gruyeresuisse

10/04/2017

Visagéité de l’art : Jutta Benzenberg


Benzenberg.jpgJutta Benzenberg sait que dans ce qui se voit se retient toujours moins que ce qu’il y a à contempler. D’où la nécessité des prises de la photographe autrichienne Elle est déjà l’auteure de trois livres «Albanian Survival »; «Sombre Beauty » et « Ahead with the Past. ». Entre mai 2013 et Avril 2014 elle fut la photographe officielle du Premier Ministre de l’Albanie Edi Rama avant de redevenir photographe indépendante dans ce pays. Benzenberg 4.jpgA l’occasion des élections législatives de 2013 elle a accompagné le président redevenu candidat. Elle en a retiré moins un reportage sur une campagne électorale qu’une histoire d’un peuple lors des rassemblements de masse à travers des portraits impressionnants.

 

Benzenberg 2.jpgSi le documentaire existe il est plus psychologique que politique. L’intensité des visages reste exceptionnelle. S’y ressent l’espoir pour les uns, la déception pour d’autres. Des midinettes aux mains calleuses se laissent aller au rêve ou à l’illusion politique. La photographe se garde bien de trancher. Elle se contente de faire jaillir des visages divers types d’émotions extatiques ou non.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jutta Benzenberg, « 30 Tage », Fotohof, Salzbourg, Autriche du 28 avril au 2 juin 2017.

08/04/2017

Aviya Wyse « fucking photographies »

 

Wyse 2.jpgAviya Wyse ne recherche jamais le glamour mais une sorte de vérité qui se moque de ce qui est pris comme décent (ou son contraire). La provocation inhérente à l’œuvre tient au fait qu’elle demeure sans concession avec il est vrai une pointe de soufre. Une femme (avec son chien) se fait féline mais tout autant chatte de gouttière. La photographe rassemble ainsi une communauté inavouable quelque peu gothique. Mais cela fait le charme de ses prises. L’oeuvre au noir renforce autant la tension que la drôlerie et la mise à mal de l’innocence.

Wise.jpgUn gothique certain devient ironique, pervers agressif mais parfois tendre en ce qui tient du rébus par effet d’un « sexhibitionniste » - féminin et parfois masculin - latent mais tout autant expressionniste aussi grave qu’enjoué. L’évidente radicalité apprend a réviser les apparences. L’artiste provoque donc un scandale nécessaire mais juste ce qu’il faut. Elle offre une interprétation particulière du corps selon une audace stimulante par traques intempestives sous effet de poses.

Wise 3.jpgC’est pourquoi certains critiques voient toujours en l’œuvre un corpus diabolique, malveillant, ordurier : ils se trompent L’évidente radicalité ne manque pas d’une poésie. Elle provoque une mise en abyme des images de nudité. Aviya Wyse oxygène la photographie. Celle-ci devient un miel pour attraper les nigauds. Ils se réduisent en captifs consentants alimentées par la pulpe d’une chair propre à déjouer leur jouissance buissonnière. Wise 4.jpgEn bordure de ravin les figurations sont pris dans la sorcellerie perceptive. La photographe en demeure la subtile architecte et la reli(gi)euse d’une mise en abîme impressionnante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Œuvres de l’artiste in : Charlotte Jansen : « Girl on Girl: Art and Photography in the Age of the Female Gaze Hardcover », 2017

 

Les arrêts indéfinis de Marion Tampon-Lajarriette

Tampon Lajariette.jpgMarion Tampon-Lajarriette, « Le beau et la bâti », Galerie La Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy, du 1er au 13 avril 2017.

Certains arrêts sur image et des sortes de plans de coupe donnent à voir une image fixe dont la valeur n’est pas seulement celle de la pose. Le continuum est entravé par effets de cadre. Existe un affaissement prémédité du mouvement de l’image : tout demeure sous tension là où s’abandonne néanmoins la certitude vue.

L’observateur semble démuni. Il aspire à une homogénéité de contemplation et de sens mais ce qui tient à la fois d’un rythme et d’une arythmie l’emporte. Demeure une musique (charnelle ?) en suspens. Sur place elle se déplace et fait claudiquer le regard. L’allure est faite d’arrêts indéfinis. Un courant énigmatique se produit selon une modalité cinétique poétique et mystérieuse.

Jean-Paul Gavard-Perret