gruyeresuisse

05/09/2014

Bex et ongles : Emergences en vibrations

 

 

Bex.jpg« Emergences », Bex&art, exposition jusqu’au 5 octobre, N. Enz et J. Schupbach, « Emergences », texte de Robert Irelad & Fabienne Radi, Art&fiction, Lausanne.

 

A travers l’expérimentation d’une quarantaine d’artistes suisses (des Chapuisat à Alexandre Joly, de Laurent Kropf à Claudia Comte), Émergences propose une approche plurivoque de la relation de l’homme avec le monde contemporain comme sur l’utopie d’une compréhension globale de l’univers et  le rapport de l’œuvre d’art avec ce dont elle procède (matières, lieux, contextes). Surgit une mythologie parfois farfelue, parfois sérieuse construire avec des imageries revisitées. S’éprouvent une circulation drôle, une germination spatiale dégingandée. Si bien que le regard du spectateur lui-même en est troublé. Le projet  prend par revers les idéologies maîtresses et passe par des théories philosophiques plus connexes (le rhizome deleuzien, les bulles et sphères chez Sloterdijk) qui envisagent (et dévisagent) le monde au-delà d’une linéarité. Celle-ci se dilue en divers réseaux que les artistes réunis illustrent par l’émergence de leur imaginaire : parfois drôle, parfois minimaliste, parfois microcosmique ou à l’inverse macrocosmique.

 

 

 

Bex 2.jpgChaque œuvre se décline selon des dentellles de formes aux miroitements perpétuels de reflets dont il ne demeure parfois que des traces indicibles au cœur de l'écoulement.  Sont présents des états premiers, des entailles, des serrures minuscules voire même des marges d’erreur. Du multiple tout veut se ramener à l’un selon des approches qui ne cessent d'élever des visions du bord de l'abîme. Elles deviennent le moyen de subvertir le réel par sa propre représentation. Dès lors, si le réel semble avoir  le dernier mot, l’art le dissocie de ses mises scènes. Refusant narrations et anecdotes les « acteurs » d’ « Emergences » se caractérisent par la production d’images aux puissances  mentales et émotives qui sont des espaces poétiques par excellence. Cette poésie plastique souvent fripouille ne cherche pas la séduction elle veut avant tout suggérer le champ magnétique aux polarisations en folie induit pas la  notion de globalité (même à travers l’infra-mince)  et selon une  sensualité aussi aérienne que tellurique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/09/2014

Celle qui aime regarder la mer : entretien avec Iseult Labote

 

 

 

Labote.jpgAvec Iseult Labote toutes les matières photographiée ou scénarisées (vidéos, installa   tions)  se muent en opalescences plus ou moins abstraites et renvoient à ce qui pour Duchamp relevait de  "l'infra-mince". La Genevoise produit des intensités par soustraction. Les objets sont voués à la perte mais prennent une force expressive qui leur offre un devenir. L'inerte rentre donc dans un circuit mouvant où la déperdition se transmue en tacite recommencement.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?   LA VIE !

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?  JE LES REALISE LES UNS APRES LES AUTRES

 

A quoi avez-vous renoncé ?  A RIEN, J'AVANCE CONFIANTE DANS LA VIE ET MES PROJETS

 

D’où venez-vous ?  D'UNE BELLE HISTOIRE D'AMOUR ENTRE UN GREC ET UNE SUISSESSE

 

Qu'avez-vous reçu en dot ?  L'AMOUR, LA CONFIANCE, LA LIBERTE DE PENSER, LE SENS DE LA BEAUTE

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?  LE SOMMEIL :-)

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ?  REGARDER LA MER, ME PERDRE DANS SON IMMENSITE

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?  MON TRAVAIL

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ?  LES FRESQUES DE FRA ANGELICO DANS LE COUVENT SAN MARCO A FLORENCE

 

Et votre première lecture ?  SIDDHARTA DE HERMAN HESSE

 

Comment pourriez-vous définir votre travail sur la saisie particulière du réel que vous pratiquez ?  L'OBJET NE RETROUVE PLUS SON SENS PREMIER ET LA REALITE EST DEMATERIALISEE

 


Labote 2.jpg

Quelles musiques écoutez-vous ?  LE SILENCE

 

Quel est le livre que vous aimez relire ?  EN CE MOMENT  : LA PRATIQUE DE L'ART DE ANTONI TAPIES

 

Quel film vous fait pleurer ?  "L'ENFANT" DES FRERES DARDENNE

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? UNE PERSONNE PRIVILEGIEE

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?  A CARL ANDRE

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?  ATHENES

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?  CARL ANDRE, DONALD JUDD, SOL LEWITT, FERNAND LEGER, ET L'ARTE POVERA, PIERO MANZONI

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  LES MOYENS DE REALISER TOUS MES PROJETS ARTISTIQUES

 

Que défendez-vous ? LES DROITS DE L'HOMME, LE RESPECT, LA JUSTICE, LA LIBERTE

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  DE L'INCOMPREHENSION, DE LA SOLITUDE

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" OUI A L'HUMOUR, A LA DERISION

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?  POURQUOI LE MONDE EST-IL FAIT DE TANT DE SOUFFRANCES ?

 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, septembre 2014.

 

 

 

01/09/2014

Cornelia Wilhelm : New-York delire et quotidien

 

 

 

Wilhelm bon 1.jpgCornelia Wilhelm, exposition personnelle à la Galerie Vitrine , Lucerne et « Shot by Both Sides », Editions Benteli, 100pages, 2014.

 

 

 

Cornelia Wilhelm arrive à New-York à19 ans. Elle travaille en tant qu’assistante photographe et profite de son temps libre pour commencer à photographier la mégalopole et ses habitants. Elle y explore les aspects avant-gardistes comme la banalité du quotidien. Elle tire des quartiers durs d’Harlem, du Bronx comme de la superficialité et du factice de Coney Island l’identité des lieux et de leurs cultures. En cadrages serrés et décalés, par des couleurs vives ou à l’inverse en noir et blanc les photographies offrent un regard différent sur l'espace urbain.

 

Cornelia Wilhelm donne en outre de la sexualité féminine une image différente de ce que les hommes attendent comme de ce que proposent les photographes mâles. Les corps viennent “ s’échouer ” superbement au sein même d’habiles mises en scène. Humilité,  simplicité dans la sophistication permettent de montrer le côté double  à la fois de la ville et de ses habitants. Les  photographies sont à la fois dures et tendres, sans la moindre condescendance ou mollesse. Elles sont près du corps sans forcément le mettre à nu dans des mises en scène qui ne sont plus des artifices mais des artefacts. La transgression passe toujours par cette théâtralité de la théâtralité afin de faire surgir une autre vérité.

 

Wilhelm 2.pngVagabonde magnétique Cornelia Wilhelm montre l’insolite à ras de réel. Avec subtilité elle organise des variations au sein d’une odyssée reviviscente. New-York prend  des aspects hallucinatoires là où pourtant parfois tout est saccage. Les portraits sont crus mais poétiques car l’artiste « rétropulse » tout débordement. Elle reste froide comme l’hiver sur l'Hudson River. Si bien que même le brûlant du fantasme ne peut  faire considérer ces photographies comme de la "visibilité cutanée". Le corps jouxte soudain des abîmes subtilement évoqués. Ces photos du New-York des années 80 possèdent désormais bien plus qu'un aspect nostalgique. Elles  sont devenues des modèles pour toute une génération de jeunes photographes. Ils trouvent dans cette approche une saisie avant-gardiste : la photographie n'est pas une façon de faire autrement, mais un moyen de construire autre chose.

 

Jean-Paul Gavard-Perret