gruyeresuisse

11/05/2020

Déesses 21 : Mark Seidenfeld

Seidenfeld.jpgMark Seidenfeld est le digne successeur de Dali et de Delvaux. Ses déesses, vierges, martyres ou wonder women deviennent le sujet d'un monde faussement délétère et mystique. L'artiste joue avec toute l'iconographie religieuse comme du space opera.

Seidenfeld 2.jpgEt l'artiste de préciser : "La Déesse représente la créativité, l’imagination et notre lien profond avec tout ce qui est vivant". Etoiles des Star Wars et du Nouveau Testament et de l'histoire catholique les  déesses illuminent l’obscurité de la nuit et l’inspiration qui peut transformer la tragédie en opportunité". Que leur demander de plus ?

Seidenfeld 3.jpgLe photographe - à travers elles  - campe des récits "dans un monde qui fonctionne sur la folie alimentée par la peur". Il est donc urgent et nécessaire de revenir à ces Déesses 21. Incorrigibles, les égéries exhaussent des fantasmes comme elles lèveraient le coude à la santé des voyeurs. Elles posent - insolentes guerrières ou victimes – face ceux à qui elles mettent le feu. Crucifiées ou libres elles s’envolent en habiles perverses dont l'artiste redouble la virtuosité.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.markseidenfeld.com

09/05/2020

Les décalages de Danielle Burgart

Burgart Bon.jpgDanielle Burgart invente des visions animales pour nous replacer plus près de nos racines premières. Surgit tout un bestiaire dont la créatrice surdimensionne certaines données afin d'offrir libre cours à une ivresse vitale, énergique, pulsionnelle. Un tel travail s'attache au corps, en devient le lieu tout en le déplaçant. Il est relié à un monde que nous ignorons : rien de plus urgent que d'en tenter l'anatomie. Existe de fait un jeu entre réel et ce virtuel en un détournement d'un état physique à travers l'imaginaire débridé de la créatrice.

Burgart.pngL'artiste prouve que ce qui "va de soi" nous masque ce qui est. Il faut toujours aller plus profond et déplacer la présence humaine pour inciter au complet dépassement. Si bien que notre bestiaire intérieur métamorphosé ne nous dédouble pas - ce serait l'aliénation - mais nous rend plus plein. Nous sommes en mouvement dans un tel travail entre drôlerie, force et jouvence.

Burgart 2.pngDe la mare primitive germent des animaux qui nous ont devancés et dont l’énergie se déploie. D'où une ménagerie en liberté. Se touchent des pulsations, des césures. Par la présence de l'animal en nos corps la chair et les muscles sont faits parfois de violence mais aussi d'avancées afin que se créent des ouvertures, des débuts de transparence pour nous apercevoir que rien ne peut nous clôturer. La vie grouille, taillée dans le mouvement afin que nous puissions réfléchir à qui nous sommes au fond de nous-mêmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danielle Burgart, "Exposition", Galerie Picot-Le Roy, Nuage Bleu,, Morgat en Presqu’île de Crozon, 26 juillet 2020 - 25 août 2020

08/05/2020

Mingjun Luo : poétique de l'intime et de l'espace

Luo.jpgMingjun Luo, "Under The Sky", Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, jusqu'au 13 juin 2020

Luo 3.pngMingjun Luo est née en Chine en 1963. À la suite de ses études, consacrées principalement à la peinture à l’huile, elle devient assistante à la Faculté des beaux-arts de l’Université Normale du Hunan et participe à plusieurs expositions en Chine. Elle s’installe en Suisse dès 1987. Et sa peinture reste pour elle une sorte de "chambre à broder", intime où elle crée divers types de défilés : jeunes femmes, nuages, frises de briques plus ou moins abstraites toujours en subtilités.

Luo 2.pngTout est animé d’un sens très poétique de la mesure, de la justesse dans un travail de transformation, de construction où les éléments biographiques restent discrets mais prégnants. Elle renoue parfois avec des pratiques apprises mais jamais développées dans son pays d’origine - principalement l’encre de Chine pour dessiner divers maelström au milieu de flots ou de flux.

Luo 4.pngElle réinterpréte parfois des photographies personnelles en les peignant en blanc sur des toiles brutes, presque brunes là où tout se noie en effacement. De son pays d'origine l'artiste se distancie de plus en plus même si son histoire et celle de ses parents perdurent ça et là dans son travail minimaliste et précieux, incisif et poétique. Il existe là des histoires d'étranges déserts qui s’adressent à l'émotion du regardeur. Sans cessse l'artiste renait ainsi d'elle-même mais aussi pour la personne qu'elle aime comme pour toutes les autres.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Addenda :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Je continue de rêver un peu et cela me permet de me lever tranquillement.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Les rêves sont restés des rêves.

A quoi avez-vous renoncé ? Travailler dans l'art comme je l'ai appris au moment dans mes études 

D’où venez-vous ? De loin

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Si être une artiste c'est un travail, je n'ai rien dû plaquer. 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Oui, souvent.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Mon vécu.

Où travaillez vous et comment? Chez moi, tous les jours.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? J'écoute les musiques de la radio, comme ça, ça reste une surprise.

Quel est le livre que vous aimez relire ?  Le livre de cuisine.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?  Moi même.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? La Chine.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?  Ils sont tous mes collègues

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une surprise

Que défendez-vous ? La liberté.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Quand on n'a pas d'amour, il ne faut pas en donner ! 

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Continue de boire un verre de vin !

Interview par Jean-Paul Gavard-Perret (2010).