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10/11/2013

Manuel Perrin, masques et visages

PERRIN.jpgManuel Perrin, « In Petto », coll. RE-PACIFIC, Editions art&fiction, Lausanne, 60 p., 2013, 24 chf, 17 E.

 

 

De tout ce qui reste du temps Manuel Perrin en dépit (ou à cause ?) de sa jeunesse peut en rire. C'est d'ailleurs le rire qui le sauve. Pour autant ses dessins et leur récit restent pudiques. Pudiques et minimalistes. L’artiste de Neuchâtel (il vit désormais entre Bienne et Berlin) a compris que ça ne sert à rien de presser le réel pour voir s’il en sort des images. La littérature est toujours l’assassin  de l'écrivain, l’image celle de l’artiste. Dès lors il cherche les signes qui lui importent loin de tout dandysme dans l’ombre et les dagues de son histoire. Son « In Petto » en ordonne le désordre et désordonne l’ordre au sein de ses planches et leurs vignettes. Le livre est magistral de radicalité rupestre mais peut-être trop intelligent pour laisser espérer le moindre succès commercial réservé parfois à ce qu’on nomme bandes dessinées mais qui est ici plus ambitieux que le tout venant du genre. Le « discours » et la  méthode de « In Petto »  mettent à mal la narration traditionnelle et illusionniste. Surgit un soliloque claustrophobe comme si toute l’œuvre n'était constituée que d'une seule et immense phrase à la recherche de l'image qui revient ou de ce que Ferderman appela « la voix dans le débarras ». Dans une graphie  qui évite généralement la localisation spatiale Manuel Perrin évite  d’ériger des limites à l’art. Ses formes sèches rejoignent ici le cadavre exquis de la vie.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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07/11/2013

Marisa Cornejo : le corps est un songe

 

Cornejo couv.png Marisa Cornejo “I am – Inventaire de rêves”, coll Re-Pacific, art&fiction, Lausanne, 176 pages, 45 chf, 30 E.

 

 

Il existe divers moyens de transgresser l'image comme l’existence. Marisa Cornejo déplace les deux non pour les esquiver mais pour les déplacer vers une autre matière. Et l’artiste pourrait donc reprendre poir son compte « je suis la matière de mes rêves ». Elle prend la forme  d’ex-votos capables d’approfondir les monstres et les bonheurs de l’artiste. Le dessin ne joue plus sur la séduction : il offre une effraction de la conscience perceptive dans un langage qui mêle un art brut et les approches d’une Frida Kahlo. L’artiste  en un travail qui traite de la sphère la plus intime montre comment un autre moi et en elle et comment elle est dans ce moi. L'artiste se met en scène et à nu dans des dessins où remontent des énigmes. Un ignoré du corps est  rendu visible : non seulement la façon dont le corps parle le désir (qui n'est plus un "simple" désir sexuel) mais la façon dont le corps exposé parle au regardeur. Il n’est plus le voyeur prisonnier du leurre de l'identification car par le dessin la machine à fantasmer fonctionne à vide.

 

 

Pour certains lecteurs ce livre prendra valeur d'étrange délire. Les corps nus sont fort éloignés des modèles imposés par l'histoire de l'art.  N'hésitant pas à introduire (surajouter) des éléments incongrus au « réalisme » des images - ce qui est normal puisqu’il s’agit d’images de rêve – Marisa Cornejo propose une mémoire de l’inconscient. La nostalgie, l’exil, le déracinement se montrent et se disent de la manière la plus abrupte et exorbitée. Il faut sans doute un beau courage à l'artiste pour oser un tel travail. Osant interpeller le corps dans ce qu'il a de plus intime la créatrice d’origine chilienne ne veut rien prouver, son oeuvre n'illustre pas une thèse.  Mais avec elle le corps  devient autre, son « sens » est multiplié, non homogène. Il fonde un système poétique particulier.  Le livre ne représente  pas l'intrusion du corps dans le langage, mais l'acte du langage qui fabrique ce  corps.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

06/11/2013

Logovarda, dessin, regard, pulsion

 

Logovarda, Espace courant d’art, Chevenez, Jura Suisse.

 

Lagovarda.jpgLes dessins de Logovarda possèdent une force franche, immédiate. Elle s’affirme chez le solitaire de La Ferrière dans chacun de ses gestes créateurs. Elle est donc le moteur qui porte le trait, la joie, la colère et d’autres formes des émotions. La dynamique reste omniprésente. Elle permet de rejeter le trait qui enferme, retient. Le plasticien né au Locle  garde toujours l’énergie pour le lancer plus fort, plus loin. Il possède le souffle nécessaire : celui qui n’est pas seulement effort pulmonaire mais attention du corps. Par ailleurs le créateur ne cherche pas à rendre le trait intelligent, posé. Il veut donner vie à la forme  qui traverse la forme. Il l’extrait du contrôle mental qui enlève la vie. Chaque geste laisse sa trace violente sur le papier. Arrivé au bout d’une sensation qui l’accompagne l’artiste découvre une autre impulsion, prend une autre direction. D’où le caractère débridé de ses œuvres. Elles sont comparables à une sarabande pleine d’inattendus avec des enchaînements que l’œil doit découvrir. 

 

Lagovarda 2.jpgChez Logovarda le trait n’est donc jamais celui d’un « vieil » artiste qui a beaucoup appris et compris mais qui n’a plus assez de « peps ».  Se découvre à l’inverse  le trait libre de l’enfant. Un enfant dont le corps psychique n’existe pas encore - du moins pas complètement.  Le désir de force libre traverse un tel travail et traverse ses formes. Peu importe si dans son impatience il se perd. Quand le feu de l’intensité monte le créateur est toujours prêt. D’où le surgissement d’œuvres tumultueuses, passionnées, instinctives, physiques. Leur fomenteur ne croit pas dominer par son œuvre sa vie intérieure : il l’anime au plus haut point. Ce qui est beaucoup mieux.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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