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16/08/2014

L’absolu « protographique » : Oscar Munoz

 

 

 

Munoz.jpgOscar Muñoz, « Protographies », Musée du jeu de Paume, Paris, Filigranes Editions, 2014. Textes de José Roca et Emmanuel Alloa, entretien de María Wills Londoño avec l’artiste, 160 pages, 35 euros.

 

 

Oscar Munoz brasse les cartes et les territoires plastiques à la découverte de nouveaux mantras de l'air et de la terre, de la vie et de la mort dans la recherche de formes premières dont l'artiste explique l'avènement « Cela fait trente ans que j'essaie de comprendre les mécanismes inventés par l'homme pour reproduire une image. En commençant par le trait à l'encre jusqu'à la reproduction mécanique et digitale. Mais je reste attaché au dessin, qui est avant tout une action de synthèse qui connecte la pensée et l'émotion, grâce au geste de la main. ».  Ses « protographies »  font sauter les verrous de la conscience  en offrant des visages en extinction, effacement ou délitement selon diverses techniques

 

L’artiste crucifie l'image telle qu'elle est révélée et sacrifie les gouffres par où elle fait passer afin d'en créer d'autres. Pas très loin parfois de la douleur des Golgotha il prolonge les images et les creuse à la fois. Il refuse de les accepter en fonction de l'idée que nous nous faisons et que nous voulons maintenir. L'image s'envole dans les œuvres en séries d’effacement par reprises incessantes contre l’absence et le vide comme - et surtout -  contre le trop plein. L'image se ferme et s'ouvre en un processus d'abîme du sens.  La chair de l’image est à ce prix. Elle ne cristallise plus l’incarnation humaine mais la renvoie  à sa poussière. Munoz déverse les apparences. Se révulse l'histoire qui nous bouleverse parfois pour de mauvaises raisons (celles de l'habitude ou du simple choc superficiel) en un travail qui ne nie pas plus le corps que l'esprit mais les renverse pour les redresser.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/08/2014

John Armleder au cœur du monde

 

 

 

Armleder.jpgJohn Armleder, Musée National Fernand Léger, Biot,  28 juin – 6 octobre 2014.

 

 

 

John Armleder rameute les formes géométriques les plus simples et leurs assemblages et couleurs pour dialoguer avec les forces du monde.  Contre l’imprévisibilité d’un chaos surgissent des éléments ronds qui paradoxalement n’existent pas isolément. Tout communique et se répond dans des similarités dont les couleurs se transforment et reviennent là où le passage est la seule règle. Apogée et déclin, plein et vide, ombre et lumière, blanc et couleurs permettent la présentation d’un seul cosmos où l’ensemble se concerte et s’harmonise. Tout élément appelle autre chose que lui-même en une tension et un minimalisme d’énergie. De telles œuvres deviennent le raffinement de l’univers qui s’organise au sein de matrices dont le formalisme abstrait n’est pas métaphysique mais donne au monde des situations d’équilibres. La dynamique circulaire crée une polyphonie colorée. Elle met en mouvement l’énergie selon un fonctionnement particulier où raison et sensation ont partie liée pour créer une poésie optique. Elle rejoint autant le champ expérimental que la célébration dégagée des magmas telluriques et du tohu-bohu. Une genèse empreinte de circularité d’appuis créent les signes fluides capables de condenser le vivant dans un univers aussi stable que vibrant. L’oeuvre offre ordre et sens dans une esthétique simple mais insondable et dont la rigueur est synonyme d’ivresse paradoxale.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/08/2014

Les combinatoires d’épuisement de Thomas Hauri

 

 

 

 Hauri.jpgThomas Hauri, Balt Projects, Zurich, du 21 août au 4 octobre 2014.

 

 

 

De plus en plus Thomas Hauri engage divers processus d’effacement et d’oblitération des images. Disjonctions incluses. Une science aigue des possibles rejoint une décomposition. C’est peut être comme l’envers et l’endroit d’une même chose. C’est aussi la poursuite de l’informe ou de l’informulé. Et un moyen d’abolir le réel. Beaucoup d’artistes sont trop polis ou frileux pour aller jusque là. Ils restent dans un abstrait qui n’est pas celui de Hauri. Pour lui il ne s’agit pas de décrépitude ou d’une simple visée métaphysique. Il est plutôt question d’atteindre l’épuisement non de l’objet mais du sujet de la peinture.

 

 

 

Un tel travail est très complexe : il se secrète suivant des flux qui tantôt se mélangent et tantôt se distinguent. Le propos de l’art devient une langue étrangère, il se transforme en autre. Il s’agit du possible mais d’une nouvelle façon au sein de différentes séries des dernières années Thomas Hauri atteint des limites immanentes qu’il ne cesse de déplacer. Hiatus, blanchiments restent néanmoins des images. Elles ne sont plus entachées d’histoires ou de souvenirs. Tout cela pour l’artiste est de l’ordre d’une compagnie indésirable.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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