gruyeresuisse

19/03/2018

Liu Hui : génétique de l’être et du monde

Liu Hui.jpgAvec sa nouvelle série et livre « No Word From Above » la photographe chinoise Liu Hui poursuit l’exploration de l’intimité, de la lumière et de la nature. L’artiste tente une communion entre le micro et le macrocosme et le lien qui unit la nature et le secret de l’existence. Et ce, dans une harmonie vitale et beaucoup de simplicité mais tout autant de poésie quelles que soient les échelles de prise de vue.

Liu Hui 2.jpgLa photographe explore le proche et le lointain avec autant de force que de délicatesse. Existe un effet tout autant tellurique qu’éthéré. Le regard voyage entre ces deux rives. La femme y devient fleur. Rameutant de l’espace et du temps l’artiste en cherche des dominantes cachées qui résonnent. Elle en montre les pouvoirs absorbants au moment où le monde semble se transformer.

Lui Hui 3.jpgLiu Hui cherche à comprendre les visions globalisantes ou intimes en adaptant des « climatologies » oubliées à travers divers courants et compositions. Contre les myopies elle impose une cosmogonie. Fouillant mais ne confondant rien, l’artiste ne cherche pas des fusions qui remontent aux aubes de l’émotion. C’est une marche, un bien commun. Atmosphère, milieu, espace tout est concentré en clarté pour une phénoménologie revisitée du monde. L’artiste ne retient que ce qui fait sens et nature loin de toute paraphrase.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

De la prostration à la volupté : Emilie Arfeuil

Arfeuil.jpgChanger de corps tient au plaisir mais aussi bien des possibilités d’angoisse. Certes il est plus facile aujourd’hui qu’hier d’oser le pas pour glisser d’un corps qui n’était pas le bon à celui qui est plus adéquat.

Arfeuil 3.jpgEmilie Arfeuil montre ces transformations, ces mutations mais de manière la plus simple qui soit. Certains trouvent dans leur mutation la manière de se fondre dans la foule d’autres à l’inverse cherchent à revendiquer une armure faite de piercings, tatouages, déguisements. Les nouvelles Protée peuvent donc avancer à leur gré et loin de leur appartenance originaire.

Arfeuil 2.jpg

 

La photographe présente ses prises comme autant de fenêtres de liberté sur de nouveau « domus ». Certains de ces femmes et hommes aiment qu’on les regarde car ils sont sortis du dégoût de leur vie par la conquête de leur nouveau moi. Ce qui était douleur s’est transformé en un plaisir secret ou éblouissant. La sensation de vivre est enfin possible. Quelque chose se dissout. Preuve que le masque est parfois une gratification : le corps premier quitté permet d’acquérir une âme pacifiée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Emilie Arfeuil, « Les métamorphoses de Protée » ; du 8 mars au 21 avril 2018

 

 

18/03/2018

Merci pour ce morceau : Jacques Cauda le boucher des vanités

Cauda.jpgLe héros de ces fragments - qu’on nommera « autobiografigues » plus qu’autofiction - semble ne pas trop en vouloir à sa mère. Il sait qu’elle a tout fait pour ne pas l’avoir. Sauf bien sûr le nécessaire… Il existe des bals de la Saint Jean où la chair est faible. Si bien que le Saint n’est plus pare minou.

TCauda 2.jpgoutefois force est de contacter que devant une forme l’obésité la vie dans ses plis devient insupportable. Comme Jésus l'enfant dieu, le héros n’a d’yeux que pour sa mère. Mais aussi plus qu'une dent contre elle. Dans son histoire ceinte il en veut à celui qui en fut le clou et le charpentier. Cela ne retranche rien au délit que Cauda scénarise dans une immense « purgatio ». Végétariens et coincés d’abstenir. Ici c’est plus Pâques fleuries que Vendredi Saint. Honte, honte sur Cauda. C’est un vrai diable, un bouc. Emissaire de tous les péchés capiteux. Décapiter ne lui fait pas peur. D’autant que les têtes sont souvent pleines de sanies.

Cauda 3.jpgLe héros fornique à tord et à travers. Voire pire. Pour preuve il reste des résidus de viande sur sa gencive. Faute de faire bombance de rognons les cuisses fortes peuvent servir de jambons qu’on bâillonne ou de blanc de poulettes. Le tout dans un esprit peu victorien. Suints et verges prolifèrent. C’est à pleurer diront certains et d’autres après une telle mortification offriront sans doute un Ex-voto par l’intersection de la Sainte Sexo. Quant à la question : « Sainte Mère ne serais-je qu’une bête ? » Cauda répond de la manière la plus nette. Et comme disait le Ruy Blas: « Bon appétit Messieurs !».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, photos (délicieusement horribles) de Alexandre Woelffel,  « P.A. L » , Editions Les Crocs Electriques, 2018.