gruyeresuisse

09/06/2020

Les écarts de John Armleder

Armleder BON.jpgJohn Armleder, "The Grand Tour", Editions JRP, Genève, 250 p., 50 E., 2020.

Publiée à l'occasion de deux grandes expositions organisées en Italie, au Madre Museum de Naples et au Museion Bolzano, cette publication offre un panorama de l'œuvre multiple de l'artiste suisse John M. Armleder. En documentant largement les deux expositions l'ouvrage nous replonge dans l'univers de ce créateur unique.

Armleder.jpgFondateur en 1969 à Genève, avec d'autres artistes proches de "Fluxus" du groupe "Ecart" et de la galerie du même nom, John M. Armleder a développé une œuvre incroyablement subtile et complexe. Elle passe par les performances et installations dans les années 1970 jusqu'aux collages et compositions abstraites qui sont souvent des emprunts explicites à l'histoire de l'art et réutilisations de mobilier (Furniture Sculpture). Dès les années 80 il devient un des maîtres  du courant international "néo-géo" et d'expérimentations abstraites parfois monumentales.

Armlerder 2.jpgLe livre atteste des croisements de trajectoires entre médiums (performance, film, installation), de la liberté (tant esthétique que conceptuelle) et de l'hybridité des approches d'Armleder. Cette publication tient d'un ouvrage de rétrospective monumentale et d'un livre d'artiste. Il prouve qu'à une époque où la tentative de catégorisation reste un moyen de comprendre et de se situer dans l'art, John M. Armleder demeure celui qui se refuse à toute restriction ou à une méthode fixe.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/06/2020

Les transversalités de Henri Raynal

Raynal.jpgChez Henri Raynal apparait une dimension particulièrement "sanitaire" de l'amour. De la physique il passe à une méta-physique. Ici les êtres ne sont pas au fond d’un puits mais entre éther et nuages, leurs cercles se multiplient comme si l'amour le plus charnel pouvait devenir cosmique.

 

Les hommes pénètrent en une sorte d'Abbaye de Thélème d'un genre nouveau où les silènes deviennent prétresses et gouvernantes. Rendent-elles l’homme timide ? Pas sûr car il existe du feu en lui. Et au nom des rêves dont chacun est fabriqué, il veut s'intégrer en une rencontre presque (le presque est important) impossible. Mais les seuils ne sont pas infranchissables.

Raynal 2.pngHenri Raynal joue de l'obsession et de la transgression. Elle retire la cape de ténèbres dans ce qui tient du conte philosophique qui évoque des bourrasques d’où naissent des éclairs ; d’étranges portes s’entrouvrent mais l'éros demeure suggéré. Restent ses stigmates. Et c'est aussi habile qu'ironique.

Raynal 3.pngComme auparavant et chez le même éditeur "Aux pieds d'Omphale" et "Dans le secret", ce livre est celui d'une initiation. Certes il feint une forme d'ascétisme. Mais il ne faut pas se laisser prendre : dans le froissement des robes d'abbesses le narrateur un rien masochiste glisse vers elles pour qu'elles le libèrent de ses entraves psychiques là où rien n'est essentialisé : les sens gardent la part belle dans la duplicité de certains labyrinthes optiques où une co-naissance a lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Henri Raynal, "L’accord", Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 160 p., 20 E..

Les accueils de Connie Hüsser

Husser.jpgConnie Hüsser, "Objects with love", Galerie l'Elac, Renens, Du 10 juin au 3 juillet avril 2020,

Magasin de curiosité in situ et hors cage  : tel est ce que propose celle qui a été couronnée par le Grand Prix suisse de design 2019. Journaliste et styliste Connie Hüsser est fascinée par les jeunes talents et le design. Elle aime le fait-main, le coloré et l'inattendu et les présente  ici sur des plateaux fantastiques.

Husser 3.jpgElle a eu l'idée aussi simple qu'originale de rassembler  et de mettre en espace ses objets préférés dans une exposition  où l'intime rencontre l'extime avec fantaisie mais aussi un certain sens du rituel. Le désign des choses prend ici une dimension inattendue, prégnante et belle. Sous ce qui pourrait n'être qu'un bric à brac, Connie Hüsser propose un "ordinare" à la fois surprenant, drôle et documenté.

Husser 2.jpgCette exposition à sa manière est une perfection. S'y ressentent les motivations et les goûts instinctifs et conscients de la metteuse en scène d'un superbe ensemble. Les objets, s'ils n'abolissent pas le hasard que la créatrice organise, créent des rencontres. Ils peuvent parfois tenir au coeur de la main et ils instaurent le jeu de la vie, à l'appel de la jetée. Ce sont comme de petits mots du matin là où l'objet ne biffe par l'être mais lui procure des plaisirs.

Jean-Paul Gavard-Perret