque où ni la douleur ni le plaisir ne seront clairement affichés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Siegfried Halus, “Body Out of Darkness”, Daniel Cooney Fine Art; New-York, du 11 janvier au 24 février 2018