gruyeresuisse

06/08/2018

Déplacements : Valerio Geraci

Geraci.jpgValerio Geraci s’amuse à divers exercices sur les portraits, les lieux fermés et les paysages avec un don évident pour les couleurs. Il offre diverses « partitas » tirées de ses voyages ou de ses commandes avec ça et là des allusions à des peintres. L’auteur s’y fait érudit - mais jamais trop. Certes ces photos peuvent friser une certaine complaisance ou autosatisfaction même si tout est monté avec des disjonctions avec effet du type : « la roue défaite aux vitres des paysages avec son sceau d’étoiles ».

Geraci 2.jpgS’il existe parfois quelque chose de trop apprêté dans ses évocations, Valerio Geraci est plus pertinent lorsqu’il retrouve plus de naturel et de simplicité et que la vie revient plus franchement. Tout se passe alors comme si l’invitation au voyage était le seul moyen d’accéder à soi. Maître parfois de « voyages autour de sa chambre » le photographe voyageur sait retenir des morceaux de corps ou de paysage là où un certain statisme devient un habile recours.

Geraci 3.jpgRefusant le simple exotisme et évitant le trop d’arabesques et de labyrinthes, le photographe reste capable d’évoquer en Italie comme aux USA un livre d’heures dont les passerelles sont innombrables. Elles offrent à la mémoire le pouvoir de remonter le temps, creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/08/2018

Patrick Lichfied : le corps en pente douce

Lichfield bon.jpgPatrick Lichfield montre ce qui reste lorsque le réel est dégagé de tout emmerdement et que l’obstacle du vide est franchi. Il « oblige » à entrer dans le vertige. Et quoi de mieux que l’aréole gonflée du sein de la passagère d’un taxi à New York ou les ailes artificielles d’un ange rattaché à un crochet et dont le corps repose sur le dos.

Lichfield 2.jpgLe photographe éloigne le sens désolant de la réalité en de telles pentes douces. Il prend le parti du rêve aux intensités pacificatrices. Tout est alors possible : la nudité évoque le désir : il n’est que caressé au sein d’une solitude sans tristesse. Tout reste « calme, luxe et volupté » (Baudelaire) entre les parenthèses enchantées du suspens de tout sinistre. La lumière n’est plus l’illusion de la nuit mais le vertige d’un monde dégagé de ses vicissitudes.

 

 

Lichfield.jpgLe réel n’est plus le mur où le voyeur se cogne. Sa porte s’ouvre vers la beauté qui fascine (sans le plaisir qui tue). Soudain le voyeur n’a plus à peser ses fantasmes au trébuchet de l’inquiétude, à l’ajustoir des tourments. Sa conscience vétilleuse s’efface par l’éclair d’une folie de voir dont le grain légende le monde. Et ce des premières lueurs de l’aube à celles du crépuscule. Lumière que lumière en quelque sorte par la sève des corps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Lichfield, « Heatwave », The Little Black Gallery, Londres, Aout 2018.

04/08/2018

Angelika Chaplain dans la chaleur de l’été

Chaplain.jpgAngelika Chaplain est la photographe des canicules. Quel que soit le pays la chaleur est épuisante. Néanmoins les femmes la traversent non sans un certain plaisir. L’imagerie se veut parfaitement ludique là où tout semble concocter dans la chaleur de chaudrons à sorcières.

Chaplain 2.jpgDe telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs « fruits » ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent. Les personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage.

 

 

Chaplain 3.jpgLes caprices du temps et leurs hautes températures semblent baliser l’espace. Femmes et enfants s’y soumettent de manière intempestive sans que l’air qui se solidifie autour d’elles comme du béton. Pour échapper à la chaleur il semble propice de sortir les épuisettes et allez pêcher la crevette. En attendant les images font leur chemin. Tout cela s'articule sur des jets d’eau ou le brumisateur que propage un mât de cirque improbable.

Jean-Paul Gavard-Perret