gruyeresuisse

10/11/2019

Graziella Antonini : le geste et l'attention

Antonini.jpgIl existe dans l'oeuvre de Graziella Antonini des visibles hétérogènes apparemment incompatibles. Néanmoins loin de plans d'illusions ce sont des réalités qui se répondent d'une série à l'autre.

 

Antonini 3.jpgLa grande diversité des thèmes, lieux, genres (portraits, paysages) cherche à retenir ce qui est difficile à verbaliser. La "vraie" vie n'est jamais saisie de manière académique. La photographe ne cherche pas à témoigner d'un état particulier qu'il soit psychologique ou social dans ses voyages fictifs ou réels.

Antonini 2.jpgLa narrativité n'est pas plus le  centre de telles propositions. Graziella Antonini  préfère un "vois là" à un simple "voila" - dans le sens d'un "voila j'ai fait l'image" (Beckett). La créatrice réfléchit à ce qu'elle fait et ne se laisse pas glisser dans la facilité du langage. Elle la coupe sans se soucier des tenants ou aboutissants conceptuels. Et c'est là l'essentiel.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/11/2019

Loula Hoop et pillow-book : Lambert Schlechter

Schlechter.pngAvec Lambert Schlechter, de l’erre au désert, le charroi de l'écriture avance par petits bouts. Ici en198 morceaux écrits chaque fois en une seule phrase. C'est la neuvième étape de son "murmure du monde" ensemble inclassable entre l'autobiographie et l'imaginaire, la poésie et le testament "in progress".

 

Schlechter 2.pngAmants du réalisme socialiste passez outre. Dans ce bateau ivre, l'art d'écrire se rit des amarres et l’ancre crève le papier . L'auteur mêle la farce à la tragédie dans l’histoire et l’au jour dit. Ce qui ne lui empêche pas les mises en perspectives. Il y a là bien sûr - ou probablement - un axe à sa vie, mais c’est un axe d’une géométrie particulière occupée à retrouver les règles d’un plus long trajet, une géométrie impure aux tracés à la fois sans cordeau mais selon une science de la flèche. Elle traverse les lieux où l'auteur a été à un moment en éternel voyageur et les êtres qu'il a aimés dont ici sa Loula. Et Schlechter de préciser "Aucun Haldas ou Jaccottet, n'a jamais écrit comme ça"  - à savoir "sur" une femme.

Schlechter 3.pngL’auteur fait de chaque fragment une idée de poème mais , en tant qu’acte, qui ne remplace pas d’autres actes, ni même qui s’y mêle. Et au bout de ce chemin à l’autre bout du monde, parmi les montagnes émeraudes et les déserts d'ennui , il reste le premier à avoir descendu Charybde et monté Scylla.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Lambert Schlechter, "Je n'irai plus jamais à Feodossia", coll. Tindbad Poésie, Editions Tinbad, Paris, 2019, 230 p., 22,50 E..

Yann Gross et Arguiñe Escandón : explorations

Gross.jpgYann Gross et Arguiñe Escandón, "Aya", Galerie Wilde, Genève, du 17 novembre 2019 au 9 janvier 2020.

A la suite de la découverte d’une carte postale de l'Amazonie imprimée en 1900  où figure Charles Kroehle, "mystérieux aventurier et photographe alsacien disparu dans la jungle péruvienne à la fin du XIXéme siècle", Yann Gross et Arguine Escandon ont commencé leur collaboration.

 

Gross 2.jpgDe la Suisse à l’Amazonie (et retour), ils ont procédé à des cérémonies chamaniques, des séances de photographie, des recherches et expérimentations sur les capacités photosensibles des plantes médicinales de l'Amazonie. Les deux artistes proposent une réflexion sur la notion de progrès sans tomber dans la mythologie de l’altérité, la quête de l’exotisme ou la croyance «engagée» qu’il existerait dans cette zone une société primitive à sauver.

Gross 3.pngL'exposition présente des photographies, des œuvres sur papier développées et une installation immersive inspirée par les usages en Amérique du Sud de plantes psychotropes. Ce "jungle show" offre ainsi un voyage très particulier propre à rectifier des idées reçues par  un travail où l'imaginaire est sans faux-fuyants et dénué de tout romantisme factice.

Jean-Paul Gavard-Perret