gruyeresuisse

31/07/2020

Tristan Félix : Coin-coin

Bufa Bon.pngVoyons par nos oreilles pour répondre à nos questions. C’est un enclos en stéréo où nous venons voir l’actrice jetée en scène, par elle-même, de force, par arrachement à soi. Toujours comme une étrangère, une exilée tombée de son vrai lieu.

Nous allons voir ce court-métrage pour prendre peur ou feu avec elle, revivre l'entrée dans l' incompréhensible de la comédie ou du drame plus mimé qu'énoncé. Les mots respirent par un autre conduit afin de mordre. L’actrice parle par les oreilles, ce sont aussi ses yeux qui descendent sur nous.

Bufo.jpgDans ses animaux le corps s'écartèle, se multiplie en facettes : il souffle de l’espace à nouveau. Là où l'homme kavulafemme ne songea qu'à la manger en se neuro-collectant à ses sentiments par stransferts physiologiques. De lui rien se sera dit - il a déjà disparu.

Le rire est toujours en profondeur . Mais il se "monstre" pour souligner combien quelqu’un a voulu faire quelque chose qu'elle n'attendait pas à la femme - à la fois bien réelle mais aussi métaphore d'autres violences). Ce qu'elle espérait il le retourna à bout portant. "Animaux, animaux, combien de fois j ‘ai traversé ma mort sans parler" pense-t-elle. Mais elle ne se courbe plus d'eux en deux. Même si elle tombe encore, aveugle,  près d'un lac avant qu'une cane blanche lui permette de nager.

Bufo 2.jpgElle s'éloigne revenant de ce qu'elle était devenue. Elle n'est plus ce que des fantassins ont décidé pour elle. Leur peste porcine n'est plus placée dans le verre ou nagent leurs dents sur la table de nuit. Elle sait enfin d’avoir été aucune de ceux qui l'avait appelée ni de ceux au fond duquel elle était parvenue. Elle n'arrive même plus à se souvenir de ce qu'elle ne savait plus . Elle n'a plus peur de rien. Même de ce qu'elle aurait pu devenir si elle était restée - abrégée, abîmée, abstraite, accaparée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tristan Felix et nicAmy, "Umbellifera bufa bufa", https://vimeo.com/240475729

27/07/2020

Lara Gasparotto L'intime et son double

Gasparotto 3.jpgLe travail photographique de Lara Gasparotto procède d’une dynamique particulière de l'image dans l'image. C'est une manière de ramener dans l’ici-bas de notre inconscient où s’ébrouent les multiples avatars de nos désirs et de leur revers Mais la photographe a compris aussi qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui fait face dans le réel comme dans l’illusoire au sein d’un jeu de piste.

 

Gasparotto 2.jpg

 

Le noir et blanc et la couleur, l’image posée ou instantanée, le style documentaire ou la recherche symbolique, la reproduction et l’original, à travers ce qui paraît une "négligence" technique éloignée du raffiné offrent une gamme de situations où à l'effet narratif se substitue d'autres rapports ou schémas pour une réinvention de la grammaire photographique.

 

 

 

Gasparotto.jpgLa vision de la femme toujours jeune, sensuelle, discrète met en contact l’intime et les représentations symboliques du monde. Existe tout un jeu de repliements et dépliements en divers type de scènes de "baptême" où il s'agit de plonger dans divers "liquides" au sein de cérémonies secrètes ou chamaniques entre l'érotisme et le sacré, l'apparence réaliste et ce qui en sépare. Les voyages dans le quotidien sont donc transcendés, échappent au naturalisme. Surgissent des amorces d'extases et de tension en des amalgames et montages là où le réel est plus un point de départ que d'arrivée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lara Gasparotto, "Kaléidoscope extatique", Percé (Québec), été 2020.

26/07/2020

Jacques Saugy et Gérard Genoud : ce qui arrive

Saugy 3.pngLe photographe Jacques Saugy et l'auteur Gérard Genoud proposent  - après "dis-voir" où l'oeuvre à quatre mains et sa gestation étaient l'objet de mots "croisés" - une manière d'évaluer dans leur dialectique le passage de la Covid sur la ville de Genève. A l’artère du vide et de la déchirure ils opposent un double déroulé.

Saugy 2.pngGérard Genoud se met dans la peau d'une petite fille au prise avec un évènement qui la dépasse :  elle mais aussi ses parents et les autres. Elle est comme arrachée à son cours "naturel". Et tente d'y répondre. Sans comprendre de quelle peste il s'agit, elle tente de tenir seule tandis que ses parents doivent assurer le quotidien. D'une certaine façon la vie s'arrête. Les mots de la fillette l'expliquent comment tandis que Jacques Saugy montre ce qui se passe par le noir et le blanc dont le beau papier souligne la grisaille d'un moment où pourtant le soleil était au rendez-vous.

Saugy.pngMais tous les printemps ne se ressemblent pas. Et les mots qui soulignent à chaque page les clichés entrent en interaction pour marier l'émotion de l'enfant et ce que deviennent la ville et ses passants. Le cursus n'est plus une invitation au rêve pour le regardeur/lecteur. Une telle communauté souligne la solitude. Si on excepte les premières pages : elle est partout. Reste à attendre que cela finisse. Que le danger s'éloigne et que l'école reprenne avec ses sauts et gambades.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Saugy, Gérard Genoud, "Hop hop hop", Les Sales Editions, Genève, 2020.