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01/03/2018

Yves Debraine : artistes suisses en transit à New-York

Debraine 2.jpgLe Chelsea Hotel est un hôtel mythique de New York. Tous les artistes de passage dans la Grosse Pomme y sont descendus, Beatles compris. Yves Debraine y allait régulièrement lors de ses passages dans la ville et il y photographiait ces amis artistes : les suisses Jean Tinguely, Daniel Spoerri entre autres.

 

 

Debraine bon.jpgCes beaux tirages en noir et blanc sont pour la plupart inédits. Pour la commémoration à Fribourg des 25 ans de la disparition de Tinguely, le fils du photographe avait retrouvé les images du l’artiste et son épouse Nicky de Saint Phalle au travail dans l’hôtel pour la préparation d’expositions à la galerie Alexandre Iolas puis au Jewish Museum. A l’époque le photographe testait un nouvel objectif « fisheye », un Nikon 7,5 mm. Les chambres ateliers et galeries du Chelsea Hotel devinrent le lieu d’expérimentation idéale pour cette focale très particulière capable de saisir à 180 ° l’espace fermé de manière circulaire. Mais il existe aussi des prises plus « normales » au 35 mm.

 

 

Debraine.jpgDe tels documents illustrent la création effervescente de la « Ruche » que constituait le Chelsea Hotel animé par le directeur Stanley Bard. Il apparaît ici au milieu d’œuvres données par les artistes désargentés pour payer leur séjour. Ces photographies n’ont pas été montrées lors de la commémoration Tinguely en 2016. Mais Caroline Schuster, directrice adjointe du Musée de Fribourg les a retenus pour la présente exposition montée en collaboration avec Luc Debraine. Elle s’accompagne d’un catalogue au format des grands magazines des années 1960 en hommage au travail du photographe discret et au service de ses modèles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yves Debraine, « Chelsea Hotel New York 1965 », Espace Jean Tinguely-Niki de Saint Phalle, Musée d’art et d’histoire, Fribourg, du 23 février au 2 septembre 2018

28/02/2018

Les regards de Silvia Bächli

Bachli 3.jpgSilvia Bächli, « Arts lointains si proches dans le regard de Silvia Bächli », Musée Barbier-Mueller, Genève du 20 mars au 28 octobre 201.


Maîtresse du minimalisme, Silvia Bächli cultive aussi une forme non seulement de poésie manifeste mais d’un humour pour jouer avec le voyeur selon un retour à des visions primitives et nettes. L’artiste fait jouer ses propres œuvres avec celles des arts premiers qu’elle a choisies dans les réserves du musée. Se dévoile une zone d’éternité, une famine douce mais éclatante, une mélodie des profondeurs cachées. Rien ne résiste au regard et ce, qu’une porte soit ouverte ou fermée.

Bachli.jpgChaque œuvre dit la vraie vie et tisse bien des lignes. Le regard de Silvia franchit les lignes d’ambres sans imprécations, dégoûts ou vertiges frelatés mais pour des risques plus sûrs. Ici la vision se fait tactile, preuve que les dieux premiers ne sont pas morts. La créatrice les fait surgir à toute épreuve et sans désespoir de cause. Nul élan n’est noyé. Du cachot des crânes un feu perdure au sortir d’un toril de peau et d’os. Il brûle en un espace dégagé dans le pari fou d’une transcendance entrée en combustion.

Bachli 2.jpgDu plus lointain les regards et les œuvres émettent leur magnétisme, les masques fondent et des gouaches de l’artiste jaillit un monde qui quoique nous appartenant plus devient vivant pour donner chair aux remontées d’abîmes. En cette confrontation, l’art rappelle que les plus vieux rêves ne sont pas fait pour mourir : ils courent dans les œuvres dans "l’enfin là" d’un infini.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Albarran Cabrera à Zurich

cabrera bon.jpgAlbarran Cabrera, “Remembering the future”, Bidhalle, Zurich, à partir du 1er mars.

Le duo Albarran Cabrera (Angel Albarrán et Anna Cabrera) est exposé pour la première fois en Suisse. Il a passé beaucoup de temps au Japon et ce long voyage a beaucoup influencé ses choix esthétiques (prises de vue et impression). Revenant à de vieilles méthodes comme l’argentique, le couple ne s’en contente pas et en invente d’autres pour renouveler un art poétique et sensuel qui laisse aller vers le vertige.

Cabrera 3.jpgAlbarran Cabrera soigne les cadrages et montages. Ils deviennent des intrigues fascinantes : tout semble prêt à partir, à disparaître sans attendre l’ajournement de trop. Un innommable avance comme à la fortune du destin mais tout est habilement « calé » aux confins de présences et selon des plans imprévus dans le ressac lumineux de l’inconcevable silence.

 

Cabrera 2.jpgLe regardeur étonné d’être là devient le rescapé de tels mystères. Chaque image devient un mystère : devant lui les paupières s’ouvrent à plein. Des échos de lumière saisissent l’inconnu au bond. Chaque prise décale et dépayse comme un secret qui nous disperse à fleur de corps ou de paysage. Existent des effractions harmonieuses : elles ne se privent pas d’armer le mystère et d’incarner l’impossible dans la non concordance des temps.

Jean-Paul Gavard-Perret