gruyeresuisse

24/03/2020

Leslie Smith III : pour le plaisir

Smit.jpgLes tableaux découpés de Leslie Smith III créent des émotions particulières par leurs formes et couleurs. Transparait l'héritage autant de Franck Stella et ses assemblages géométriques que d'Ellsworth Kelly ou Kenneth Noland et leurs épures. Mais chez lui l'abstraction reste beaucoup plus sensorielle car chargée de matière en tant que support et surface.

Smit 2.jpgL'artiste manoeuvre dans les deux et sa peinture en n'est que plus altière, joyeuse voire giboyeuses dans toute une série de rencontres . Les pièces pourtant sagement exposées interagissent les unes avec les autres. Si bien qu'une telle abstraction devient fertile et prend valeur de réalité ferme, vivace, colorée.

Smit 3.jpgC’est là un long travail de préparation, revision des principes et activations de nouvelles "carlingues" pour la peinture. S'y envolent les ailes du désir. Le tout dans une irrévérence éloquente à la thématique ludique mais léchée. Ce travail est une fête de l’esprit et des sens dans un mélange de romance et de dérision.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leslie Smith III, "Strangers", Galerie Isabelle Gounod, Paris, du 14 mars au 11 avril 2020.

23/03/2020

"Un souffle sans poids" : lumières d'Anne-Marie Jaccottet

Jaccottet.jpgAnne-Marie Jaccottet privilégie l'aquarelle et le pastel pour renvoyer au monde une image poétique.Ces techniques - sèche pour l'une, fluide pour l'autre - absorbent les couleurs, en retiennent ou restreignent leur élan, réduisent la part de l'ombre dans une diffusion où les formes tendent à se fondre au sein de la lumière. S'y devine une relation étrangement directe, confiante mais comme éphémère avec le monde dont l'artiste saisit les beautés à l’improviste.

Jaccotet 4.jpgSouvent l'artiste crée des natures mortes avec des fruits que quelquefois elle a laissés sécher : oranges, pommes, pamplemousses, grenades et surtout kakis "à cause de leur forme, presque carrée, et de leur couleur, d’abord jaune, orange, puis quand ils ont mûri sur le rebord de la fenêtre, rose, et quelquefois couvert de bruine" écrit l'artiste.

 

Jaccottet 3.jpgLa native de Saint-Aubin (près de Neuchâtel) crée de manière instinctive sans préparatifs - même si bien sûr tout un travail mental a longuement fait mûrir chaque projet. L’esprit touche ensuite à sa négation et son contraire afin de créer devient un événement nu. Il réinvente la nature jamais de manière imitative, avec une grande délicatesse de composition. Une telle finesse d'observation rend le monde plus léger là où selon Philippe Jaccottet , "circule partout un souffle sans poids".

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrice Vermeille : le furtif et le fuyant

Vermeille 2.jpgPeintre et graveur, Patrice Vermeille pratique aussi le dessin numérique dont il est un des pionniers. Cet attrait pour le dessin assisté par ordinateur ne l’empêche pas de se référer aux œuvres anciennes, comme ses deux tableaux de 1976 en hommage à l’œuvre d’Anne-Louis Girodet.

 

 

 

 

Vermeille.jpgL’artiste navigue entre des préoccupations classiques : espace tracé au nombre d’or, peintures où la présence du spirituel et du réel font référence aux théories de Kandinsky. Mais son langage se caractérise par la force d’un dessin acéré, tranchant, qui semble définir un espace de chaos là où les formes éclatent, sont en expansion jusqu'à sortir du cadre là où se distingue une sorte figuration ambigue, sans sol, ni horizon. L’épaisseur et l’estompé y jouent comme le prouvent ses illustrations de textes : "La mer anthropophage" de Xavier Déjean, "La moitié du geste" de Bernard Noël ou "L'aile froide" de Roger Caillois chez Fata Morgana.

Vermeille 3.jpgInfluencé par le réel, le dessin s'en dégage afin de faire jaillir de l'imprévu. Mais le doute existentiel est dépassé par des images qui deviennent des hypothèses vitales où le monde tente de se réanimer. Surgissent des lieux vides où des tables sont néanmoins dressées pour qu'une prolifération humaine viennent les animer.

Jean-Paul Gavard-Perret