gruyeresuisse

31/01/2017

Cosey prince d’Angoulême

 

Cosey 2.pngEn concurrence avec Chris Ware et Manu Larcenet lors de la lutte finale, le Lausannois Cosey a obtenu le Grand Prix du Festival de la B.D. d’Angoulême. Celui qui dessine comme nul autre les montagnes en cultivant un style minimaliste reste un créateur majeur de son art grâce à la célèbre saga Jonathan et son héros amnésique. Commencée en 1975 elle se poursuit de manière temporelle aléatoire et compte aujourd’hui 16 albums dont « Celle qui fut ».

Cosey.jpgLe succès de cette série lui a offert une indépendance et la liberté créatrice. Il est passé maître dans l’art de visualiser le vide. Et quoique maître absolu de la couleur il s’apprête à créer une B.D. où le noir et blanc seront traités comme des couleurs plus que pour des effets d’ombres et de lumière. Cosey 4.pngGrâce à Glénat il a pu réaliser un rêve : écrire et dessiner une aventure inédite de Mickey validée par la direction des studios Walt Disney. Partant comme toujours de documents (dans ce cas les premières bandes de son héros) il a imaginé avec « Une mystérieuse mélodie » la rencontre entre Mickey et Minnie conformément aux histoires premières où ils ne se quittaient pas.

Cosey 3.pngSa capacité à dessiner les grands espaces de montagne (on connaît son goût pour ses Alpes comme pour le Tibet) Cosey est un visionnaire mystique. Il sait produire une approche psychologique chez ses personnages : quelques traits suffisent pour souligner l’amour de l’autre ou une quête spirituelle toujours teintée de mélancolie. Tintin (au Tibet) n’est plus ici : néanmoins il n’est pas loin.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/01/2017

Marcel Warmenhoven et les épuisés

Marcel Bon.jpgL'oeuvre de Marcel Warmenhoven en sa poétique paradoxale permet de conduire à un point limite où l’homme est figuré, directement ou à travers l’animal. Celui-là semble un épuisé dans des pièces d'après ou d'avant coup en une forme de suspens. Les corps protègent-ils encore de la pensée de la tentation du néant ? Rien n’est sûr. Ils sont composés ou décomposés afin de suggérer un monde jamais loin d’un abyme en un vocabulaire plastique fondé dans une matière parfois noble, parfois de récupération.

Marcel 2.jpgToutefois l’œuvre n'est jamais tournée vers la nostalgie. Jaillit la solitude physique. Et, comme Beckett, Marcel Warmenhoven pourrait dire « c’est avec ça je me suis débrouillé ». L’existence telle qu’elle est montrée dans ses pièces reste toujours une hypothèse vague. Les travaux sont des allégories de diverses dépossessions. L’artiste fait émerger de sa conscience et par sa création la sensation d'absence de corps autonome et un sentiment de dépendance infuse. En passant par son bestiaire l’artiste cherche néanmoins à provoquer une distanciation face à ce qui ne peut avoir de nom. En conséquence, le créateur illustre ce que Julia Kristeva nomme dans son « Soleil noir » « le malaise de l'oeuvre absolue ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir site de l’artiste.

 

19:03 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Ayline Olukman et le refus de l’hypocrisie

 

Olukman 4.jpgA l’inverse de tant de peintres qui cachent le fait que leurs œuvres ne sont qu’un barbouillage de photographies, Ayline Olukman revendique cette origine. Elle reste donc autant photographe que peintre. Elle joue sans cesse des résurgences de l’image première à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur.

Olukman 3.jpgIl s’agit de mettre en exergue le seuil de la visibilité photographique par quelques éléments capables de créer une évaporation. Elle va jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que l’image originale dans ses « magasins de curiosité ».

 

 

 

 

 

 

 

Olukman.jpgLes œuvres d’Ayline Olukman sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la photographie comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : la peinture, en rebond, les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l’artiste  et exposition  actuelle à la galerie Bertrand Gillig, Strasbourg.