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06/06/2018

Robert Steinberger : l’invitation

Steinberger.jpgPour les 10 ans de « Caravan », l’Aargauer Kunsthaus propose une série d’expositions de jeunes artistes de la scène artistique suisse. Le terme de « caravan » décrit parfaitement le propos du jeune artiste, de ses installations mobiles et multimédias (son compris).

Dans un mixage de matières plutôt vaporeuses et évanescentes et en une scénographie astucieuse l’artiste invente des espaces qui sont autant de filtres, de philtres d’amour et de paravents afin de saisir le monde à travers des biais qui forcément sollicitent non seulement l’attention mais l’imagination du regardeur. Steinberger 2.jpgD’autant que la manière de « montrer » n’a rien de figé. Tout semble en suspension dans une suite de « tableaux » sauvés des eaux ou du zoo humain.

Le tout non sans humour là où l’installation rejoint la performance. Une simple feuille sur une banquette derrière des voiles devient l’invitation à créer une chanson. D’amour bien sûr. De celui qui ne se dit pas mais oblige à la mélodie douce que l’harmonie des formes suscite.

Jean-Paul Gavard-Perret

Robert Steinberger, « On the Road », Aargauer Kunsthaus, Aarau.

 

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04/06/2018

La maison des otages : France Dubois

Dubois 2.jpgAu Japon et selon une tradition, lorsqu’une femme a été soumise à la peur suscitée par un mari qui lui a infligé des sévices, elle revient hanter un tel lieu. France Dubois a repris à son compte le retour d’une femme-fantôme muette et plus ou moins en lévitation De telles réapparitions sont propres à suggérer d’étranges fictions domestiques.

Dubois.jpgFrance Dubois brouille les cartes de la comédie de l’hypocrisie masculine et les impostures de la société nippone. Face au strip-tease classique qui livre phantasmes et fantasmes surgit un autre champ de « dénudation » dont la transparence reste opaque au moyen d’images aussi pudiques qu’impudiques. L’artiste présente des cérémoniaux où ce qui fut souffrance se disloque.

Dubois 3.jpgLe côté macabre est effacé dans de telles célébrations et hantises. Leur ombre flotte. Le destin tragique se transforme au moment où le modèle devient une étoile filante ou filée. Le tout non sans humour et une certaine splendeur. Le corps lumineux remplace le corps meurtri et qui avait dû abdiquer. Une lumière perfore la douleur tragique de l’enfermement. La dépossédée ne subit plus l’oppression de son corps. Elle n’est plus cible mais acquiert une forme de puissance qui contredit l’amputation dont elle fut la victime.

Jean-Paul Gavard-Perret

France Dubois, « Homesick » ; texte d’Astrid Chaffringeon, 25€.

 

03/06/2018

Portraits baroques et bruts – Rebecca Campeau

Campeau 3.pngRebecca Campeau cherche les métamorphoses du portrait par l’éclosion d’une forme de fantasmagorie parfois monstrueuse mais le plus souvent baroque. Proche de l’art brut sa figuration est tamisée en bonne distance entre le rêve et le réel. Tout devient drôle ou inquiétant.

Campeau 2.png

 

En primitive du futur la créatrice imagine qu’elle ne doit son salut qu’en sombrant dans une schizophrénique visuelle pour faire face à un monde lui-même mentalement et psychiquement affecté. Au leurre répond le simulacre. L’artiste coud, dessine, assemble, découpe, modèle, peint, surpique, empiète sur le passé.

 

Campeau.pngChaque modèle incarne au mieux le pire, le monstre grâce à l’alchimie de la création. Elle pousse la folie plus loin comme si le corps y est engagé de manière frontale. Tout est captivant, fantastique. L’univers de « Delicatessen » n’est jamais loin mais en bien plus onirique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rebacca Campeau, « Trognes & Creatures », Coll . « Séries d’artistes », Editions L’œil de la femme à barbe, 96 p., 2018.