gruyeresuisse

18/03/2021

Ben : Faits railleurs  

Ben 9.jpgBen (Benoit Ben Marchesini), "En liberté", Espace Mora Mora,  Genève, du 23 mars au 24 avril 2021
 
Il existe en Suisse deux Ben. L'un s'est exilé à Nice, l'autre est demeuré dans son pays natal. Né à Nyon en 1968, ancien élève  de l'Ecole des Arts Décoratifs de Genève, 1986-1991 il est graphiste, illustrateur, auteur et dessinateur de presse depuis 1992 et vit et travail à Genève
 
Ben 4.jpgJouant avec l'autorité des règles de la narration, l'auteur les relègue par besoin d’irrévérence ou par un côté mal élevé  mais parfois  pour créer une sorte poésie subtile. Elle permet de rire de tout dans le retournement figural. Le dessin est donc parfois typique de l'iconographie de presse mais parfois ses narrations deviennent plus elliptiques. Car si souvent le travail est appuyé sous l'angle de la caricature,  parfois l'artiste invente d'autres visions.
 
Ben 5.pngCertaines sont habilement fléchées. D'autres pas et participent  la perte des repères  autant des personnages que des spectateurs là où les points d'aboutissement remettent en question ce qu'a été le dessin avant lui car il propose ce qui n'est pas attendu et alimente - au-delà de l'humour - une réflexion sur le monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

17/03/2021

Les assemblages de Laure Marville

Malville 3.jpgLaure Marville, "Je disparais", Ferme de la Chapelle,  Grand-Lancy/Genève
 
Avec leurs murs d'images, les disparitions de Laure Marville sont autant d'apparitions. D'où ces ensembles épars et joints qui traversent l'espace comme les visiteurs le font.  Les chants de la poésie visuelle sont autant de champs de bataille qui permettent à la créatrice comme Don Quichotte s'adressant à sa Dulcinée du Toboso de lancer son : « Rappelle-toi mes joies / Rappelle-toi mes peines ».
 
Malville 2.jpgFace au Grand Ordre  du monde l'artiste impose le sien contre toute formes de disparitions et pour une transhumance. La créatrice crée pour l'amour des regards qui se posent sur ce qu'elle offre et qui l'habite. C'est comme lancer un cri dans l’air acre pour le hanter. La tête chauffe, brûle, le corps suit parfois. Devant les magmas des univers coercitifs et injustes le tout est de tenir par des images et des mots sans se laisser envahir par la mauvaise fièvre d’un fiel qui ne ronge que celle ou celui qui l’éprouve.
 
Malville.jpgDe telle travaux donne lieu à une "re-naisance" avec une certaine violence et en transgressant des frontières par assemblages. "Détruire dit-elle" (comme Duras) mais pour mieux reconstruire une psyché complexe en miroir à celles  de qui reste séduit par langue bavarde et des images phosphoriques que la créatrice reprend en insomniaque rêveuse face à la dureté du monde et la petitesse humaine. Ce qui ne va pas chez elle - peut-être - sans culpabilité et malaise. Mais le pli est pris et l'exposition devient un grand poème plastique et lyrique,  sorte de d’exception et de brèche dans la poésie et l'art du temps.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Thierry Radière et le passé empiété

Radière.png"Pourquoi faut-il toujours / que le passé resurgisse / au moment où l'on croit / qu'en écrivant on se libère" ? Telle est bien la question essentielle. La réponse est en elle. Nous pédalons toujours dans la choucroute. C'est un effet de la nostalgie. Mais elle permet néanmoins de beaux - à défaut d'être bons - retours. Qu'ils soient gagnants n'est pas sûr mais ils permettent au discours - ou plutôt au poème - de se poursuivre.
 
Thierry Radière le prouve. Les ratés de l'enfance rendent le présent moins sourd et cela permet de s'arranger avec ce qu'il est. Ce qui fut est donc une sorte de consolation. Voire plus. D'autant que les poètes - selon le nôtre - ont deux vies : "une des écrits originels", l'autre en imitant "la fulgurance de la première existence".
 
Radière 2.jpgEst-ce à dire qu'entre les deux un gain est possible  ? Selon Radière c'est possible car de cette manière nous nous sentons plus vivant. Preuve que l'entêtement à écrire cache bien des satisfactions. Il n'existe donc aucune honte à se sentir complice de ce que tout poète organise.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Thierry Radière, "Ente midi et minuit", coll. Vermillon, La Table Ronde, Paris, mars 2021, 336 p., 17 E.

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