gruyeresuisse

07/03/2018

Peter Knapp : quand la moinesse fait l’habit

Knapp.jpgLes femmes de Knapp des années 60 ont changé le regard. L’artiste est tombé sur elles presque par hasard et pour « Elle », à l’origine en tant que peintre et graphiste. La directrice de la revue de l’époque (Hélène Lazareff) lui demande de ne pas choisir des mannequins mais des filles expressives. Et avec elles il entre « en » photographie par mode et devient le maître des harmonies (souvent en noir et blanc).

 

 

 

 

330706-dancing-in-the-street-peter-knapp-et-la-mode-1960-1970-a-la-cite-de-la-mode-3.jpg« La Parisienne » restera à l’époque son modèle. Mais il la fait descendre dans la rue pour libérer la femme dans des mouvements d’ivresse : elles pédalent, courent. Cela provoque une petite révolution. Exit le Dior de l’époque, bienvenue à Courrèges. D’autant que « Elle » ne se veut pas un journal de mode mais pour les femmes. Knapp y fait preuve de son œil habité des lignes et d’une architectonique héritée du Bauhaus et d’une idée de la liberté.

Knapp 3.jpgPour lui comme pour la directrice du magazine dont il est devient le directeur artistique, la façon de porter un vêtement est plus importante que le vêtement lui-même. Le mouvement crée une plus value. Le Zurichois le sublime non sans humour, grâce, classe voire un certain surréalisme. La composition de la photo et la femme détrônent le vêtement. C’est la moinesse qui fait l’habit et non l’inverse.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/03/2018

Izumi Miyazaki : topologie du moi en nuages de lait

Miyazaki 2.jpgC’est sur le web que la jeune photographe japonaise s’est fait connaître par ses « autoportraits » ironiques et leurs doubles. Izumi Miyazaki s’amuse à jouer la poupée. Plutôt que d’appuyer sur la psychologie par les « intonations » du visage, le sien reste impassible sous ses cheveux noirs au carré et des tenues strictes - le plus souvent - mais parfois sinon psychédélique du moins « Deschiens » façon nippone.

Miyazaki.jpgInfluencée par les univers de Magritte, Mishima et bien sur David Lynch ses autoportraits deviennent des mises en abîme du « moi ». Au besoin elle se coupe la tête, lève la jambe (mais de manière pudique) et surtout ne sourit pas. Est-ce pour exprimer sa claustration et sa solitude ? Est-ce pour nous faire entrer dans le mystère qui fascine et le plaisir qui tue ?

Miyazaki 3.jpgJouant de tous les codes de la postmodernité l’artiste offre un corps diffracté. Incisé, coupé, « remonté », déplacé il est renvoyé à un devenir incertain. Mais il n’est jamais abandonné et reste parfaitement soigné, « bien sous tout rapport ». Il interroge la possibilité de l’identité prise en défaut de toute certitude par l’écriture photographique faite de traces, d’échos et de variations lumineuses en des nuages de lait sur la café noir de l’existence. Izumi Miyazaki restitue la complexité de la représentation au moment le portrait se décline en une suite de dérobades aussi drôles que séduisantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Izumi Miyazaki, “There’s no place like home, bergonzofirstfloor, du 9 mars au 30 avril 2018

 

05/03/2018

Carole Fromenty : du «passé empiétant » au passé en piété

Fromenty.jpgCarole Fromenty aime contrarier les images. Celles qu’elle emprunte sont dévoyées avec humour dans tout un jeu où le cœur « vulnéré » est vulnérable. L’artiste joue les acrobates en se moquant du passé avec autant d’humour que de finesse. Morceler les images anciennes revient à les ironiser en focalisant sur les visages - quitte à les caviarder - au détriment de tout ce qui n’a pas d’importance.

 

 

 

 

Fromenty 3.jpgUne étrange narration suit son cours (enfin presque) par la découpe et la broderie. Tout permet un relevé de traces du vivant, des émotions et des sensations. La fragilité de l’être se révèle en retenant du corps foisonnant, empirique et désuet une sorte d’essence. Par effet de parure le regardeur est forcément focalisé sur les portions de vie. Elles prennent diverses formes.

Fromenty 2.jpgD’une certaine manière Carole Fromenty rapproche ses œuvres de l’ex-voto mais contrairement à un tel genre le corps flotte et s’envole. Dépouillé de tout superflu il suggère l’éros et la chair avec l’intensité de la suggestion d’une ronde enfantine ou d’un magasin de curiosité. Existe la fouille du destin et une manière d’épouser le passé par les fragments du corps au sein d’une intimité métaphorique décalée. La peau des images et parfois leur support textile ou leur mise en espace « 3 D. » créent des tissus conjonctifs en une poésie particulière : le corps entre en circulation selon une harmonie trouble et dérangeante où la tendresse et le clin d’œil dominent.

Jean-Paul Gavard-Perret

carolefromenty.com/