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21/08/2017

Pauline Julier : l’être et la nature, les forêts et les eaux

Julier bon.pngPauline Julier, « Naturalis Historia », Centre Culturel Suisse de Paris, exposition du 9 septembre au 17 décembre 2017

 

 

 

Julier 3.jpgLa Genevoise Pauline Julier, avec « Naturalis Historia », propose une installation composée de divers dispositifs visuels et sonores afin d’illustrer plusieurs histoires naturelles. Chacune d’elle explore une situation où les hommes sont face à une nature qui révèle leurs obsessions et casse leurs certitudes. En ce qui tient d’une forme d’essai à la fois suggestif et documentaire à la croisée du point de vue personnel et de l’étude documentaire. L’artiste sous forme plurivoque crée des récits, des traces et des objets.

julier bon.jpgAfin de parvenir à une telle réussite Pauline Julier s’est entourée de savants prestigieux : Philippe Descola, anthropologue, Bruno Latour, philosophe et anthropologue, directeur du Médialab, le Professeur Wang, paléo biologiste, le musicien Franck Serpinet, la plasticienne Coline Davaud et l’architecte Arnaud Bruckert. Célèbre pour ses films présentés dans le monde entier la créatrice provoque autant la réflexion qu’une sorte de plaisir de songes. Surgissent l’immense et l’intime, le ferme et le fluctuant, le furtif et évident. Se créent des maillages et des charivaris dont les « dépôts » emportent. Le monde à la fois se perd et de retrouve. Preuve que paysage naît - contrairement à ce qu’on pense - lorsque la nature reprend ses droits face à l’Histoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/08/2017

Vertiges de l’amour : les filles cachées de Clovis Trouille

Riot Girls.png« Riot Girls - les filles cachées de Clovis Trouille , Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard et Nadia Valentine, Galerie Art Factory, du 31 aout  au 23 septembre 2017

 

Riots Girls bon.jpgRien n’arrête les iconoclastes inclassables réunies à la galerie Art Factory. Faisant feu de tous interdits elles ne peuvent laisser les visiteurs de bois. Sexualité, religion, féminisme, politique : tout est revisité selon un anarchisme visuel juste contrôlé pour bien placer la balle dans le mille. L'association « Clovis Trouille (1889-1975) », gardienne du temple du subversif peintre a permis ce show sexualisé propre à inventer bien des fulminations jubilatoires et divers types de transgression : Céline Guichard offre de bonnes tranches de corps, Anne van der Linden propose la tractation de ses monstres en folies. Maya McCallum et Nadia Valentine leur emboîtent le pas et prouvent que tout est possible lorsqu’il s’agit de mettre à mal les interdits.

Riots girls 3.jpgLes quatre artistes s’en donnent à corps joie entre le cru et le cuit. Existe une traversée des tabous et de tout ce qui demeure habituellement caché. La condition féminine s’en trouve décuplée par des poussées où tout peut arriver. Il ne reste plus grand-chose de caché. Les limites et barrages qui enferment au sein de myriades incessantes et d’intensités sont fracassés par des flux, des écarts, l’éparpillement des membres là où leurs corps ne se refusent plus aux mille bouches qui les mangent. Bref tout refuse à prendre refuge : il s’agit de secouer les images admises afin de maintenir l’insomnie et le sang aux tempes entre défaillance et vertige. Subsiste l’envahissement de ce que la pensée habituellement censure.

Jean-Paul Gavard-Perret

(image 3 : Céline Guichard)

 

Alice de Miramon et les rêveuses

Miramon.pngLes femmes d’Alice de Miramon ne prennent pas facilement la mouche même si l’artiste en peint parfois une sur leur visage. Très sobrement vêtues, abondamment dévoilées, elles s’envolent pour sabrer l’azur ou se poser sur un ciel de lit. Elles restent néanmoins fines guêpes sans que puisse s’affirmer si ce qui leur reste de robe est faite de traits noirs sur fond jaune ou jaunes sur fond noir.

Miramon 2.jpgLa peinture développe une étrange poésie du réel selon une forme de « narration » ramassée et allusive. Les corps se caressent mais l’artiste ne va pas plus loin. Pudique impudique elle se joue du voyeur. Se crée la distillation des amours nocturnes afin d’amarrer celles, plus claires, du lendemain matin. Car celui-ci, même lorsqu’il bâille, est saisi d’une éternelle insolation. Exit alors les morts emphatiques et les figures marmoréennes : en de telles rêveuses, la chair est juteuse, pulpeuse à souhait. Seules parfois, dans leur vacance, elles savent se procurer le frisson propice à chasser les idées noires qui deviennent hors saisons.

Miramon 3.jpgLes femmes s’embrasent comme les feux de la Saint Jean. Au voyeur, en sa maladie incurable, de rêver de poitrines opulentes. Dans des jardins d’Eden il peut se livrer à des passions coupables. La parade érotique est permanente. La chair des poulettes ne prend jamais froid le tout avec beaucoup d’humour aussi - toujours au second degré.

Miramon 4.jpgAlice de Miramon vagabonde et si ses femmes peintes s'ennuient parfois, elles savent errer, humer, goûter. Elles restent gourmandes, passivement intrépides, quittent des paysages familiers pour aller explorer des récifs. En un certain exotisme elles deviennent les primitives de leur propre futur. Fugueuses elles enlacent à leurs déferlantes. Avec de telles séraphines l’émoi serpente. Sirènes, leur chant fait gémir des marins animaux plus que des animaux marins. Méduses et mélusines elles s’offrent à la communion de leurs seins.

Jean-Paul Gavard-Perret