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09/02/2019

Charles Blanc à l'écoute de son époque

Blanc 3.jpgIl faut parfois du temps pour que le regard se libère de ce qu'il avait vu et ce qu'il cherche dans le tableau. Cette opération magique l'artiste bien oublié Charles Blanc (1896-1966) la tentait. Peintre paysagiste il se plaça à l'écoute de l'intérieur des apparences de la ville comme de la nature. Il pénétra le monde tel qu'il est non pour en prendre le contrôle mais pour faire ressentir que chacun lui appartient.

Blanc.jpgL'art pour lui était un moyen de surmonter l'isolement qui s'éprouve derrière la frontière du corps et de l'esprit. Le peintre fit trembler le réel pour en secouer la lassitude. Parfois et dans ses aquarelles de manière plutôt légère et primesautière. Mais dans ses peintures l'oeuvre est plus âpre et profonde. Blanc se dégageait d'un certain style montmartrois de l'aquarelle pour atteindre des territoires plus sombres.

Blanc 2.jpgLe doute permanent imprègne le choix des couleurs sombres pour saisir la lumière à travers l'épaisseur de la nature et de ses "matières". Certes Charles Blanc n'est pas Rouault. Il fait partie des petits maîtres. Mais il eut la faculté d'embrasser l'espace de sorte que le lointain et le proche soit réunis dans la coïncidence des contraires. Si avec l'aquarelle et la peinture la signification est différente toutes deux questionnent l'idée de représentation dans un toucher rendu visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/02/2019

L'hiver suisse par ses photographes

Suisse Werner-Bischof.jpg"L’hiver dans la photographie suisse", Bildhalle Galerie de photographie classique et contemporaine, Zurich jusqu'au 21 février.

Retour aux idées mères : la Suisse aurait pour matrice l'hiver. Ses stations, sa géographie, sa mythologie n'y sont pas pour rien. Mais "la grande peur de la montagne" s'est transformée en plaisir et parfois en snobisme du côté de Gstaad, Davos, Saint Moritz. Mais en choisissant leur approche et leur monde les photographes peuvent donner libre cours à leur imaginaire afin d'imprimer leurs traces sur la poudreuse. Dans la forêt, sur des bronzariums des pas suivent diverses cadence entre travail, vitesse ou farniente.

Suisse René-Burri.jpgL'exposition reprend l'iconographie à la pré-origine du cliché avec les estampes d’Albert Steiner extraites de la collection Kaspar Fleischmann qui n'avaient jamais été montrées. Mais se découvrent très vite les prises des photographes suisses iconiques : Werner Bischof, René Burri, Arnold Odermatt, René Groebli, Philipp Giegel et Sabine Weiss. Elle et ils sont accompagnés de photographes plus jeunes : Robert Bösch, Guido Baselgia , Daniel Schwartz et Bernd Nicolaisen.

 

 

 

Suisse Philipp-Giegel.jpgTous traduisent à leur manière non seulement la beauté des lieux hivernaux, la grâce des skieuses mais aussi la vie telle qu'elle est. Preuve qu'au sein d'une exposition "historique" tout n'est pas animé par la nostalgie mais par une esthétique en mouvement. Elle est soulignée par des propositions plus récentes comme les spécimens photographiques uniques de Douglas Mandry ou les paysages de Sandro Diener. Ici nulle glaise ne sera glu - il s'agit de plonger encore et toujours dans les neiges comme angles de vue et de vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Photos de Werner Bischof, René Burri, Philipp Giesel.

Marion Saupin : le coup du charme

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Marion Saupin aime charmer le voyeur avec lequel elle joue en l'attirant. Elle le désempare sans pour autant devenir sorcière ou Méduse. Elle s'amuse avec le corps des femmes qu'elle scénarise pour l'entrainer dans ses jeux. Il peut se prétendre unique face aux frissons que procure l'artiste.

 

 

 

 

 

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Nulle indécence néanmoins dans les poses. Certes Marion Saupin ne se veut ni femme au foyer ni ménagère, mais si elle ne ménage en rien les charmes féminins il ne s'agit pas de les dévoiler à outrance. Ses portraits offrent des jeux de pistes. Au mieux on peut rêver d'offrir des fleurs à ses modèles mais pas question de s'égarer. L'artiste n'offre que des instants magiques avec toute la distance nécessaire.

 

 

 

 

 

saupin 3.jpgPlus que le fantasme la créatrice met l'intelligence à contribution. Elle fait du corps une vitrine entre ostentation et discrétion. Le diable ne fréquente pas ici l'enfer du sexe mais le paradis des lignes. La beauté physique y ouvre des portes à une beauté intérieure en un humour discret.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Voir le site de l'artiste et Corridor Elephant.