gruyeresuisse

02/03/2017

Jessica Craig-Martin : cool frénésies de Dora l’exploratrice


Martin.jpgJessica Craig-Martin poursuit un travail de rébellion et d'exorcisme. La thématique érotique est métamorphosée selon deux axes :oser des images où la femme n’est plus forcément un stéréotype de beauté juvénile et mettre à mal les règles de présentations des magazines de mode en parodiant au plus près leur « glamour ».

Martin 4.jpgPar des gros plans coupés de manière transgressive l’artiste reste la pionnière d'une génération postmoderne dans lequel le photo-réalisme se mêle la dérision d’une prétendue élite jet-set qui repose sur l’apparence. Les plans hybrides scénarisent des soirées aussi mondaines que kitschissimes. La photographe s’en fait la « Dora l’exploratrice » capable de montrer les défauts dans la cuirasse des apparences.

Martin 3.jpgLes prises sont remplies d’éléments inattendus. Il faut prendre le temps de les apprécier en passant, comme le fait la photographe, de la vue d’ensemble aux détails. Sous le strass et le maquillage, le jeu de l’exhibition dévoile ses failles. Seins refaits, visages remodelés passent par le filtre de photos retravaillées afin de remplacer la culture du fantasme voyeuriste par la présence d’éclats plus sombres et dérisoires sous le strass - ce qui n’empêche pas un certain charme carnavalesque là où se montre le dessous des cartes du théâtre de l’ostentation.

Martin 2.jpgLibre avant tout, Jessica Craig-Martin donne forme à ses douces frénésies en des traversées où tout se met à craquer là dans où tout est sacrifié à l’apparence si bien qu’elle devient un religion. Les femmes people, protagonistes de ces parades, subissent un asservissement mais peut être une consolation à un certain vide de l’existence. Pour elles comme lecteurs et lectrices qui en font leur nourriture terrestre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jessica Craig-Martin, Galerie Catherine et André Hug, Paris

 

Etienne Krähenbühl : démesure de l’élan

Krahenbuhl.jpgEtienne Krähenbühl, « Le parc habité - Gravité Incertaine », La Villa Dutoit, Genève, 23 septembre 2016 au 18 juin 2017.

Le sculpteur vaudois Etienne Krähenbühl crée une œuvre minimaliste qui entre délicatesse et monumentalité brute joue sur l’élévation et le tellurique. Existe une démesure de l’élan tendre et violent où se dresse l’inattendu là où le fond est touché à contre ciel. Un étrange voyage au sein des formes abstraites et de la matière se produit.

Krahenbuhl 2.pngL’artiste impose son ordre fait d’assemblages énigmatiques. Ils favorisent les rencontres, les apparitions et, par-dessus tout, des coïncidences - manifestation de sa subjectivité qui ne collent pas au réel. Elles sont conçues comme un journal du regard, plongent leurs racines dans la psyché de l’artiste et semblent les fragments d’un récit naufragé. Les œuvres pénètrent le jardin loin de tout caractère illustratif. Elles mettent à jour de mystérieuses connections entre le présent et le passé, entre le réel et sa « fiction ».

Jean-Paul Gavard-Perret

01/03/2017

Franckie Vega & Amaury Grisel : sacralisation paradoxale de l’éros

 

Bondage.jpgFranckie Vega & Amaury Grisel, "L'Aquarium", photographies, Galerie Humus, Lausanne, du vendredi 3 mars au samedi 18 mars dans le cadre de « La fête du slip » de Lausanne.

Bondage3.pngPlutôt que de quitter l’art, avec le bondage, il s'agit d'imaginer des images de feu, de signes, des formes, d’effigies issues de bien des genèses et des chaos. Franckie Vega & Amaury Grisel créent ainsi des imageries mystérieuses et archaïques.  Venues à l'origine d'une imagerie extrême-orientale, elles « parlent » le conscient et l'inconscient non plus "envoutés" mais paradoxalement soudain libres selon des basculements et des mondes intermédiaires. Cet univers en suspension peut surprendre un œil non averti.

Bondage 2.pngBeauté, spiritualité, simplicité, merveilleux, violence, fragilité, impermanence du monde et de l'humain se créent  dans des équilibres qui s’opposent aux mouvements incessants et permanents du réel. Un tel art recentre le monde et le moi par référence aux axes du monde et à l'obsession des sociétés tribales et archaïques du mandala, des quatre directions et du centre. Lieu où l'on voyage et communique avec les esprits des ancêtres et les mondes souterrains et célestes.
Déséquilibre, zone de fracture et rupture permettent la transe et la métamorphose loin de la utilité évanescente contemporaine tragi-comique et mortifère. Face aux structures sociales qui enferment les individus dans des rêves stupides et médiocres, le bondage paradoxalement donne au corps sous effet de contrainte un jaillissement de la libido et une liberté.

Jean-Paul Gavard-Perret