gruyeresuisse

27/09/2017

Sophie Bouvier Ausländer : ciel et surface

Auslander.jpgSophie Bouvier Ausländer vient de recevoir le Grand Prix2017 de la Fondation Vaudoise pour la culture. C’est plus que mérité. L’artiste reprend le monde à sa main. Elle le plie, le froisse le défait selon diverses échelles et métamorphoses. Carte et territoire ne font qu’un sur le papier transformé par la paraffine en peau. S’y posent des bulles étranges où parfois cartes, lettres, horaires et autres matériaux créent par associations des halos où les apparences se dérobent. Elles tombent vers le ciel et nul ne peut les rattraper.

 

 

Ausalnder 3.jpgPlus que les sphères de Monk ; celles de Sophie et de son monde invitent à l’exil là où l’étendue menace de revenir au centre étrangler son élan. Investissant les lieux où les hommes guerroient, ensemencent la mort, soudain les rois auréolés de glaire tombent de leurs sièges. Restent d’étranges déserts. Le langage plastique y reprend tout son sens.

Auslander 2.jpgL’artiste par son travail globalise le monde pour en trouver la clé. Aux théâtres d’ombre font place des taches de couleurs : le ciel passe sur la surface infime du sol. Et sous la peau des images courent des faces sans visage. Plus question de froncer la robe des chimères. L’art n’est là qu’épine de roses qui saignent. L’image devient suaire. Mais à la place de fantômes un air neuf s’y respire et le soulève.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Prochaine exposition de l’artiste à la galerie Heinzer-Reszler, Lausanne

26/09/2017

Là où la lumière respire - Ann Loubert

Loubert bon.jpgAnn Loubert, exposition, Numaga, Colombier du 23 septembre au 29 octobre 2017.

De l’œuvre d’Ann Loubert naissent de multiples épanouissements et florescences au sein d’une sensualité prégnante mais discrète. Elle est suggérée par un impressionnisme minimalisme entre le tumulte et le vide. L’intime se dit au sein de l’infime. La lumière respire.

Se crée contre le chaos et la nuit ce qui relie l’intérieur à l’extérieur en un vêtement de lumière. L’univers est contenu dans de simples taches de couleurs et des lignes capables de retrouver une « note » perdue.

Loubert 3.jpgTout redevient geste inaugural, se rapproche de l’indicible. Un rythme jaillit d’un geste souple et précis. D’infimes silences bâtissent l’espace. La sensation glisse ou nage en une éloquence insidieuse et douce. Sur leurs tiges des fleurs jouissent, suspendues dans l’écume blanche du support.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2017

Les marches nocturnes de Brittany Markert

Britanny Markett 3.jpgAvec Brittany Markert le réel s’ouvre, l’espace se déchire. Des fantômes - mais du futur - montent à la surface, hissent un bras, une corde ou jouent les nourrissons pour boire un lait brûlant. Il existe une suite de déclivités ascendantes ; de fugaces lenteurs, des plénitudes vides. L’énigme est dans la femme. Sa respiration souffle parfois d’étranges bulles.

Britanny Markett 2.jpgLes corps se divisent et la réalité tout autant. Des espaces intérieurs s’emboîtent ou se déboîtent. Reste un territoire où le rêve et le cauchemar se disputent la suprématie. Le regardeur s’engouffre dans cet espace trouble là où, en myriades ou seuls, les corps dansent, s’abreuvent, se pendent. Les masques s’écartèlent dans des postulations contraires et la magie des doubles.

Britanny Markert.jpgIl existe un temps pour le plaisir, un autre plus morbide. Il s’agit de traverser la nuit d’encre et d’ombres en se demandant si l’aurore n’a pas déjà sombré. Le double du corps s’élève sur l’immensité de sa peau. Une voix semble se faire entendre : mais de qui ? Brittany Markert saisit des instants où tout bascule et où le corps se détache de sa présence fondatrice tout en cherchant à la retrouver en se souvenant d’un appel

Jean-Paul Gavard-Perret