gruyeresuisse

03/09/2020

Andrea Heller et trois mousquetaires à Ascona

3b5ba116-37a8-4bad-9fd6-99c45d178a73.jpgCette exposition organisée par le Musée d'Art Moderne d'Ascona sous la curation d'Elio Schenini présente le travail de quatre artistes suisses contemporains issus des 4 régions linguistiques du pays : Andrea Heller (1975), Douglas Mandry (1989), Nicolas Polli (1989) et Vera Trachsel (1988). Le fil conducteur qui réunit les 4 créateurs et constitue le thème de cette exposition réside dans le concept de fragilité.

Comme le prouve le temps présent(Covid, réchauffement climatique, explosion de Beyrouth), la fragilité de la planète est une donnée caractéristique pour tous les systèmes y compris les plus complexes et organisés. La responsabilité la plus grande -  à laquelle aucun être humain ne peut se soustraire - est de reconnaître cet équilibre de plus en plus ténu  sur lequel repose l'interdépendance réciproque entre divers organismes. En conséquence le rapport entre nature et culture doivent nous faire comporter de manière plus responsable.

Heller.jpgCela implique entre autre de gérer avec prudence l'énorme pouvoir technologique qui a été développé afin de préserver les équilibres délicats des écosystèmes. Le travail des quatre artistes se propose  une telle ambition. Leur jeunesse prouve la conscience et l'attention que les générations nouvelles portent à la précarité de notre temps. Matières, techniques, approches et modalités esthétiques :  tout dans leur travail concourt à dégager un sens qui prend conscience de la fragilité du monde et de ce que nos actions produisent avec et sur les choses. Et ce,  à travers une cinquantaine d'oeuvres originales : photographies, installations, peintures, sculptures et vidéo.

Jean-Paul Gavard-Perret

Andrea Heller, Douglas Mandry, Nicolas Polli, Vera Trachsel, "Handle with Care!", Casa Serodine, Ascona, du 6 septembre au 25 octobre 2020.

02/09/2020

Mémoires d'un "Touriste" : Claude Tabarini

Tabarini.pngClaude Tabarini, "Au jardin des légendes", Editions Héros-Limite, Genève, 2020, 78 p., 14 E..

Flaneur des rives du Léman - avec à ses côtés l'illustratrice Marfa Indoukaeva - Claude Tabarini poursuit ses pérégrinations dignes d'un touriste à la Stendhal. Dans sa ville ou d'ailleurs il tire de petites vignettes d'observation pertinente qui vont du quasi haiku ("seule / à l'écart des lumière de la rive / la barge") à la plus large chronique où chaque fois le réel est réenchanté.

Tabarini 2.pngAutodidacte, amateur de jazz et batteur, depuis les années 70 il écrit de petits textes très vite remarqués par Georges Haldas. Arpenteur du vieux Genève presque disparu, il décrit la ville telle qu'elle est - au besoin avec humour et irrévérence. Dans la veine de "Rue des gares" il parle de ce qui est ou de ce qui fut sans nostalgie au fil de ses "secrets" toujours discrets (le poète est genevois...) et sans abdication. Et ce, depuis le "cul" de la gare Cornavin et ses quartiers grevés de squatts afin de ramener à nous des paysages tortueux qui ne se laissent pas saisir au premier regard.

Tabarini 3.jpgExistent toujours des "mythologies simples" dans sa collection de moments notés en ses carnets qu'il oublie parfois si bien qu'il doit les noter sur un ticket de bus. A l'affut de l'instant et sans souci de faire oeuvre il avance dans un lyrisme (mais juste ce qu'il faut) teinté d'ironie. Fan de Petula Clark pour laquelle il inventa "la machine à l'excuser", il semble plus baba cool que bobo. Mais de fait il est ni l'un, ni l'autre : juste un poète qui multiplie les rythmes - du binaire aux mesures plus compliquées.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/09/2020

Les messages chuchotés de Carla Demierre

Demierre.jpgCarla Demierre, "Qui est là ?", coll. SushLarry, Art&fiction, Lausanne, 2020, 156 p.

La plupart des histoires de ce corpus ont paru dans trois fanzines publiées et distribuées par l’auteure à son entourage entre août 2017 et juin 2018. Elles offrent des voix qui traversent le temps et l'espace. Et celle qui - après ses études aux Beaux-arts de Genève et un premier livre chez "Héros-Limite" ("Avec ou sans langue ?) - se fit remarquer par "Ma mère est humoriste" (Léo Scheer, 2011) nous entraîne en différents périples : au bord de l’Orénoque en compagnie d’un ethno-musicologue et ses magnétophones, à Genève au tournant du 20e siècle en compagnie de spirites, etc.

Demierre 2.jpgL'auteure a enregistré des histoires de voix avant de les reprendre littérairement de manière magistrale. Si bien que les textes de cet ensemble - sorte d'exquis cadavre fait de cadavres exquis - deviennent autant d'exercices de décompositions et recompositions "Entre précis de communication avec le monde invisible et déambulation aveugle dans une forêt de sons". Le tout "par impulsions médiumniques / magnétiques" afin de proposer une poétique des voix enregistrées par le support de l'écriture.

Demierre 3.jpgCes dix histoires - de "la fréquence Jürgenson" à "une tombe qui parle" en passant par "la nuit du phonographe", l'"Archéologie d'un média mort" et bien sur "Qui est là ?" proposent un récit jouissif de captation de la voix humaine et de sa diffusion dans différentes situations, natures et locuteurs vivants ou morts. Mais elles offrent tout autant la présence d'étranges visions sonores et cinématographiques. Le tout à l'image du héros de son premier texte aussi chatoyant, drôle, incifif surprenant, inquiétant et prenant que les autres. Celui qui est venu en son temps (comme Knut Viktor plus tard) enregistrer à Stockholm le chant des oiseaux, met - via la narratrice -   la lectrice ou le lecteur en état d'hallucination et interférence entre chant des pinsons et une voix d'outre tombe. Mais pas d'outre timbre... A bon entendeur, Salut !

Jean-Paul Gavard-Perret