gruyeresuisse

27/05/2018

Etienne Faure l’acrobate syntaxique

Faure.pngCe qui donne la forme – à savoir l’écriture – Etienne Faure n’a cesse de l’alléger par effet de contraste. Tête renversée, l’être ignore le lourd même s’il ressent forcément un effet de contrariété. Mais ainsi vue du bas ; la forme est moins solennelle. Elle évite le mastoc tout en faisant sentir des présences qui ne sont pas innocentes.

L’auteur permet la cohabitation des contraires et des contraintes pour ensuite passer à autre chose sans chercher à se situer dans la seule singularité.

Autodidacte à sa manière Etienne Faure transforme la poésie en un exercice d’ignorance puisque que tout ce qui fait sens ne se découvre qu’en avançant en ce qui provient d’une école de la vie, de la mort, de l’ivresse et de l’amour dans la chair des blondes - mais pas seulement. Certes une telle poésie s’enrichit de ce qui fut écrit avant mais qui ne doit pas être retenu comme une vulgate.

Jean-Paul Gavard-Peret

Etienne Faure, « tête en bas », coll. Blanche, Gallimard, 2018.

09:59 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

26/05/2018

Jef Gianadda : les formes et leurs contraires

Gianadda 1.jpgJef Gianadda, « Peintures et sculptures », Espace 52, Saint Sulpice (Lausanne), du 24 mai au 7 juin 2018.

Au sein même de ce qui peut ressembler à une sorte de ruine il n’existe plus d’abîme. Jef Gianadda les redresse, y insère des tractions et poussées. Vagues fixes et ramifications proliférantes fascinent par la manière dont l’artiste les « stylise ». Surgit une matière de jouissance, une émotion intense, emmêlement de convergences.

 

 

Gianadda 3.jpgLe partage ne se fait plus entre l’ombre et la lumière ni entre le dehors et le dedans mais entre des éléments qui se rapprochent sans se fondre même si leur place n’est pas la « bonne ». La fixité est trompeuse dans un tel mariage là où le terme de matrice reprend tout son sens. L’artiste croit à la spontanéité du geste mais aussi au travail afin de montrer l’indicible qui se cache derrière les "choses".

Gianadda 4.jpgEt Gianadda oeuvre beaucoup. Il détruit sa facilité avec brutalité afin d’atteindre l’intensité. Ne subsiste que l’essentiel. Il fait la marque de fabrique d’une œuvre dont le formalisme est un piège subtil. Une intimité naît à la faveur des recoupements. Les courbes, les arêtes, les ravins, les promontoires créent des intimités où existent toujours des secrets à connaître, à découvrir. Le regardeur peut y perdre pied comme certains le perdent dans l’amour. L’ordinaire devient extraordinaire par transposition et élection d’un étrange tropisme.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

15:45 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

24/05/2018

Archéonimaux : l’enfance de l’art

Animaux.pngArchéonimaux, Fondation Gandur, Pully, du 23 septembre 2017 au 16 décembre 2018.

S’adressant comme souvent en priorité aux enfants l’ArchéoLab propose de découvrir de manière ludique et interactive les rapports entre être humain et animal, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Certains existent encore, d’autres ont disparu. D’où ce safari archéologique à la découverte des animaux qui peuplaient l’Antiquité. Le jeune visiteur découvre, manipule et expérimente au gré de postes interactifs des objets archéologiques mis en situation dans l’exposition.

Animaux 2.pngMais l’exposition ne se situe pas seulement dans le rapport au passé. Elle propose divers ponts. Entre le passé et le présent, dans le présent avec différents rapports aux animaux d’aujourd’hui et vers le futur. Les enfants peuvent imaginer et comprendre les conséquences des comportements et choix de l’homme actuel. Mais il y a plus : cette exposition met en présence d’objets souvent rares et uniques - tirés de la collection archéologique que la Fondation Gandur - et venus du désert égyptien, des bords de l’Euphrate, etc.. Ces « objets » témoignent des imaginaires dits premiers mais souvent sophistiqués.

Animaux 3.pngTous les « artistes » anonymes des temps anciens rappellent qu’en latin le mot animal signifie « qui est doté d’une âme ». Ils créèrent des objets qui témoignent des relations complexes avec ceux qu’ils vénéraient en tant que substituts des Dieux. A ce titre le monde d’aujourd’hui a beaucoup à apprendre du passé. Cette exposition - créée par Isabelle Tassignon, Conservatrice de la collection Archéologie de la Fondation Gandur - est donc d’une importance majeure. Souhaitons que d’autres musées à vocation pédagogique (ou non) pensent à la reprendre. Cela devient une urgence. Pour notre survie et afin de répondre à un besoin de beauté. Nul ne peut se nourrir que d’images mentales. Se ressourcer au passé permet de penser avec ceux qui eurent d’autres représentation que les nôtres : preuve que l’émanation matériel du corps animal n’a rien de muet. Les « simulacres » ou ce qui est pris pour tels parlent hier comme aujourd'hui et espérons demain.

Jean-Paul Gavard-Perret