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30/12/2018

Jan Van Imschoot : c'est là que nous vivons.

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Jan Van Imschoot dans ses fantasmagories picturales fait preuve d'intransigeance et d'autorité. Son geste se veut baroque et anarchiste. Mais l'érudition nourrit un imaginaire encore plus conséquent. Jaillit un monde stupéfiant, bizarre, insolite qui remplace l’occultation par l’occulte.

 

 

Imsshot 2.jpgFace à la médiocrité de notre monde l'artiste offre une forme de surréalisme (belge donc le seul) fait d’une liberté de circulation dans les cultures oubliées ou reconnaissables ((Tintoret, Goya, Tuymans par exemple). L’artiste reste un insurgé. Il ne brûle pas de faire carrière dans la peinture mais dynamite tout ce qui existe autour de lui, autour de nous.

 

 

Imsshot.jpgDivers types de fièvre ou d'attententes animent sa peinture violente par ses couleurs et les mouvements de personnages. Rien de ce qu’on voit habituellement n'est sous les yeux. Pourtant dans ce monde le regardeur mord en de telles images qui lui font face et le toisent. S’y développent des dérives qui ne se peignent nulle part ailleurs. L’inconnu laisse sa trace sur la banquise brûlante d’une utopie que l’œil n’arrête pas et que le geste crée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jan Van Imschoot, "Amore Dormiente", Templon, Nruxelles; du 10 janvier au 23 février 2018

 

29/12/2018

L'expressionnisme de Dietlind Horstmann-Köpper

Dietlind.jpgQue devient le portrait dans la peinture de Dietlind Horstmann-Köpper ? Un agglomérat de couleurs, des corps abandonnés dans la lenteur des âges et parfois en un mixage du temps humain (ou animal) : sur un corps d'enfant est monté un vieux visage. Chaque portrait devient une frontière où se brise l'apparence "réelle" là où s'entrouvre un mortier d'atomes qui renvoient à divers domaines : celui des bordels, celui de la nature dont l'artiste offre quelques paysages arborescents dans un clavier de couleurs. Il ne rythme pas forcément une clarté mais des lueurs plus éteintes.

Dietlind 2.jpgQuant aux corps, leurs jambes paraissent parfois courtes et épaisses, parfois et à l'inverse extensibles, des nus masculins transforment les faunes en boucs au milier d'une animalerie où les couleurs s'inversent : le bleu du ciel est en bas du tableau et le rouge tellurique en haut. Une femme dite de joie, le soutien-gorge dénoué, est drapée du seul tégument de sa peau - non pour déguiser ou travestir le réel mais le mettre encore plus à nu.

Dietlind 3.jpgC'est la fin des idoles ou de l'idolatrie : Dietlind Horstmann-Köpper ne divinise rien sans pour autant caresser le désir d'humilier ses modèles. Elle ne fait que sortir le regardeur des postiches par une "vérité" d'incorporation. Elle le saisit par surprise. L'artiste crée un écart par son langage plastique aux éclats fascinateurs. Le génie n'est plus la norme mais sa profanation afin de donner aux êtres anonymes une noblesse paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dietlind Horstmann-Köpper, "La vie selon Dietlind Horstmann-Köpper", Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, du 17 janvier au 23 février 2019.

 

Malte Jaeger à la lumière des jeunes filles en fleurs

Jaeger.jpgMalte Jaeger filtre la lumière pâle du monde et la lourdeur des «choses» par des lueurs plus colorées et des présences juvéniles afin de donner au réel en fleurs à peine écloses une alacrité. Se retire le bâillon de la gravité. Existe un appel à l'insouciance dans notre époque de catastrophe annoncée. C'est parier pour un autre horizon et une autre amplitude pour notre monde étriqué. Ici rien n'est encore plié.

 

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Chaque prise met en exerce une dynamique de l'insouciance et l'exaltation du bonheur de vivre. La photographie prend une allure primesautière propre à l’émerveillement des printanières qui échappent à la fuite du temps dans leurs vadrouilles intempestives. Jaillissent dans ces prises et à travers leur mise en scène quelque chose de sauvage, d'instinctif, de gratuit et un appel à l'existence.

 

 

Jaeger 2.jpgIl est soudain l’heure d’entrer dans l'apesanteur et se laisser aller au charme de l'abandon que toute jeunesse mérite - même ou surtout en temps de crise. Le laisser-faire n'a rien de convulsif. C’est un souffle sur une surface travaillée à dessein pour dégager les jeunes filles des miasmes qui les entourent. Elles ont droit à des arpents de liberté. Et lorsque le regard les alpague il est aimanté par des scènes simples et enjouées sortes de contre-feux aux accablements qui nous sont assénés. Respirer avec de telles muses provoque une oxygénation bienfaitrice. Un gage d'espérance esquissée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:59 Publié dans Humour, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)